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En ce moment : Instrumental Invasion avec Samourai Champloo, Kanye West, The Diplomats, The Alchemist & Get Large Recordz. Plus quelques morceaux genevois qui savent faire plaisir.

Et matez ici pour voir d'où proviennent les visiteurs du monde entier de Holla Back :

Geo Visitors Map

Mise en bouche

http://membres.lycos.fr/therza/wugrey.jpg

Enfin, nous y voilà. Après une petite escapade du côté de MySpace pour relancer convenablement le buzz au niveau local, donc genevois, une petite refonte du site s'imposait, ce qui est désormais chose faite. Bien que Holla Back ait aujourd'hui dépassé la centaine de milliers de visites en moins d'une année, il était temps pour mes collègues et moi-même de faire nos preuves sur un tout autre terrain : chez nous, à Genève. Je ne reviendrai pas sur divers aspects propres à ces mesures que j'ai déjà expliqué en long et en large par le passé, mais que les habitués sachent que la formule ne changera pas : une rédaction de qualité, de la réflexion et surtout plein de conneries. La formule ne change pas, vous pouvez toujours me contacter par mail ou encore via mon MySpace. Je ne vais pas m'éterniser, mais souhaiter simplement que vous aussi, visiteurs de toute part, vous intéressiez à ce qui se fait sur Genève.

Une page se tourne, mais le livre reste le même. Encore merci à ceux qui nous suivent depuis le début.

_Tuân


Pour voir d'où proviennent les visiteurs du site, cliquez sur la bande Geo Visitors, vous verrez à quel point c'est chargé...
Geo Visitors Map
Samedi 9 mai 2009
- Publié dans : HIP-HOP : Chroniques
Savez-vous à quel point il est difficile d'écrire, des choses sérieuses qui plus est ? Alors afin de remettre notre niveau rédactionnel dâplomb, il faut obligatoirement passer par la case de la prose vomitive, art dans lequel j'excelle, vous en conviendrez (voir la chronique du Broken Safety de 40 Cal.) ; faudrait d'ailleurs que je songe sérieusement à établir un petit classement de mes sorties les plus irrévérencieuses. Mais pour patienter, voici une petite critique rien que pour vous -pas objective pour un sou- d'un skeud qui m'est cher :
Par Tuân - Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire - Recommander
Jeudi 4 décembre 2008
- Publié dans : HIP-HOP : C'est arrivé près de chez nous

Être Étranger Chez Soi

 

Connu pour être l’un des petits protégés de Nega du Double Pact et également un rappeur talentueux depuis son plus jeune âge, Shyaka Kagame trouve dans le Hip-Hop un moyen de légitimer son amour des mots, et surtout de la musique. Ayant grandi à Onex puis aux Avanchets et vivant désormais au Pâquis, c’est en rencontrant ses partenaires de rimes Mamadi et Bessa qu’il fondera la Per 2 III (qui deviendra ensuite la P.E.R. suite au départ de Bessa), formation pleine de promesse malheureusement bâillonée avant d’avoir pu s’exprimer pleinement. Coaché par la moitié sombre du Double Pact depuis plus d’une décennie, Shaka (pour la scène) affirme son statut de rappeur solo avec la sortie fin 2005 de son street CD Étranger Chez Moi. Plus d’une année après la parution de ladite galette il était temps de faire le point sur certains aspects relatifs au passé, au présent, et bien évidemment à l’avenir. C’est donc entre souvenirs, nostalgies sonores et rwandaises et également projections que Shaka parle. Avec une fraîcheur rare et une pointe d'amertume.

 


Interview : Tuân
Photos : Tuân & Fabitch



Premier décembre 2006 drôlement ensoleillé sur Genève. Je glande à UniMail en attendant Shaka. Le rendez-vous est donné pour 13h30, mais l’artiste a pour malheureuse habitude d’arriver constamment en retard ("l'heure africaine" qu'il dit, comme d'hab). Petit SMS du sieur qui me dit qu’il aura trente minutes de retard. Qui se multiplieront par deux. C’est donc posés chez le père Fabitch sur le boulevard Carl Vogt que l’entrevue débute. Rencontre avec Shyaka Kagame, infâme voleur de crédits.

 


Tuân : Alors, t’es tétanisé ? J’ai pris une belle feuille de notes…
On va voir le journaliste que t’es.


T : Attends, mets-toi juste là.
(Éblouit) Mais putain, c’est le soleil, il me suit !

Alors chaque chose a un début. C’est quoi le tien ?
À quel niveau ?...

Que ce soit dans la vie ou dans la musique.
Bah moi mon début c’est ma naissance mec, en 1983 (rires) ! Nan, dans la musique mes débuts ça date depuis que je suis tout petit, j’ai toujours beaucoup écouté de musique. Mon père en particulier m’a beaucoup fait baigner dans la Soul, le Jazz… C’est mon grand frère qui m’a initié au Rap quand j’avais genre huit ans, comme ça, les débuts du Rap. Mais je m’y intéressais un peu d’une oreille distraite. Vers mes dix ans, j’ai commencé à écouter pas mal de Soul et de RnB par moi-même, à vraiment m’y intéresser. Et j’ai rencontré mes potes Mamadi et Bessa avec qui j’ai fondé la Per 2 III, notre groupe. C’était vers ’95, ouais, quand on avait douze ans. C’est là qu’on a commencé à écouter vraiment beaucoup de Rap, à s’y spécialiser et à écrire, etc. Donc j’ai commencé à m’investir dans la musique à douze ans.

 

Un truc qui me semble un peu bizarre : sur ton site (www.shaka2006.com), au niveau de ta bio, on voit que t’étais dans la P.E.R. et tout. Un collègue m'a dit que t'étais dans les Petits Boss ?...
Non, j’ai jamais fait parti des Petits Boss. Les Petits Boss, c’était un groupe de trois rappeurs : Fidel’ Escro, Loucha qui est le frère de Nega (qui avait déjà le buzz à l’époque), et Elie Eid qui a arrêté de rapper. Les Petits Boss c’était eux, ils avaient tous genre quatre années de plus que nous, ils étaient très jeunes à l’époque, et c’est les premiers à avoir fait parler d’eux sur Genève niveau Rap. C’est aussi eux qui ont poussé Double Pact. Y avait un collectif autrefois, Fratra, qui regroupait les Petits Boss, Double Pact, et nous on y était aussi affiliés. Mais les Petits Boss, c’était vraiment eux qui avaient le buzz sur Paris. D’abord, ça a commencé avec la sortie du premier Double Pact pour se faire connaître, et ça devait être suivi par la grande sortie des Petits Boss. Ca devait être en ’96. Mais des mésententes ont tout gâché, et c’est dommage, car ils auraient sans doute bien changé la face du Rap en Suisse. Leur album aurait dû être un vrai succès, aurait dû leur ouvrir des portes… mais non.

 

Parce que ta première apparition discographique officielle…
…C’était sur Double Pact. Les Petits Boss, c’était que des singles. La vraie trace discographique qu’on a d’eux c’était sur la compile Arsenal Le Vrai Hip-Hop. Ils avaient sorti leur premier maxi en ’94, La Panthère.

Justement, quand tu regardes les DVD de la Mafia K’1 Fry, de Manu Key avec Prolifique, t’entends DJ Mehdi parler du fait qu’ils descendaient souvent sur Lausanne…
Lausanne, Genève, même.

Genève aussi ?
Quand j’étais petit, je les voyais, tout ça. C’étaient des proches, c'est-à-dire que Mehdi, Manu Key et tout, La Cliqua, on les voyait. Ouais, c’étaient des proches. On a toujours travaillé en parallèle avec eux. Moi j’étais alors petit, Mehdi venait et on leur disait ouais vous allez voir, eux ils vont tout niquer et tout ça. Voilà quoi. Bon, Yvan (NDT : anciennement de Double Pact donc) a dû pas mal garder contact, tu vois. Yvan a bien percé en France au niveau de la production. Mais à la base, Yvan ne faisait pas parti de Double Pact mais des Petits Boss.


