J.A.X. - Interview 2007

Publié le par Tuân

img452/5231/aiglesp3.jpg  Courte Plainte


Démarche nonchalante, barbe de quelques jours, yeux mi-clos, flegme apparent... À voir tout cela, on pourrait croire que J.A.X. n'est pas du genre à vouloir prendre la parole et se confier. Ajoutez à cela ses 45 minutes de retard au rendez-vous donné, et on pourrait en effet croire que l'issue de cette rencontre était jouée d'avance, mais dans le mauvais sens du terme. C'est après quelques brèves explications concernant son arrivée tardive malgré lui, et après avoir été rejoints par son acolyte le discret Coeur II Pierre, que l'interview part des plus belle pour finalement se terminer tranquillement autour d'une bière. Compte rendu d'une enrichissante rencontre au Pub de la Presse.


Texte : Tuân
Clichés : Tuân, Coeur II Pierre, un quidam, DR


Tuân : Est-ce que tu pourrais te présenter ? On connaît le rappeur J.A.X., mais qui se cache derrière le pseudo ?

J.A.X. : En fait, "J.A.X." vient d'un truc très très lointain, de mon enfance. Quand j'étais petit, les gens disaient que j'avais la gueule à Michael Jackson, car j'avais l'afro et tout... Et à cette époque, on disait que je lui ressemblais, et petit à petit on a commencé à m'appeler "Jackson". Et avec le temps, ça s'est diminué en "Jaks". Et j'ai gardé ce nom depuis... au moins quinze ans ! Et il m'a convenu. Au départ, c'était J.A.X. mais écrit J-A-K-S, puis ça a fini en J-A-X : J.A.X., l'artiste.

T : Alors à quoi correspond "Jolé Jaks" en fin de compte ?...
J : "Jolé Jaks", c'est mon nom. À l'époque, quand j'étais jeune, je taggais "Jolé", et "Jaks" était le nom d'artiste. "Jolé Jaks" est donc le mélange des deux.

Et tu as juste conservé la partie "Jaks".
C'est en vérité beaucoup plus compliqué... Car Jolé Jaks est le personnage multiple, car je coupe mon nom en morceau : il y a le graphiste, l'artiste, le MC, le gars de tous les jours... Depuis des années, j'ai fréquenté différents milieux et y ai rencontré différentes personnes, ce qui fait que certaines m'ont appelé d'une façon et d'autres encore d'une autre façon. Et depuis l'album, "J.A.X." est resté. Même les gens qui ne m'avaient jamais appelé comme ça utilise ce nom. Mais "J.A.X.", c'est vraiment l'artiste, c'est toute une partie de moi-même.

Tu viens de me dire que tu taggais il fut un temps, mais on sait que tu as touché à d'autres disciplines du Hip-Hop comme la danse avant d'en venir au Rap. Comment as-tu pratiqué ces domaines ?
J'ai vraiment grandi dans le Hip-Hop. Mon grand frère, qui va avoir bientôt quarante ans, m'entraînait souvent dans ses soirées et tout quand j'étais petit, c'est donc lui qui m'a poussé dans la culture Hip-Hop. J'avais huit ans, je breakais dans les soirées des anciens. C'était un trip, et petit à petit, mon frère s'est plus écarté du délire Hip-Hop, j'ai grandi, ma vision de la chose s'est élargie. Car quand tu bosses dans ton petit cercle, tu ne vois que ce qu'il y a à l'intérieur, et pas ce qu'il y a à l'extérieur. Et quand tu sors du truc, tu vois qu'il y a plein de choses. Je suis donc passé du break, au tag-graff vite fait, puis j'ai découvert la musique et suis resté sur la musique. Et avant même de rapper, j'écrivais déjà.