Ah ouais ?

Ouais ouais.

C’est marrant, j’en apprends des tonnes là.
Juste pour dire que les Petits Boss, vraiment, c’était le groupe à l’époque.

 

Pour en revenir à toi, après que tu aies eu une certaine actualité avec la Per 2 III et la P.E.R., que s’est-il passé par la suite ?
Si tu veux, on était alors vachement jeunes, vachement protégés, et ce qu’on nous a toujours dit était de faire les choses calmement, les unes après les autres, ne pas s’impatienter, continuer à travailler sur des morceaux, maquetter. En ’99 on avait fait une maquette qui était bien. On avait toujours pour projet de sortir, mais à force d’attendre on a raté le moment où il fallait qu’on paraisse, on va dire ça comme ça. Et après, ça a un peu gâché le reste. Avec le recul, un certain nombre de choses n’avaient pas trop de sens : on était tellement dans le projet qu’au final rien ne se terminait. C’est un mélange de la manière dont on s’est comporté et dont on ne s’est pas comporté au bout du compte, car tout ce délire musical c’était quelque chose qu’on nous apprenait en nous disant qu’il fallait travailler et encore travailler, qu’on sortirait seulement quand on serait prêts. Mais après, il y a eu le moment où les gens qui s’occupaient de nous n’ont pas pris les choses en main, et nous non plus, donc voilà. Mais je ne me l’explique pas réellement, parce que je pense au moment où on aurait pu sortir et qu’on ne l’a pas fait… Il fallait toujours continuer à travailler. Et après ça, c’était bien trop tard dans le sens où il n’y avait plus de buzz : le Rap français commençait déjà à descendre, Double Pact était totalement orienté vers le marché alémanique… Et puis nous on ne trouvait plus notre place là dedans.

Pour parler de Double Pact, quand on regarde ton street CD Étranger Chez Moi, on voit que l’ombre de Nega y plane de manière conséquente. On sait que tu fais ses backs vocaux sur scène, mais quelle est la nature de ta relation avec lui ?
Nega et Fidel’ Escro, ce sont eux qui nous ont mis dans le rap, tout simplement. Ca veut dire que quand on a formé notre groupe, on était trois petits mecs de douze ans qui commençaient à écrire des paroles. On les a croisés une fois, et vu qu’on était toujours en ville, qu’on était toujours sapés stylés, qu’on était toujours les mêmes trois petits ensemble, ça tournait et les gens savaient qu’on se débrouillait. Et Nega et Fidel nous ont un jour demandé de leur montrer ce qu’on savait faire, on l’a fait et voilà. Donc Nega, dès qu’il a commencé à faire des sons, on était parmi les premiers à poser dessus, et c’était quand on avait douze ans. C’est vraiment Nega et Fidel qui nous ont mis dans le Rap, à 100%. Et on n’a jamais arrêté de travailler avec Nega qui se chargeait alors de la production et tout ça. C’est aussi lui qui nous manageait en fait. Aujourd’hui on a tous grandi, c’est clair, mais à l’époque on le percevait vraiment comme un grand frère. Maintenant c’est…

Comme un parrain quoi.
Ouais, le parrain quoi.

Tu faisais mention du trou d’actualité dans lequel ton groupe et toi étiez tombés, mais qu’est-ce qui t’a ensuite motivé à te focaliser sur le street CD Étranger Chez Moi ?
Personnellement, c’était arrivé à un moment où j’ai commencé à écrire des morceaux solo vers 2002 et 2003, et où j’ai aussi commencé à travailler avec Ankh qui était en train de monter son label Privilège. Au fur et à mesure, je me suis mis à beaucoup enregistrer et maquetter chez lui et c’est venu assez naturellement. Après on a sorti le maxi J’la Sens Plus. Ca a fait parler, ça a fait du bruit, on a voulu amortir sur un autre projet et amorcer le buzz pour enchaîner directement. Ce que je n’ai malheureusement pas fait vu que je m’oriente en ce moment sur d’autres choses. Mais c’était ça le but. Et si j’ai mis d’anciens morceaux datant de la période de la P.E.R., c’était aussi parce qu’ils me tenaient à cœur et que je voulais aussi un peu m'exorciser de tout ça, le faire écouter au grand public. Des chansons avaient le niveau à l’époque et l’ont encore de nos jours, il fallait donc que je les mette sur le CD pour me débarrasser de ça (rires) ! Beaucoup de morceaux, beaucoup de choses à dire, voilà. Il y a beaucoup de monde qui m’encourage, mais je suis quelqu’un qui n’écrit pas énormément, le Rap fait toujours parti de ma vie mais maintenant côté production. En dehors de ça, il n’y a plus d’effort particulier, c’est-à-dire qu’il faut vraiment qu’il y ait des gens qui me poussent afin que je puisse aboutir à un projet. Pas mal de choses m’ont déçu on va dire. Je ne suis plus dans le Rap comme il y a sept ou dix ans, où j’étais vraiment à fond dedans. Maintenant je poursuis ma vie et c’est tout. Mais vu que beaucoup de personnes m’ont encouragé, car ces personnes ont aimé et aiment ce que je fais, j’ai planché sur Étranger Chez Moi.

Tu parlais de Mamadi comme ton partenaire au sein de la P.E.R., mais j’aimerais bien que tu expliques quelles sont tes affiliations avec Terrorime Mouvement. Tu m’avais déjà parlé du fait que vous étiez trois groupes de Rap formant une espèce de noyau dur de six-sept membres. T’es un peu le Cappadonna de l'histoire, non ?
Ouais, voilà, l’électron libre. C’est un peu ça pour moi. Mais à la base, le Terrorime c’est trois groupes de deux, et un rappeur. Après, la vie fait que certains arrêtent le Rap ou encore partent, donc il y a forcément eu quelques modifications avec le temps. Dans mon cas, il y a eu une période où j’ai pas mal pris de distances avec le Rap en général. Pour te donner un exemple, entre 2001 et 2002, je ne rappais quasiment pas. J’ai vraiment pris du recul. Ce qui fait que quand le Terrorime s’est mis à faire tous ses trucs, je commençais à travailler en solo sur des morceaux, et dès fois tu ne te retrouves pas toujours dans la dynamique de groupe, car j’ai aussi quelques difficultés avec ça. Mais à part ça, c’est toujours des bons potes avec qui je traîne… Donc s’ils sortent un projet, il faut que je sois dessus. Je ne suis pas impliqué à 100% dans ce qu’ils font, mais je fais quand même parti du Terrorime.

Sur ton street CD qui est déjà dispo depuis une année, et plus spécifiquement sur ton titre J’la Sens Plus qui date de 2004, tu fais un constat à propos du fait que tu ne ressentais plus le Rap comme à une certaine époque. Et aujourd’hui en 2006, vu que tu touches maintenant plus à la production, est-ce que tu as toujours ce même point de vue, cette lassitude quant au Rap ?
Quand j’ai écrit ce morceau, je parlais surtout du Rap et des rappeurs. C’est personnel, mais ce n'’est plus la même chose. Je ne fais pas parti d’un quelconque mouvement ou quoi que ce soit, mais j’estime que certaines choses, comme l’attitude des rappeurs, la façon dont des choses se sont faites... c'est ce qui m’a fatigué en fait. Même parmi mes potes, je n’aime pas comment le Rap a rendu certaines personnes. Je vais même dire la vérité en affirmant que le Rap ne faisait pas forcément du bien aux gens, tu vois ce que je veux dire ? C’est bien d’écrire, etc, mais il y a beaucoup de mecs qui ont gâché leur avenir pour rien selon moi. Et je te parle de gens que je connais. Et tout ça parce qu’ils s’impliquaient dans des choses où ils n’avaient pas forcément le talent. Que ce soit dans mon environnement, dans mon entourage et dans ma vie, j’ai vu le Rap gâcher beaucoup de choses. Alors que ce n’est qu’une musique à la base. Donc pour J’la Sens Plus, c’est possible que j’étais blasé quand je l’ai fait, c’est vrai.

C’est dans ce sens là que tu dis Le Rap je l’aime, mais je me demande s’il fait du bien à mes frères.
Ouais, des fois ouais, net. Parce qu’il y a tout le monde qui rappe ! Faut dire la vérité. Moi j’ai commencé le Rap à un moment où, franchement, il n’y avait pas tout le monde qui en faisait. T’avais pas un groupe de dix mecs où t’avais tout le monde qui faisait des rimes, tu vois ce que je veux dire ? Et là, tout le monde est impliqué à fond dans le Rap. C’est aussi ça qui fait la popularité du genre, on n’a pas besoin d’un don particulier à la base pour le pratiquer. Et bon, si on a beaucoup de MC et de rappeurs qui parlent des uns des autres à l’heure actuelle, on parle de cultures Hip-Hop et de clashes, mais ce n’est pas pour rien, car il y a beaucoup de merdes dans le Rap de nos jours. Bon, maintenant il y a des choses qui recommencent à m’intéresser dans le Rap français, mais on n’est plus en ’97. C’est évident qu’il faut continuer à avancer, mais il y a vraiment eu un moment où les choses n’étaient pas géniales. Et aussi concernant le public qui a beaucoup changé, ce qui d’un côté est normal puisqu’il a grandi. Mais bon, c’est ce qu’on voulait à la base : que le Rap devienne populaire. Mais à partir d’un certain cap, tu vois bien que le public –surtout quand il se rajeunit- ne connaît plus vraiment les bases qui lui permettraient de juger de la bonne qualité d’un disque. On dirait du moins, tu vois ? Mais c’est quelque chose de normal, il ne faut pas jouer les vieux cons à se dire ouais avant c’était mieux, avant c’était mieux, là n’est pas la question. C’est que, d’un point de vue personnel, je ne me retrouvais plus vraiment là dedans, et ces événements ont fait que j’la sens plus. Y a beaucoup de MC qui sont venus me voir, surtout les gens qui sont là depuis longtemps, et il faut savoir que quand ça ne pète pas pour toi il faut savoir aller de l’avant. Plein de rappeurs ont ressenti ce que je disais, car ils étaient aussi arrivés à ce stade où il fallait avancer malgré tout.

Quand tu parles du public qui se rajeunit et ne connaît plus les bases, on en a eu un bon exemple l’autre jour à Hip-Hop Communes-Ikation quand tout le monde s’est barré lors du passage de Dany Dan.
Ouais, c’est un bon exemple. Mais bon, en l’occurrence il y avait peut-être des circonstances atténuantes. Mais c’est vrai que c’était assez choquant. C’est bizarre quoi. Dany Dan a quand même du buzz maintenant aussi faut dire, c’est ça qui m’a surpris surtout. Mais en même temps, toute cette jeunesse, c’est un bon public quand même. Il connaît peut-être moins le Rap, il l’aime moins… je ne sais pas comment dire.

Il ne l’apprécie pas de la même manière.
Voilà, il ne l’apprécie pas de la même manière. Et ça, on ne peut clairement pas le juger. Mais c’est aussi un bon public, voire un meilleur public qu’avant même. Autrefois, tu faisais un concert à Genève, les gars te regardaient en bougeant la tête bizarrement, ils ne disaient rien. Tandis que là avec les jeunes, dans les concerts que j’ai faits à Genève, j’ai vraiment vu. Les petits n’ont pas eu les mêmes chances que nous, car on a eu à l’époque plein de concerts, de choses, un énorme mouvement en pleine ébullition, et il y a eu par la suite une longue période où il n’y avait vraiment plus rien ici. Plus de soirées Hip-Hop, que des boîtes où ils passent du RnB pour se dire Hip-Hop alors qu’ils ne le sont pas du tout. Et les petits, tu vois vraiment qu’ils ont envie de bouger, ça leur fait plaisir de voir ce qui se passe. C’est dans ce sens qu’ils font plus plaisir à voir d’une certaine façon.

Pour rester avec ce qui concerne la jeunesse, sur le titre Étranger Chez Moi, que tu as rappé quand tu avais genre quoi… douze ans ?
Nan !... (rires) On dirait, mais… j’ai seize ans !

Ah t’avais seize ans ?! Ah bon, c’est genre les autres qui m’avaient dit là Shaka il était trop jeune, il allait sur ses douze ou treize ans !
Nan, on avait seize ans dans la P.E.R. là, mais on avait des voix de gamins. Bon, c’est clair que quand t’écoutes le morceau… mais c’est en ’99.

Okay, en plein dans la P.E.R.
Voilà, c’est là quand je te parlais du moment où on aurait dû sortir. Et puis ce morceau Étranger Chez Moi, c’est vraiment de ça que je parle. Si on doit avoir des petits regrets, c’est de ne pas avoir sorti de genre de trucs à l’époque. Car quand on réécoute la chanson avec du recul, et qu’on voit que des gamins de seize ans rappent sur de sujets aussi deep… (soupir) C’est même pas qu’on l’a fait écouter à beaucoup de personnes, mais on pensait vraiment qu’avec ça, ça allait pouvoir bien marcher. Je le pense toujours d’ailleurs.

Tu es d’origines rwandaises, tu traînes avec beaucoup d’africains depuis des années. Est-ce qu’à 23 ans tu te sens toujours aussi Étranger Chez Toi ?
C’est une question de génération, il n’y a rien de forcément dramatique. Tout est parti d’une constatation et d’une phrase qui interpelle pas mal et qui est juste trop vraie, il faut le dire. Ici je suis étranger et quand je rentre au Rwanda je le suis aussi. C’est ce que les gens me disent également. Ce que je pense, c’est qu’il faut apprendre à vivre avec de la meilleure manière possible pour te sentir plus chez toi qu’étranger, tu vois ce que je veux dire ? Si tu commences à te borner à seulement penser que tu es étranger chez toi, tu vas au final plus te rapprocher de l’étranger que de chez toi. À partir de là, depuis l'époque de la chanson, j’ai tout fait pour plus me rapprocher de chez moi au Rwanda. J’ai pensé que si j’apprenais à mieux connaître mon chez moi ancestral, j’allais me sentir mieux à Genève, qui est un autre chez moi.

Pour rebondir dessus, tu parles souvent de thés rwandais, de Bruxelles qui possède la plus grosse communauté rwandaise, etc. Je trouve un peu étrange que tu ne parles pas rwandais.
Ouais…

Mais tu m’avais aussi dit un jour que vous y parliez français, anglais et rwandais. Je voulais savoir comment tu gérais ton rapport avec tes racines africaines en tant qu’enfant d’immigrés.
Je me suis toujours senti rwandais avant tout dans ma vie. Depuis que je suis enfant c’est des choses que tu constates. Mes parents ont dû quitter le Rwanda, ils m’ont toujours bien expliqué ça, et j’ai toujours eu un grand contact avec la communauté rwandaise ici. Et voilà, je suis noir. Quand t’es noir, même quand t’es à l’école enfantine, on va te demander d’où tu viens. Tu ne vas pas répondre la Suisse, car après on va te dire ouais, mais tu viens d’où, tu comprends ? On te renvoie toujours à tes origines, c’est comme ça. Je me suis donc toujours senti rwandais. C’est peut-être plus en allant au Rwanda les premières fois que tu comprends qu’il y a un délire, car tu constates que même là-bas tu n’es pas chez toi. C’est net que je me sens à l’aise ici, mais de là à dire que je me sens suisse… À la limite je me sens genevois, car c’est ma ville. Mais maintenant, mon rapport avec mes origines est clair, hyper simple, car il mène ma vie à part entière. Je suis rwandais, mon histoire est celle du Rwanda, même si je ne parle pas rwandais. C’est vrai que c’est quelque chose que je regrette. Après, ça dépend de tes parents, s’ils t’apprennent des trucs ou pas, mais je suis très proche de mes origines. Je traîne souvent avec mes cousins, c’est l’Afrique, on est proche de nos racines. On nous y renvoie beaucoup aussi, c’est normal. Peut-être que si j’étais un rwandais vivant en Côte d’Ivoire, cet écart serait bien moins fort. Je ne suis pas là non plus à dire que le Rwanda c’est bien, la Suisse c’est de la merde : il faut savoir nuancer, prendre ce qui a de meilleur des deux côtés.