Des poèmes ?
J'écrivais des histoires, je me prenais pour un écrivain, un romancier... J'adorais lire, alors je dévorais des gros bouquins, genre des Stephen King. Alors je faisais aussi le Stephen King (rires), j'avais pris une vieille machine à écrire de l'époque et tout, mais vraiment vieille. Je l'avais trouvée dans ma cave, je l'avais ramenée chez moi, et je faisais l'écrivain : tout un délire. Maintenant, j'ai jeté la machine il y a longtemps mais je continue d'écrire.

Dès lors, qu'est-ce que le Rap t'a apporté de plus par rapport aux autres domaines du Hip-Hop ?
Et bien ce qu'il m'a apporté de plus, c'est tout simplement l'écriture, j'adore écrire. J'aime prendre certaines tranches de vie, certains états d'esprit, certaines visions des choses et les mettre sur papier. Il y a parfois des moments dans la vie où il y a des hauts et des bas. Et moi, je suis une chiée tirée par le bas, j'ai besoin d'écrire le moindre truc hot. Quand tu connais plein de monde, des choses se disent à droite et à gauche, mais pas tout le monde les connaît... Donc moi je les écrits. Et personnellement, écrire me permet toujours de découvrir de nouvelles choses, j'adore ça. Et je peux aussi ne pas écrire pendant deux ou trois mois parce que tout va bien.

C'est vraiment un besoin...
C'est un besoin ouais. Je te donne un exemple, à mon boulot : il y a une semaine, je me suis embrouillé avec une collègue. Tu sais, en tant qu'employé, je ne suis pas là non plus pour faire des gros scandales. Donc suite à ce genre de petites embrouilles, j'écris des petits trucs, des petites choses. Et que je jette par la suite.

Il faut que ça s'exprime et que ça sorte en fait.
Voilà, exactement. C'est peut-être con, mais ça aide à mieux comprendre certains événements, ou encore les gens, leurs réactions, mais aussi toi-même par rapport à ce qui s'est passé.


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On va parler de ta structure Treiz.05, dont tu designes notamment le site. D'où vient le nom pour commencer ?

Treiz.05, c'est un peu le parcours de ma vie. Quand je dis ça, c'est que quand j'ai commencé à pratiquer le Hip-Hop, j'habitais à Onex. J'y ai fait mes premiers pas, mes premières écritures. Vers mes 16-17 ans, j'ai migré ici, à Plainpalais-Jonction. Résultat : ma vie commence à Onex et se termine à la Jonction. Du moins pour le moment. Je finirai peut-être demain ou dans dix ans à New York ou je ne sais pas où, tu vois ? Même à Lausanne, je ne sais pas (rires). Mais, sur le moment, le départ de l'artiste était à Onex dans le 1213 et maintenant je suis dans le 1205. Il s'agit vraiment de mon parcours artistique, depuis là où j'ai commencé jusqu'à ce que je sorte l'album, fasse les choses de la manière dont j'avais envie. J'ai bossé avec un million de personnes, mais ne me suis pas assez recentré sur moi-même. Mon album, c'est un peu ça : le fait de sortir du brouillard des gens.

On va revenir sur l'album un peu plus tard. Mais Treiz.05 en fin de compte, à quoi ça sert, comment tu le présenterais ?
Je t'explique : en réalité, c'est un peu un état d'esprit. Pour le moment, il est encore personnel, car Treiz.05 est surtout en rapport avec mon album en ce moment. Mais le but, c'est de faire des projets avec des gens de l'époque, et des gens que je vais rencontrer. Je ne vais pas dire qu'il s'agit d'un label, car je n'estime pas avoir les épaules en ce moment pour, mais c'est quelque chose que j'ai envie de garder afin de collaborer avec des gens de tous bords : je t'invite sur mon projet, tu m'invites sur le tien, c'est Treiz.05. Il y a des gens qui se reconnaissent dans ça, je sais qu'il y en a. Ce n'est pas forcément dans le Rap. Comment dire ça ? C'est un peu un signe de respect par rapport aux gens que j'ai rencontré durant toutes ces dernières années. À Onex, j'y ai connu tellement de monde man, mais avant ça j'en ai tellement rencontré qui n'avait rien à voir avec le Rap. C'est un rappel quant à ces gens qui ont fait que j'ai cet état d'esprit, que je suis J.A.X. en fait.