Y a du Rap au Rwanda ?
Ca commence à peine, ça commence un peu ouais. Culturellement, on se situe vraiment dans le cadre de l’Afrique de l’est, avec l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie. Au Kenya et en Tanzanie, c’est déjà bien développé niveau Rap et musique. Au Rwanda, c’est encore vraiment des musiques de là-bas, mais ça vient petit à petit. D’ailleurs, j’aimerais bien retourner au pays afin de faire parti de la première vague.

En regardant le Rap africain, pas mal de groupes s’importent assez bien en France ou encore ici, et mettent en avant une identité africaine forte. Est-ce que l’essor d’une scène rwandaise, en plus du français et de l’anglais, pourrait se faire via un dialecte ?
Il n’y a pas de dialectes au Rwanda, il y une langue. C’est différent chez nous, comparé à la plupart des pays africains qui ont été colonisés. On a une seule langue dans tout le pays, donc le Rap serait réellement rwandais. C’est l’avantage qu’on a, car il y a peu de pays qui ont une langue unique. Ou sinon en swahili, et c’est ça qui est bien avec le swahili, c’est qu’en Ouganda, en Tanzanie et au Kenya, les gens le parlent aussi. Vu qu’on le pratique dans toute cette région, ce serait ce Rap là qui s’exporterait le mieux. En plus, ça lancerait bien, c’est en plus une belle langue, bien ancienne et ça te permet d’être compris plus facilement. Donc à ce niveau-là, ouais, ça pourrait bien être une langue traditionnelle, la langue du pays. Et même au Sénégal ou comme ça, ils rappent souvent en wolof. En français aussi, mais ils mettent bien le côté africain en valeur. Mais en Afrique de l’est, vu qu’ils sont tous anglophones, ils sont déjà plus dans un délire ricain. C’est aussi le petit constat que j’ai pu faire : en Afrique de l’ouest, au niveau des rythmiques, du visuel, des instruments, ils sont bien cainfrs et profitent de cette richesse là. Tandis que les autres sont vite ricains, clips avec des meufs, des voitures… Au Kenya et en Tanzanie, c’est vachement comme ça. C’est marrant, mais c’est les mentalités francophones ou anglophones. Et vu que le Rwanda a les deux, je me demande bien dans quelle direction il va aller. Il faut essayer d’orienter ça plus vers l’Afrique.

En me basant sur ce dont tu as pu parler sur le CD Étranger Chez Moi, on voit ton attachement pour le Rwanda, du moins d’un point de vue textuel. Et vu que tu touches actuellement à la production, dans quelle mesure comptes-tu avoir recours à la musique traditionnelle rwandaise dans tes travaux à venir ?
C’est net que je vais sampler des trucs, c’est une musique riche et on peut un peu tout utiliser dedans. Maintenant, la musique traditionnelle rwandaise, c’est de la musique en trois temps et c’est difficile à absorber dans le Rap. Je sais qu’il y a des trucs bien intéressants dont on peut se servir pour en revenir à un seul style : le Hip-Hop. C’est un peu ça la chance et la richesse qu’on a, pouvoir piocher des sonorités un peu partout.

Je parlais une fois avec des collègues du fait que d’après l’histoire des noirs américains aux States, ils avaient un background musical riche basé sur le Blues, le Jazz, la Soul ; et que ce passif musical était réinterprété dans le Hip-Hop ricain. Par la suite, on a vu que le Rap français a également cherché à se lancer dans les mêmes schémas avec des samples de Soul pitchés afin d’en retirer des filets de voix. Finalement, ça ne fait pas depuis si longtemps que ça que la France se met vraiment à sampler des musiques arabisantes par exemple, ce qui correspondrait au véritable héritage musical rappologique de ce pays. Est-ce que tu penses que c’est une continuité plus saine d’un point de vue identitaire ?
Perso, je ne pense pas que ça ait une réelle importance. C’est le terme musical qui prend le dessus, tu vois ce que je veux dire ? Le fait qu’un Timbaland ait réinventé tout un délire depuis cinq-six ans, délire qui est toujours utilisé actuellement en reprenant de la musique indienne, et qui n’a pourtant aucun sens d’un point de vue identitaire, mais qui d’un point de vue musical est une révolution. Pour moi c’est ça qui est le plus important, je pense. Si maintenant on parle de toute une scène, okay, y a peut-être l’influence de la musique africaine pour la plupart des gens dans le rap français –car ils sont pour la plupart d’origines africaines-. Mais le Rap, le Hip-Hop, ça vient des States et on est toujours influencé par ça, qu’on le veuille ou non. Mais c’est bien aussi de pouvoir prendre de ses propres trucs, de ses propres origines. Un producteur qui est portugais, s’il arrive à choper un bon sample avec une musique portugaise, et bah ça tue. Tu vois ce que je veux dire ? En tout cas, le Hip-Hop, c’est comme ça que je le perçois. Si on parle de samples, tu vois que le Hip-Hop te permet de réinventer avec ce que tu as. Si t’as un bruit de pot d’échappement et que t’arrives à en faire un putain de son, ça tue, tu vois ce que je veux dire ? C’est bien si tu peux mettre en avant quelque chose qui vient de chez toi, tu peux faire avancer les choses et refaire connaître cette musique. Ca a beaucoup été le cas avec la Soul, faut le dire aussi. La vieille Soul, ça a vraiment été remis en avant par tout un délire de Hip-Hop aussi. Donc c’est bien. Mais après, avec ce que tu disais, c’est pas primordial à mon goût : la musique parle d’elle-même, c’est tout.

Dans Ma Musique, tu parles de ton rapport avec la Soul, les classiques de la musique afro-américaine, avec une ligne où tu dis : Tu sais quoi, mes amis se marrent, disent que je vis dans le passé / Car la musique d’aujourd’hui m’a blasé / Ils me disent : avec ton Rap pour parler t’es plutôt mal placé.
C’est un peu ce que je disais avant, tout le délire du vieux con qui fait le nostalgique (rires). Ca vient du fait que je n’écoute pas tant de Rap que ça de façon générale, et le Rap que j’écoute n’est très souvent plus d’actualité. Mais ça ne découle pas forcément d’une volonté, je vais pas être là après à faire ouais, le Rap c’était mieux avant, ça c’était mieux avant. C’est comme dans toutes les musiques je pense : la présence d’un âge d’or. Pour la Pop, je ne sais pas, c’était peut-être quand les Beatles étaient là un moment, pour le Rock c’était genre en ’69 avec Woodstock. Maintenant, ça peut être cool ce qui se passe, mais tu auras toujours des gens qui n’écouteront que les Beatles, que Jimi Hendrix et tout ça. Tu vois ce que je veux dire ? Pour moi, l’âge d’or du Rap ricain c’est ’94, ’95, ’96, le milieu des années ’90. Et l’âge d’or du Rap français c’est la fin des années ’90. Je pense comme ça peut-être parce que c’est là que j’ai commencé à entendre ce que j’ai préféré. Pour le Rap, c’était ça. Sinon, j’écoute de la Soul, beaucoup de Soul, beaucoup, beaucoup, beaucoup de Soul. Parce que c’est la musique que je préfère et que j’ai commencé à écouter même avant le Rap. J’écoute du R'n'B aussi, même actuel. Mais la vieille Soul, c’est vraiment ce que j’aime. C’est vrai que j’ai des amis qui sont là et qui… Tu sais, dès fois tu te tapes des délires genre durant trois ans qui deviennent finalement des trucs sérieux, et tu finis par penser qu’à ça, et quand tes potes sont avec toi et que tu mets souvent le même son, alors que ça ne correspond pas forcément à l’ambiance du moment, y a forcément des délires et des petites moqueries. C’est normal, on est entre nous, mais quand on me sort que je vis dans le passé, ce n’est pas dit négativement. C’est plutôt : ouais, tu kifferais retourner dans le passé hein, chais que tu kifferais trop, et moi je suis là : nan, je pense pas à ça, c’est juste que kiffe trop cette zique.

Si tu devais parler de tes goûts passés et actuels, ça serait quoi plutôt ?
Groupes passés et groupes actuels ? Chais pas, on va commencer par quoi... Marvin Gaye en Soul... Disons que j'ai des choix de prédilection dans mes trois styles de musique préférés : le Rap, la Soul et le Reggae. En Rap, pour moi l'icône c'est 2Pac, mais on va pas commencer à parler de 2Pac et Biggie ici, tu vois... En Soul c'est Marvin, et en Reggae c'est Bob. À partir de là, j'ai encore d'autres préférences comme Donnie Hattaway, Curtis Mayfield, vraiment plein de choses. Maintenant, par rapport à l'actualité, il y a D'Angelo, même s'il est vraiment plus trop là on sait qu'il va revenir. Maxwell, Musiq Soulchild... beaucoup d'artistes Nu Soul qui sont vraiment bien intéressants. Même en RnB, Jagged Edge je kiffe vraiment.

Pourquoi tu me dis Jagged Edge (rires) ?
Mais parce que c'est vrai !

Alors j'ai mal compris une remarque que t'avais faite l'autre jour sur Jagged Edge.
Non non, mais t'es ouf toi, je suis un fan de Jagged Edge, et de la première heure en plus ! Sérieusement, de la première heure. Moi c'est le deuxième album que j'avais adoré, celui avec les Promise et tout ça.

Là où ils posent en moto ?
Nan nan nan, c'est le troisième album ça.

C'est le troisième ? Attends, le premier c'est pas JE Heartbreak ?
Ca c'est le deuxième, c'est ça le classique qu'ils pourront jamais refaire. JE Heartbreak, c'est ça qui me les a fait découvrir. Mais ils ont un album avant ça, si si.

Toujours chez So So Def ?
Ouais ouais.

Mais en attendant, là tu m'as cité personne dans le Rap.
Nan mais attends, j'ai dit que j'allais commencer. Dans ce que j'aimais de l'époque, donc de quand j'ai commencé à bien écouter du Rap, je vais pas te parler de 2Pac et Biggie que je connaissais déjà un peu, mais c'était surtout avec Wu-Tang, Boot Camp Click, grave. Tout le Rap de l'époque. J'aimais déjà beaucoup le Rap de New York, mais j'écoutais aussi beaucoup de Westside music, comme Snoop, Dogg Pound, tous les gars de l'époque chez Death Row, tous ces trucs là. Et maintenant, même en ricain y a de bons artistes. Bon, avant j'ai même pas cité Nas, j'abuse, chus ouf. Nas bien sûr, d'hier et d'aujourd'hui, tu vois ce que je veux dire ?

Nas ? Mais bien sûr...
Parmi d'autres albums ou artistes que j'ai kiffé... T.I., j'aime bien cet artiste dans le délire du South, je kiffe. Sinon, Common qui est vraiment mon rappeur ricain préféré. C'est carrément mon rappeur ricain préféré avec Nas. Et puis mon groupe préféré c'est dead prez, ah ouais vénère. Little Brother : vénère, c'est des oufs, je kiffe grave. Hi-Tek, le dernier album est mortel.

T'es quand même à la page.
Mais c'est surtout au niveau du Rap ricain, car j'écoute plus de Rap français quoi. Maintenant faut que je chope l'album de Dany Dan, l'album de Nubi, le prochain Mafia K'1 Fry peut-être aussi...Mais tu vois, le point commun de ces mecs, c'est qu'ils rappaient déjà à l'époque (rires) ! Des gars que j'écoutais déjà d'avant... En fait je ne suis pas trop, je ne sais pas.

En faisant surtout des références aux artistes Soul et RnB, on peut voir à quel point ils ont une influence sur toi. Comme sur la mixtape Met$ ta Maille où est ta Bouche où tu chantes... Tu disais que Si j'avais une voix, j'rapperais même pas, donc penses-tu allier le chant au Rap et à la prod ?
Ouais... Bah chais pas, on verra. Mais je pense que je vais clairement continuer à rapper.

Tu pourrais faire le nouveau Quan de service.
Le Quan ! C'est le mélange entre Shaka et Tuân (rires) !

Le Shakuan...
Le Shakuan (rires) ! Nan, mais je verrai. Là y a plein de trucs qui bougent, il faut que je vois où mes goûts et mes capacités peuvent me mener dedans, et après je verrai quel style de musique je kiffe. Après, je m'en fous de chanter ou de rapper, c'est les gens qui mettent des étiquettes à ta musique et pas toi. Alors arrêter de rapper ? Je pense pas, car il y a toujours des idées qui me passent par la tête en Rap. Maintenant, si j'arrive à faire des petites parties chantées et mélodiques, peut-être que ça va gagner le pas, je ne sais pas. Franchement, je suis impatient de le savoir en fait.

C'est justement quand t'écoutes ce genre de trucs qui te motive à pousser la chansonnette (NDT : le best of de la Motown tourne) ?
Peut-être... Mais j'ai surtout remarqué que j'avais beaucoup de faciliter à écrire pour le chant.

Ah ouais ? Il y a eu d'autres choses à part le titre Hennessy ?
Ouais, mais tu verras... Les parties chantées dans mes chansons étaient écrites par moi, je composais les mélodies et tout ça.

Je ne pensais pas seulement aux refrains...
Ouais, mais moi je pense aux refrains. Après, concernant des morceaux, non, je n'ai pas encore écrit des morceaux. Mais c'est pour bientôt.

Mais j'espère, j'espère... Sinon, je crois qu'on va laisser tomber le blind test de Soul.
Et pourquoi pas ? Tu crois que j'en suis pas capable (rires) ?

Je ne vais pas dire que tu n'es pas capable, mais j'aimerais que tu me fasses plutôt quelques commentaires concernant les titres de ton street CD.
Ouais, je peux le faire. Tu veux le faire en les écoutant ou juste avec les titres ?

Petit changement musical : Étranger chez Moi de Shaka tourne alors.

Intro
Ouais, alors ça c'est une instru de Armstrong, un producteur de Carouge qui est vachement fort. Ils sont deux d'habitude à produire, mais je ne me rappelle plus du nom de l'autre, désolé (NDT : Bravo)... Mais ils sont super forts, et je trouvais que ce son était propice à introduire un truc, dire des choses, car c'est un truc qui pète et que j'ai kiffé. Il faut dire qu'il y a vraiment des bons producteurs sur Genève, franchement, et il est temps que ça pète parce qu'il y a des putains de producteurs.

J'la Sens Plus
Alors J'la Sens Plus, c'est produit par Pouney qui est aussi un super producteur. C'est un morceau dont on a un peu parlé avant, donc voilà quoi.

Gosse des Villes
Gosse des Villes, c'est certainement le morceau qui a le plus touché les gens, parce que c'est un peu un anthem et tout ça. Je rappe aussi rapidement dessus, je fais des trucs que je n'ai pas fait avant. C'est pour ça que j'aurais dû me placer, faire un clip, mais j'ai un peu laissé tomber la promo du street CD. Il y avait une annonce sur le site, mais j'ai changé d'orientation par rapport à certains trucs. C'est dommage. Mais ça reste un bon morceau, produit par Mamadi d'ailleurs. Et pour le sample, je sais pas d'où ça vient.

Possible
Possible, c'est un de mes morceaux préférés qui aurait aussi mérité quelque chose de visuel. Je parle d'une relation avec une fille et tout ce qui va avec. Sur un autre plan, sans parler

 

 

 


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Lundi 28 juillet 2008
- Publié dans : NIAKERIES
Outta Control



Oeuvre hyper violente ayant pour cadre un univers heroic fantasy des plus classiques, l'oeuvre du
mangaka Kentarô Miura parvient toutefois à se différencier des productions telles que Lodoss Tô Senki par un usage certes abusif mais maîtrisé de la violence (in)humaine. Zoom sur un manga culte.