Cet état d'esprit ne se limite donc pas uniquement au domaine Rap alors...
Pas du tout. Le concept Treiz.05, j'aimerais bien ne pas en faire qu'un label de son, mais faire des t-shirts, le faire vivre. Je ne veux pas qu'il s'agisse d'un nom qui est passé juste le temps de l'album et qui se finit. Personnellement, cette structure me permet de me rappeler la distance parcourue entre les débuts et l'achévement de ce premier album. C'est con, mais cet album c'est hyper important. Je ne suis pas là à me dire j'ai fait un album, hin hin, c'est juste que j'ai fait des trucs de ouf dans ma musique. Et un jour, il fallait que ça sorte. Pour te dire la vérité, en '99, j'avais déjà un album. Je ne l'ai pas sorti. Quand tu connais un million de personnes qui ne viennent pas du même endroit, qui ne se connaissent pas, et qui n'ont pas envie de se connaître, c'est tendu... Même si parmi ces personnes l'une a un problème avec une autre, ce n'est pas ça qui va m'empêcher de bosser avec les deux. C'est un peu un grand mot, mais mon but est d'être international. Le Rap pour moi, c'est le kiff, les seuls moments dans ma vie où je suis bien man. Les gens que je rencontre, avec qui je fais des trucs... Des relations peuvent se terminer plus tôt que prévu, mais ce sont les risques du métier, je te jure. Beaucoup de gens me disent que je suis très renfermé, car il est vrai que l'album parle de beaucoup de choses qui me concernent, mais parle aussi de petites scènes vues de l'extérieur. Ces scènes, ce n'est pas forcément moi, c'est que je sais que certaines d'entre elles m'arrivent et peuvent arriver à toi, ou à tel. Ce n'était pas vraiment le but, mais je voulais faire en sorte que les personnes puissent se retrouver dans certains morceaux. Quand des gens qui n'ont rien à voir avec le Rap, disent avoir entendu mon son et dire que tel titre les a trop touchés... ça me fait plaisir. On peut flamber, faire les grands boss, mais la réalité nous rattrape toujours...

À propos de ton album Courte Plainte qui est sorti fin 2006, pourquoi un te
l titre ?
Comme je te l'ai dit, tout est lié à la même chose : en partant du 13-Onex jusqu'à la Jonction, il s'est passé beaucoup de choses, dont quelques-unes vraiment difficiles... C'est un espèce de combat que tu mènes avec certaines personnes pour qu'on te rende ton identité. Je ne rappe pas depuis hier ou une année, j'ai fait des trucs avec des gens avec qui je regrette avoir perdu contact. J'aurais peut-être fait plein d'autres choses avec elles, comme aller en France ou je ne sais quoi. Courte Plainte, c'est la difficulté de la vie. La première phrase est explicite à ce sujet : J'admire la grisaille du ciel depuis que j'ai quitté ma mère. C'est exactement ça : depuis le jour où je suis parti de chez ma mère, j'étais jeune, et jusqu'à aujourd'hui je ne vais pas te dire que j'ai eu besoin de personne, mais j'ai eu un gros travail à faire pour ne pas partir en couilles, essayer de garder un équilibre. C'est un peu ça Courte Plainte, ce sont ces étapes qui arrivent de nulle part et font que tu dois devenir quelqu'un. Et tu sais, je respecte tellement les gens... Je n'ai pas envie de critiquer quiconque, mais il y a des choses qui me tiennent à coeur et que je ne peux pas garder pour moi. Il arrive que des personnes me félicitent à propos de l'album alors qu'elles ne se rendent pas compte que plusieurs phrases leur sont destinées. Après, tu te dis que tu aimes les gens, mais ça ne me fait pas cautionner pour autant leurs agissements. Même parmi mes potes proches, il y en a dont je ne cautionne pas les actes.