Guts, enfant de sexe masculin né d'une morte, apprend dès son plus jeune âge la dure vie de guerrier avec son tuteur et père adoptif Gambino. Forcé de quitter sa troupe de mercenaires suite à une sombre affaire, le jeune Guts, alors seulement âgé de onze ans, s'en remet à lui-même et fuit par un soir de pluie dans l'espoir de trouver un moyen de survivre. Les choses allant, voilà que notre héros mène une vie solitaire, flirtant de prêt avec la mort sur les champs de bataille où il combat en échange de menue monnaie. Son existence changera du tout au tout à ses quinze ans lorsqu'il rencontrera Griffith, chef de file lumineux de la troupe de mercenaires du Faucon. Griffith, impressionné par les talents de Guts au combat, invite notre héros teigneux à rejoindre sa troupe de mercenaires. S'ensuit alors un combat et une défaite, celle de Guts qui devient alors le subordonné du charismatique leader. La relation liant ces deux personnalités finira par donner naissance à une amitié marquée du sceau des rapports maître/esclave, dont l'ambiguité engendrée nous fers souvent demander qui est réellement le maître et qui est l'esclave.


Destiné à appeler le malheur, Guts sera, selon les dires
de Gambino, la raison pour laquelle sa femme Sis mourra
de la peste. On constatera que Guts est marqué par
le sort dès le début du récit...



Ainsi, Guts se retrouvera conduit par le rêve de grandeur de Griffith. La Troupe du Faucon survivra à moult conquêtes et combats sanglants qui la ménera finalement à la cour du royaume du Midland, à Wyndham. Entamant une ascension sociale fulgurante grâce à ses prouesses guerrières, Griffith veut être roi et semble bien en passe d'épouser la Princesse Charlotte. Mais cela était sans compter sur les intentions de Guts qui semble vouloir s'affranchir de sa position d'esclave, mais surtout s'affranchir d'un Destin qui semble être écrit par l'Oeuf du Conquérant, artefact aux origines mystérieuses, que possède Griffith...

Plus que des affrontements dantesques à l'épée, la grande force de Berserk réside principalement en l'efficacité de la trame et l'insanité des thèmes et des ambiances retranscrivant avec brio tout le mal être des personnages. Cela dit, le présent article fera la part belle aux spoils, donc faites en sorte d'avoir au moins vu l'anime avant de vous lancer dans la suite de la lecture.


Berserk, un long parcours

Ayant débuté sa prépublication au sein du magazine Young Animal dès 1990, Berserk n'est toujours pas terminé à l'heure actuelle au Japon avec trente volumes. Kentarô Miura, rendant un travail détaillé proche des dôjinka avec des dessins irréprochables, prend son temps (un peu à la manière d'un Hagiwara et son Bastard!!!) et travaille désormais au rythme d'un manga par année. Aujourd'hui, la parution française orchestrée par Glénat compte quinze tomes des aventures de Guts, mais il faut savoir que plusieurs éditeurs français s'y étaient frottés par le passé comme feu Samourai mais également Dynamic Visions (maintenant Dybex). Oeuvre maudite sur l'archipel, Berserk a très souvent été l'une des cibles principales des détracteurs du manga ; il faut avouer que la bande dessinée de Miura n'y va pas de main morte en terme de violence : combats où les tripes et les cerveaux explosent de part et d'autres, scène de viols insoutenables entre femmes et créature démoniaques... Bref, Berserk n'est clairement pas à mettre entre toutes les mains et on comprend grandement pourquoi chaque exemplaire est plastifié en librairie. Mais s'arrêter là afin de juger cette oeuvre serait une grossière erreur, et si les fans de la première heure voyaient en l'édition papier de Dynamic la fin de l'attente interminable d'une édition française de Berserk digne de ce nom, ils furent déçus en apprenant que le groupe avait abandonné la tâche afin de la remettre aux mains de Glénat. Tout amateur de mangas connaissant le mauvais travail de cette maison d'éditon en la matière, ce ne fut pas sans crainte que la nouvelle fut reçue. Mais en constatant que David Deleule (l'homme derrière la traduction d'Evangelion dans notre langue) se trouvait derrière la francisation du titre et que les onomatopées n'étaient pas tronquées, une bonne partie de nos craintes s'envolèrent. De fait, Berserk jouit finalement d'une édition à la hauteur de son mythe, bien que les traductions suivant le volume 12 , faites par Anne-Sophie Thévenon, soient bien en-deçà de celles du père Deleule. Mais ne chions pas dans le plat.


Guts à 18 ans, soit trois années suivant sa rencontre avec Griffith.
Et dire qu'une année après, notre héros sera une
véritable montagne de muscles...



Les personnages

Sans nul doute la grande force de la série, cette dernière nous proposant un panel important de personnages riches et variés. Parmi les plus marquants, nous citerons bien évidemment les éléments clés de la Troupe du Faucon tels que le magnifique Judo, exemple même de dévotion et d'abnégation et expert en armes de jet, le bourru Pippin et sa masse, le grincheux et ladre Carcus ainsi que le pétillant Rickert. D'autres parviennent également à se détacher du lot, notamment Gaston, tailleur en devenir à Wyndham et bras droit de Guts au sein de la Troupe de choc de l'armée de mercenaires de Griffith ; Miura parvient à insuffler un volume considérable au background de ses créations, à un point où des membres de la troupe censés faire office de seconds couteaux se profilent avec une sympathie certaine.


Obnubilé par sa folie des grandeurs,
Griffith ne supportera pas le départ de
Guts dont l'absence deviendra un
obstacle important à son ascension



Toutefois, les trois personnages charniers de Berserk sont bien évidemment Guts et Griffith ainsi que la belle Casca, seule femme présente au sein de la troupe (et quelle femme !). Symbolisant le trinôme et la relation triangulaire par excellence, les rapports existant entre ces trois piliers changent de façon considérable au fil de l'histoire. Déjà, après que Guts ait été vaincu par Griffith lors de leur tout premier duel, une relation à l'aune de la dialectique du maître et de l'esclave selon Hegel s'installe alors : Guts, bien que perdant, finit tout de même par apparaître sous les traits du meilleur ami de Griffith, celui-ci ne cachant nullement l'affection qu'il lui porte, allant même au front afin de sauver la peau du meneur de la Troupe de choc. Cela dit, cette relation finira par prendre un tournant significatif lorsque Guts écoutera fortuitement une discussion au château de Wyndham entre la Princesse Charlotte, premier outil afin d'obtenir la couronne, et Griffith, ce dernier affirmant qu'un véritable ami est celui qui a un rêve et qui s'efforce de le poursuivre. Confiné à sa position de subordonné, Guts reste esclave aux yeux de Griffith, soumis aux ambitions du Faucon. La mise en scène de cet instant clé est on ne peut plus parlante : Griffith est au sommet d'une série de marches menant à la salle des festivités du château et conte fleurette à la Princesse Charlotte, alors que Guts se trouve en aval, dans l'ombre, blessé et sali suite à l'assassinat de Julius, le frère du Roi. Condamné à faire les basses besognes de celui avec qui il pensait être lié d'amitié, Guts réalise qu'il est toujours en bas de l'échelle. C'est d'ailleurs ce moment de lucidité qui le remettra significativement en cause, poussant désormais le guerrier sombre à poursuivre son propre rêve et sa propre destinée. Le départ de la Troupe du Faucon est inévitable si Guts veut pouvoir être perçu en égal et ami de Griffith. Leur court combat d'adieu engendrera un nouveau rapport à l'autre ; Guts vainc Griffith avec une facilité déconcertante, et regagne ainsi sa liberté. L'esclave n'est plus. Et le maître non plus.