Ton album n'était pas censé être un single au départ ?
À la base, c'était un maxi du morceau Kestudis ?, un morceau qui me tient vraiment à coeur car il est ancien, et même si je l'ai fait vers 2002, il a toujours une valeur à mes yeux. Même si j'y dis des choses de façon différente par rapport aux autres titres, les paroles tiennent toujours debout. Ce n'est pas un mensonge. Donc c'est un des titres qui m'a suivi depuis longtemps. J'avais au début trois ou quatre instrus différents pour ce titre. Y avait un titre de Pouney, un son à moi... Et Don-Is m'a sorti une prod qui était exactement dans la vibe, les mêmes accords que le premier morceau. Alors j'ai pris ce son, mais le premier venait de Pouney. Eh Pierre, tu te rappelle de quand date Kestudis ? ?
Coeur II Pierre : Oh... vieux quoi, bien de '97-'98.
J : Ouais, tu vois ? Mais c'est un son qui tourne encore à l'heure actuelle. C'est J.A.X., voilà quoi.
Coeur II Pierre : Kestudis ?, c'est un peu ton hymne national !...
J : On peut dire ça aussi (rires).

Comment as-tu rencontré Don-Is qui a produit la totalité de ton album ?

C'est une histoire qui s'est faite hyper rapidement. Don-Is, je ne le connaissais pas, c'était un ami à mon frère. Une fois j'étais avec Opee et je parlais de faire le maxi et tout, et c'est justement Opee qui me l'a présenté. Je suis allé le voir histoire d'écouter ses sons, j'ai kiffé, et j'en ai pris trois direct. Et j'ai fait les trois titres : le premier était Courte Plainte, le deuxième J.A.X., et le troisième c'était l'Interlude. À partir de là, vu que j'ai apprécié les sons et qu'il en avait plein, je me suis dit que j'allais continuer avec lui. Avec Don-Is, j'ai eu l'avantage de pouvoir bosser rapidement et avoir un travail de qualité. Je voulais un son propre, le tout avec une bonne vibe. Et je suis vraiment bien content d'avoir collaboré avec lui, autant dans l'esprit que dans le travail.

Pour les featurings sur l'album, pourquoi avoir choisi ces artistes ?
Anaëlle et Shi-Noyem bossent avec Don-Is. Shi-Noyem, je le connais depuis huit ou neuf ans. J'ai écrit le morceau quand il était là, et je lui ai dit de se lancer et tout, un truc d'anciens. Pour Anaëlle, j'avais besoin d'une voix, et j'avais une meuf mais je n'aimais pas ce qu'elle faisait. Williman, je le connais depuis très longtemps, et il est également l'un des meilleurs artistes genevois pour moi. Zrink c'est mon pote, on a toujours fait du son en parallèle depuis un moment mais on n'a jamais bossé ensemble. Je voulais vraiment ce morceau avec lui sur mon album étant donné que c'était le seul qu'on avait vraiment fait ensemble du début à la fin.

Qu'est-ce qui t'a poussé à traiter de certains thèmes en particulier ?
C'est la vie mec. En réalité, ce qui est un peu marrant (entre guillemets) avec l'album, c'est que quand j'ai écrit les titres, je les ai vraiment écrit par rapport à l'état, à l'humeur. Courte Plainte, j'ai gardé le son tellement longtemps, à l'écouter, mais sans jamais avoir écrit la moindre ligne. Et un jour, je suis tombé sur l'idée du refrain et me suis dit que ça pouvait être une bonne idée. Pour moi, c'est un peu le morceau qui résume tout l'état d'esprit.

Dirais-tu qu'il s'agit de ton morceau phare, voire même préféré ?

Ouais, je peux le dire, c'est mon morceau favori. Il a donné le départ de l'album. Peut-être que si je n'avais pas fait cette chanson dès le départ, l'album aurait certainement été différent. Ca dépendait de l'état d'esprit : il y a des jours où je me réveillais et j'écrivais car j'étais dans l'humeur de parler de telle ou telle chose. Et comme je te l'ai dit, Courte Plainte, c'est mon petit chemin, avec des choses qui me concernent de près ou de loin.


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Au niveau de ton vécu, sans vouloir être trop indiscret, on sait que tu es gouadeloupéen, antillais, et que tu as un certain respect pour des artistes de là-bas comme Admiral T. Pourtant, ton album ne sonne pas antillais. Penses-tu faire un travail dans l'avenir plus en accord avec tes origines ?

C'est bien possible, mais j'ai passé tellement d'années ici que j'ai plus de choses à dire sur mon vécu genevois que sur celui des Antilles. J'aurais pu faire un album basé dessus, mais ça aurait été limite hypocrite... Courte Plainte c'est ma vie, et ma vie je l'ai passée ici. Il y a beaucoup d'artistes que je connais qui viennent du bled et c'est clair que j'ai envie de faire des morceaux à propos du bled, mais il fallait avant tout que je me recentre sur ma vie passée ici.

Tu m'avais justement dit que Courte Plainte était un moyen pour toi de récupérer ton identité. Donc je ne sais pas à quel point ton identité antillaise est importante à tes yeux...
Tu ne te rends même pas compte à quel point. Pour le moment, ce qui fait vraiment parti de ma vie, ça s'est passé ici, mon parcours artistique. Mais comme on dit, on ne sait pas ce que le futur nous réserve. Je vais peut-être me barrer l'année prochaine au bled durant deux ans pour faire un album qui aura une couleur complétement différente que celle de Courte Plainte... Mais bon, selon mon état d'esprit, il me semble étrange de faire des morceaux sur mon bled alors que je galère depuis des années à Genève.

Il y a justement cette phrase que tu dis dans l'Intro : J'fais de la musique pour la ramener aux Antilles. Qu'est-ce que tu voulais dire par là ?
Ca veut dire que dès que j'aurais fini de faire ce que j'ai à faire ici, je vais rentrer au bled. Après, c'est personnel, mais partir d'ici et rentrer au bled avec les poches vides, ça ne m'intéresse pas. Vu que toute ma vie j'ai été dans mon délire artistique, et que les gars de chez moi savent que je fais de la musique, il ne faut pas que je revienne chez moi comme un con. C'est une question de fierté personnelle.

Courte Plainte a justement une orientation très personnelle et introspective. S'agirait-il de ta vision du Rap ?
Ma vision du Rap ? Franchement, je n'ai pas de vision précise du Rap. Le Rap peut être plusieurs choses : un style, une façon d'écrire, des choses réelles et non réelles... Le Rap a pris une telle ampleur aujourd'hui, bien qu'il reste fermé à certains égards, mais pour chaque personne le pratiquant, c'est un moyen de s'exprimer. Il y a des gens qui rappent super bien, mais il y a souvent des choses qu'ils disent qu'ils n'assument pas derrière, qui sont fausses. Tout le monde peut raconter la vie d'un autre, mais ce n'est pas ça le Rap. Pour moi, c'est avant tout très famille, et tout dépend de l'état d'esprit. Si un gars fait des conneries à longueur de temps, il va rapper des conneries, et inversément. Mais je respecte tout ce qui se fait. Parfois, je n'aime pas artistiquement ce que font certains gens, mais je les respecte parce qu'ils les font. Ma vision du Rap c'est ça.