Guts, Casca, Griffith : la trinité


 
Casca, personnage tragique au caractère double :
l'union et la désunion


Remarque amusante, il se trouve que Guts et Griffith sont en vérité un seul et même individu, mais présentant une facette sombre d'un côté et une facette lumineuse de l'autre, un peu à la manière d'un Scar et d'un Moufasa dans le Roi Lion de Disney ; cette remarque se doit d'être prise en compte dans la mesure où Guts, toujours dans son rôle de subordonné, effectue les tâches de l'ombre pour Griffith, son chef. Autant Guts représente les ténèbres, autant Griffith représente son exact opposé, car souvent associé au blanc, couleur sacerdotale universelle synonyme de pureté et bien évidemment de lumière. Toutefois, les légers reflets bleux de la chevelure et de l'armure du chef de la Troupe du Faucon rappellent son affiliation aux champs de bataille, le bleu étant la couleur de la guerre. Quant à Casca, elle représente ce qui unit et va désunir Guts et Griffith, les rapports existant entre ces trois personnages allant se modifier du tout au tout : amoureuse de Griffith dans un premier temps, elle terminera dans les bras de Guts, ce qui ne sera pas sans provoquer des réactions chez Griffith qui considérera définitivement Guts comme une gêne. Avec une rapide analogie, Griffith détient une aura religieuse quasi christique : il est élu par l'Oeuf du Conquérant qui lui permet de surpasser sa nature humaine, et est suivi par une assemblée de fidèles. Après son année de captivité dans la prison de Wyndham, ce qui évaudrait à la mort du Christ crucifié, Griffith renaît sous la forme de Femto, les Ailes des Ténèbres, cinquième God Hand vénéré par ses Apôtres démoniaques. Analogie d'autant plus pertinente dans le sens où les quatre God Hands précédant Femto sont désignés dans les légendes de l'univers de Berserk comme étant des anges ; mais à voir leur apparence maléfique, nous serions plus enclin à penser le contraire. On se rappellera aussi de la rencontre entre Dieu, effrayant et difforme et enfoui dans l'obscurité, et Griffith lors de son occultation : Miura semble prendre un malin plaisir à chambouler notre perception, les anges et les dieux n'apparaissant pas sous leur forme habituelle. Toujours dans les analogies, on pourrait affirmer que Guts tiendrait le rôle de Judas car considéré comme un traître par Griffith suite à son départ de la Troupe, ce qui déclenchera sa chute peu de temps après. Le fait de sacrifier la Troupe du Faucon prouve pour Griffith qu'il possède toujours un droit de vie et de mort sur Guts, qu'il en restera toujours le maître. Le viol de Casca se situe également dans les mêmes eaux. Cependant, si Jésus pardonna à Judas son acte, Griffith n'en fera pas de même pour Guts. En ce sens, Griffith est l'antéchrist.


Femto, incarnation diabolique de toutes les
ambitions démesurées de Griffith et figure
anté-chrsitique par excellence


Après métamorphose, le rapport existant entre Guts et Femto s'inverse, ou plutôt se révèle sous son vrai jour, Griffith ayant pleinement accédé à une nature inhumaine : Guts n'accède non pas à la Lumière, mais le pourrait de fait étant donné que Griffith sombre dans l'obscurité. Guts reste toutefois ce guerrier noir et échappe ici à un déterminisme facile (que nous traiterons par la suite), vu qu'il décidera de se dresser contre son ancien ami en empruntant la voie des ténèbres. L'opposition existant entre Guts et Griffith est plus que présente, bien que Guts cherchera à vaincre le mal par le mal.

Comme on le verra après que Guts et Casca aient survécu à l'occultation, il ne reste plus grand chose d'humain chez notre héros qui va devenir le Guerrier Noir et se verra attribuer un bras gauche mécanique. L'usage de la Dragon Slayer signifiera d'autant plus la fin de l'Homme ; arme trop lourde et grossière pour pouvoir être portée par un être humain normalement constitué, elle deviendra alors une extension à part entière de Guts, voire même un substitut de son bras gauche auquel on a rajouté  un canon. Toujours au niveau des changements physiques, Guts perd également l'usage de son oeil droit suite au carnage perpétré par les Apôtres et les God Hands lors de l'occultation de Griffith. En se référant à la symbolique des chiffres selon les anciens égyptiens, il y est dit que chaque Ba d'Amon anime un secteur de l'univers et que le soleil se trouve dans son oeil droit. En le perdant, Guts perd définitivement toute affiliation avec le monde de la lumière, obligé de se lancer corps et âme dans un combat sans fin contre le monde des ombres. Une lutte désespérée à laquelle sa stigmate le condamne jusqu'à la fin de ses jours...



Guts le Guerrier Noir quasi en mode Berserk, ça sent le Hagiwara là... Guts signifie en
anglais "tripes", "viscères". Ce qui lui va à merveille.
Ce qui relie donc Guts, Casca et Griffith est d'autant plus clair suite à l'occultation : tous sont marqués dans la chair par des changements significatifs (marque de la stigmate chez Guts et Casca qui réagit à la présence des démons, perte d'attributs physiques pour Guts, métamorphose de Griffith en God Hand, viol de Casca par Femto et naissance de leur enfant monstrueux), mais également marqués dans leur esprit (nature diabolique de Femto, Guts révèle sa nature de Chevalier Noir et de Berserk, Casca est amnésique). Même si de nombreux personnages apparaissent encore au fur et à mesure du manga, reléguant ainsi quelque peu aux oubliettes l'épisode de la Troupe (qui s'arrête tout de même au volume 13), on ne peut faire l'impasse sur ces trois personnages victimes des aléas d'une destinée décidément bien capricieuse et emplie d'ironie.


Le mot Berserk proviendrait des barbares
germains qui se recouvraient de sang et de peaux de bêtes
afin de rentrer en transe pour combattre. Cette perte
d'humanité est également signifée chez Guts lorsqu'il
se transforme en Berserker...



Le thème central : la Destinée

Plus que les successions d'affrontements sanglants et les scènes gores et dérangeantes, le thème de la Destinée englobe toutes les expressions de violence dans Berserk, les tolère, et nous permet de penser que toutes ces horreurs ont lieu pour une bonne raison, et non pas pour le plaisir sadique de voir des moignons à tout bout de champ. En effet, on retrouve une fois de plus ce thème chez notre duo Guts et Griffith / Femto, et ce dès le début de leur vie : Guts est né d'une morte et est appelé à attirer le malheur autour de lui, Griffith découvre un des Béhérits suprêmes qu'est l'Oeuf du Conquérant qui lui ouvre la porte d'un avenir couronné de succès guerriers et politiques. De plus, au vu de la suite des événements jonchants le récit (surtout lorsque Guts devient définitivement le Guerrier Noir), on remarque très vite que l'idée de Destinée s'élargit pour finalement s'acoquiner avec celle du Déterminisme : Guts et Griffith sont-ils victimes de leur Destin, sont-ils déterminés par celui-ci ? Concernant l'ancien chef de la Troupe du Faucon, on peut pencher pour l'affirmative étant donné que l'Oeuf du Conquérant a tracé la voie et l'avenir du jeune homme, dont le rêve de grandeur et d'ambition est incarné par un immense château vu depuis les ruelles d'une cité servant de terrain de jeu à un Griffith encore enfant.