On a vu l'autre jour Braccobrax faire tes backs sur scène. On sait aussi que tu as participé à des projets comme Tout un Monde de Pouney et Anom, Black Magic Team, Ma Vision d'Opee... Qu'est-ce que tu retiens de ces collaborations ? Partent-elles d'une affinité ou d'un intérêt artistique ?
Aucun intérêt artistique sur les gens, jamais. Il y a plein de personnes que je kiffe en tant que potes mais avec qui je ne bosserai pas forcément. D'un autre côté, il y en a d'autres que je n'apprécie peut-être pas humainement, mais avec qui je vais kiffer collaborer. Dans la musique, il y a tout le temps quelque chose qui nous associe, un point commun. Et si ce point commun est intéressant artistiquement comme tu dis, alors je me lance. Par exemple avec MySpace tu rencontres des gens de partout, leurs différentes approches du Rap, leur ouverture ou non sur le monde, ceux qui vont te parler de milliers de francs avant de bosser... Résultat ? Quiconque me touchera artistiquement, je ne vais jamais refuser de faire quelque chose avec. Le Rap je kiffe, car malgré certaines dérives et certaines choses qui se disent, ça reste un truc vachement humain.

On ne serait pas là à se parler sinon.
Par exemple.

Quels artistes sur Genève apprécies-tu ?
Que j'apprécie... la liste est longue ! Si tu veux, je te dis tous les noms (rires). En allant dans les années : Opee qui est un ami, on se connaît d'avant le Rap. Avec le temps, le D.U.O. avec qui j'ai eu de bonnes vibes, et même s'ils se sont séparés je les respecterai toujours artistiquement. Bien sûr mon pote Coeur II Pierre avec qui j'officie depuis dix ans, voire même douze. C'est vrai que je suis difficile. Sinon, la génération Enok Sainkel, Braccobrax, Wicked, Basengo... c'est dur.

Pour rester sur Genève, quelle est ta vision de la scène ?
Ma vision du Rap genevois ? Super motivé. Ce qui est dommage, ce sont les structures qui manquent ou celles avec lesquelles tu ne sais pas s'il est bon de bosser avec... Mais franchement, il y a beaucoup de bons artistes, mais tu ne sais pas pourquoi il y en a si peu qui marchent. Un type qui rappe bien sera supporté par tout son quartier. Dans un autre quartier, même si les gens aiment bien, ils n'iront jamais le dire.

Une question de fierté ?
Je ne sais pas si c'est une question de fierté, c'est juste que ton quartier te kiffera même si tu fais un truc moyen. Un public que tu ne connais pas sera plus froid, prendra plus de temps avant de rentrer dans ton truc.

Tu parlais du manque de structures, et tu es d'ailleurs le dernier artiste auto-produit à être distribué à la Fnac de Genève. Ces décisions sont regrettables pour les artistes locaux.
Écoute, je ne sais pas ce qu'ils ont décidé ou non. Je n'étais déjà pas au courant de ça pour tout te dire... Pour le moment il y a la Fnac, mais je sais aussi que d'autres distributeurs veulent de moins en moins permettre à un artiste local de mettre ses disques dans des magasins. Là on parle de la Fnac, mais il y en a plein d'autres. Donc si sur ton projet tu n'as pas un nom, ils ne voudront pas tenter le truc. Donc soit on ne veut plus de ton CD, soit on le met de côté, dans le bac des trucs sans valeur. Mais si l'artiste a fait un bon album, c'est la moindre des choses de lui permettre de le vendre. C'est un problème difficile à résoudre.


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Mis à part le Rap, qu'est-ce qui t'intéresse ? Ou c'est toujours en relation ?

En dehors du Rap ?... (À Coeur II Pierre) Tu crois que je peux lui dire (rires) ? Ce qui m'intéresse, c'est les femmes (rires) ! Nan, je plaisante. Les jeux vidéo, poker, casino...

Quoi comme jeux vidéo ?
Les jeux de rôle.

Aha, genre Final Fantasy ?