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Mardi 24 juin 2008
- Publié dans : HIP-HOP : C'est arrivé près de chez nous
img452/5231/aiglesp3.jpg   Back for the first time


























Il n’est pas facile de marquer une scène musicale de sa présence, c’est un fait avéré. Mais il est encore plus difficile de vouloir la marquer à nouveau après une longue période d’absence. Certains pensaient que Rox n’existait plus alors qu’il était Anuar. D’autres soupçonnaient l’ancienne moitié du D.U.O. de ne plus rapper ; c’était sans compter sa présence sur de multiples projets comme De A à Z et GeneVibrationZ, attestant toujours du fait que le MC n’était pas qu’un rappeur, mais surtout un activiste de la scène Hip-Hop. Toutefois, il est vrai qu’en dehors de la sortie de Rêves de Paix en octobre 2004, sorte de suaire imprégnée de l’empreinte d’Anuar, aucune suite discographique n’a été donnée. Et les années s’écoulant, le Rap a eu maintes occasions de se renouveler, mettant en avant de nouvelles têtes et de nouvelles croyances, oubliant sans gêne aucune les charpentiers ayant religieusement construit la bâtisse qui allait accueillir la naissance du divin enfant. C’est donc avec ce poids lié au passé qu’Anuar entame un nouveau chemin de croix, signifié par la sortie de la mixtape Retour vers le Présent. Accompagné de DJ Twista, le vétéran prouve que son stylo et son flow n’ont pas pris une seule ride : son premier signe des lignes et des textes faisant jongler les mots et leurs sens avec une insolente dextérité (comme sur Hip-Hop naît…, avec les old timers Jonas et J.A.X. et l’anglophone J-East) ; son second trouve un nouveau souffle sur des titres sortant un peu de son registre de prédilection (avec Geos sur le terriblement bounce Véritables Adversaires). Non content de délivrer des titres versatiles, pouvant nous faire remuer la tête (Un Jeu ? avec 8.6 Kara, sur une refonte du California Vacation de The Game) ou encore remuer l’esprit et le cœur (le troublant Vérités et le magnifique Solitude), Anuar parvient sur l’ensemble à lier ces deux dimensions du Rap game sans que l’une ne prenne le dessus sur l’autre. Individu moral sans être moralisateur, Anuar a trouvé le juste équilibre artistique et personnel, et bien que l’apprenti Contemplatif n’ose pas être considéré comme tel, force est de reconnaître qu’il est plus que jamais un Fils de l’Instant de notre paysage rappologique. Autrefois rattaché au passé, le MC est non seulement sur le chemin du retour tout en portant son regard vers l’avenir, et ce Retour vers le Présent en est la plus belle des preuves. Il faut et il faudra encore compter sur Anuar pour les années à venir.


_TN


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Mercredi 11 juin 2008
- Publié dans : HIP-HOP : C'est arrivé près de chez nous
 img452/5231/aiglesp3.jpg  Boîte à camembert

























Alors que l'album J'accuse le Coup de Rastamat continue à faire son bonhomme de chemin dans nos bacs (plus de 600 exemplaires vendus selon l'intéressé), l'amateur genevois de ganja s'est dit qu'il serait de fort bon aloi de sortir une petite Net tape pour garder le buzz. Ainsi naquit Ferme ta Gueule et Écoute, mixtape où le père Ras' replace son flow lancinant et sa voix étouffée sur des beats connus (cf. Sans jamais s'arrêter) et pas encore connus (cf. Une Vie dans l'Son). Toutefois, c'est triste à dire, mais le résultat est à l'image de la jaquette : pas très beau. Déjà que le rappeur roots a un style de rap qui ne fait pas l'unanimité –il semble constamment à bout de souffle, sans doute la faute au « Far West de la Ganja Side »-, encore aurait-il fallu que les prestations de quelques-uns de ses invités suivent : on avait connu le beatmaker MasterWyne plus en forme (trop de tût-tût tue le tût-tût), et ses collègues de l'Avant-Garde moins fatigués (écoutez le peu convaincant Oh No, où le trio Rastamat, Biggs et V.I.R.U.S. ne tient pas vraiment la forme). De fait, la tape est constituée de hauts et de bas, nous faisant côtoyer le plutôt décevant (Étranger chez Moi de Biggs) comme le plus intéressant (à l'image du We Build de Redbioul et MLB). Ajoutez à cela la présence de titres ayant des allures de bouche-trou et ne rentrant pas vraiment en accord avec l'ensemble de la tape. Cette constante inégalité finit par rendre le tout un peu ennuyant sur la longueur, surtout quand on sait que Rastamat et ses copains sont capables de bien mieux. Les morceaux les plus convaincants de ce Ferme ta Gueule et Écoute ne sont malheureusement pas du fait de Rastamat et ses compères, et c'est bien dommage sans être vraiment surprenant.

_TN






MySpace Rastamat
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Mercredi 4 juin 2008
- Publié dans : HIP-HOP : C'est arrivé près de chez nous
U Know What’s Up
























Que les personnes qui pensaient que le rap suisse roupillait feraient bien de se réveiller : les trois structures que sont Lacoza, MXX et Orbeat remuent le cocotier rappo-hélvétique (ça existe ce mot ?) en nous proposant la mixtape What’s Up ?, ou le premier épisode d’une série de tapes trimestrielles permettant de donner la température du rap jeu de vers chez nous. DJ Menas et BS, accompagnés de Maen au hosting, sont les GO (habillés par Exode Wear) de cet amuse-bouche fort appréciable vendu seulement cinq francs dans les Fnac et Metro boutique. Et si vous avez peur d’avoir à subir une bête série de titres suisses (parce que Harlem et les bois de Boulogne c’est quand même plus exotique), sachez que vous vous mettez le doigt dans l’œil : le tracklisting se veut surtout francophone. Donc oui vous aurez autant droit à du Ol’Kainry et du Al K-Pote qu’à du Macauley, du Force Quartz et du Ketak. N’allez pas chercher de sales excuses, la What’s Up ? Mixtape c’est cinq francs et c’est franchement une bonne initiative.

_TN


MySpace What's Up Mixtape
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Samedi 31 mai 2008
- Publié dans : HIP-HOP : C'est arrivé près de chez nous
img452/5231/aiglesp3.jpg   Asphaltissimo





Attendu depuis un bon moment, le projet Asphalt Themes regroupait au départ non pas deux beatmakers, mais trois. N’Playz, dernier loustic du trio de base et originaire d’Europe de l’Est (histoire de prouver qu’on sait de quoi on parle chez Holla Back, huhu), après avoir mis les voiles pour des raisons obscures, laissa au final le travail de production à Quartz et Redbioul, et ce sur plus de vingt titres. Nos deux genevois, autrefois collègues sous la bannière des Street Souldiez (et non, n’allez pas croire qu’ils sont pour autant en guerre, bande de sales belliqueux), joignent leurs forces afin de nous servir des beats taillés dans le bitume, donc méchamment orientés rue. Alors oui, les choses commencent franchement bien avec un Ain’t No Chaser plein de flow invitant le suédois Adam Tensta (bouillant) et l’américano-genevois O.D., et le très soulful et Get Largesque Reste Open avec J.A.X.. En bon méfiants, on se dit que la compilation ne pourra pas tenir la barre si haut très longtemps, mais des titres tels que I See, Entre Joie et Peine (avec un couplet brûlant de Redbioul), ou encore Geneva Capo, pour ne citer que ces trois exemples, ne font que confirmer la qualité de cette compilation de haute teneur. Et bien que les styles de Quartz et Redbioul sonnent bien différemment derrière les consoles (Quartz donne plus dans le synthétique, Bioul plus dans le fascisme sonore), on constate avec grande joie que leur travail est complémentaire, et rend l’ensemble d’Asphalt Themes extrêmement cohérent et agréable à l’écoute. Mais plus qu’un apport au niveau des mélodies rendant cette street tape ô combien efficace, retenons l’effort de nos deux larrons au niveau de la démarche : d’une part humainement afin de dégotter des artistes internationaux (shout out à MySpace), et d’autre part au niveau de la rigueur (shout out à Bioul, l’arme administrative la plus puissante au monde). Malheureusement, faire du (très) bon son n’est pas pour autant synonyme de compréhension du grand public. En effet, Quartz et Redbioul ont eu à la fois l’intelligence et le malheur de proposer leur Asphalt Themes via paiement et téléchargement PayPal, c’est-à-dire via le Net. De là, l’appréhension de l’auditeur lambda quant à l’achat virtuel de cette tape pose problème. Mais je vous assure, tout est fiable et rudement bien expliqué : donc munissez vous de votre carte, ou rentrez en contact avec Redbioul et Quartz, et mettez absolument la main sur cet Asphalt Themes brut de décoffrage. Un des skeuds les plus hot de la fin d’année 2007, j’ai dit.

_TN


MySpace Asphalt Themes



Par Tuân - Voir les commentaires - Ecrire un commentaire - Recommander
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