Ouais c'est clair, j'ai grandi avec Final ! Sinon, ces temps-ci je suis une chiée sur PC, je joue à Heroes, un jeu de rôle d'époque avec des japonais. C'est mon trip. America's Army, Warhammer et compagnie quoi... C'est un peu mon délire. Sinon, pas grand chose, les séries télé quoi. Dans le domaine musical, sans pour autant que ce soit du Rap, je kiffe faire du son. Même si des fois j'en fais juste pour en faire. En gros, je pourrais te dire que je rappe, que je fais du son, et que je joue sur PC (rires).

Pour l'avenir, qu'est-ce qui nous attend ? Tu as dernièrement fait des titres avec Redbioul, Chakal, ou encore avec DJ Blase, c'est quand même une bonne actu.
Pour le moment, je suis dans la vibe des collaborations. J'ai vu avec des suisses allemands et des français histoire de m'imprégner d'autres vibes, sortir de cet environnement genevois, voir ce qui se fait ailleurs. Il y a plein de personnes avec lesquelles j'ai pris contact et qui sont motivées pour bosser, mais souvent la distance et les finances... ça fait chier. Donc il y a ça, et dès que j'ai assez de sons je vais booker pour un street album.

Pour Courte Plainte, s'il y avait quelque chose à changer, est-ce que tu le ferais ?

Dans Courte Plainte ? Non, sinon il ne s'appellerait pas comme ça, il aurait un autre nom, une autre couleur, une autre vibe, il n'aurait eu que des featurings... Faire des titres, on en fait tous les jours s'il le faut. Mais je ne fonctionne pas comme ça. Pour Courte Plainte, j'étais vraiment dans l'humeur du titre de l'album... Qui sait, peut-être que demain je vais écrire un morceau qui me fera dire que c'est le titre qui va lancer le deuxième album.

Au feeling...
Ouais, vraiment au feeling. C'est clair que je pourrais beaucoup écrire comme beaucoup d'autres personnes en sortant des street albums à gauche à droite, mais non. J'attends que ça se calme, si je puis dire, avoir la tête à autre chose. Car pour le moment, je suis encore dans l'album. Il s'agit donc de faire une analyse de ma vie, de l'après album. Mais cette année, j'aimerais bien sortir un street CD qui serait dispo vers la fin de l'année.

Ton premier projet a été avorté en '99, et Courte Plainte représente les années fortes de ton parcours. N'as-tu pas peur que pour ton prochain album tu ais moins de matière en raison de la différence de vécu entre les deux sorties ?
Je ne pense pas forcément. Il est clair que les prochains titres peuvent être des thèmes repris, mais exprimés différemment selon mon évolution. Mais je te jure : dès qu'un truc te tient à coeur, tu te dois de l'écrire. C'est ça qu'il faut retenir je pense.

Si tu devais t'en aller avec une rime qui t'est chère, laquelle serait-elle ?
(Il réfléchit) Salut ! Car je ne pense pas partir. Et même si le prochain album n'est pas encore en projet, je serai toujours là. Qui sait, peut-être qu'à cinquante ans je serai encore le seul rappeur de cet âge-là (rires) ! Le dernier fou.

Tu as des remerciements à faire ?
Je tiens en premier lieu à remercier Don-Is, ce qui est normal. Malgré le fait que je l'ai connu sur le tard, que j'ai fait durant des années mille trucs avec mille gens, Don-Is c'est un gars que je respecte car j'ai pris plaisir à bosser avec lui. Dédicace à Coeur II Pierre, car bien qu'il soit là et qu'il fasse pour de semblant de ne pas être là en ce moment, et ben sache que je me serais tué tout seul bien des fois sur scène s'il n'avait pas été là. Donc c'est mon meilleur soldat, mon caporal même (rires) ! Et puis sinon... putain, je réfléchis là, mais j'ai tellement de noms en tête !...  Bah alors à toi aussi, Tuân, merci pour ton support et ta bonne vibe. Et voilà, merci à J.A.X., Treiz.05, merci à ma mère surtout, à tous les gens qui me supportent. Et merci au futur.

C'était le mot de la fin.
Et ouais, le mot de la fin (rires).


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