Hold Em Records - Etat Second

Publié le par Tuân

Ecusson de la République et du canton de Genève

Hold ‘Em Records (www.holdemrecords.com)
Etat Second



Depuis le temps que notre ami Marc Aymon se démenait afin que Hold ‘Em Records justifie son existence par une véritable sortie officielle, Etat Second arriva fort à point durant un hiver 2004 riche en sorties locales et internationales (de Panique dans la Zone de Bulltaré à Encore d’Eminem). Forts de leurs connexions et d’un distributeur efficace (voir interview), Hold ‘Em Records se sont pourvus d’une distribution genevoise on ne peut plus satisfaisante, cette dernière remplissant une case malheureusement trop souvent vide et inexploitée ; c’est ainsi que nous retrouvons avec joie la compilation chez Sounds ou encore à la Fnac. Mais comme tout le monde le sait, la scène genevoise se révèle quelque peu frigide à l’annonce d’une sortie locale, scène gâchant sans vergogne les efforts conjugués de quelques frères d’arme motivés en rabaissant gratuitement le produit sans lui avoir réellement porté une quelconque attention. Quoiqu’il en soit, nous ne semblons pas encore prêts de trouver un remède à notre manque d’unité et à notre crainte quasi virale et génétique des produits venant de chez nous (il est vrai qu’écouter Fabolous avec un T-shirt Welcome To Queensbridge Houses ça le fait plus). Mais je n’oserais m’attarder sur ce sujet, car le corps de notre critique porte non pas sur les malaises identitaires de notre belle ville, mais sur la qualité de la compilation Etat Second.

Quant à ladite crainte des choses venues de chez nous –pour une fois qu’on ne crache pas sur l’étranger, mais bon...-, je me permets de vous rassurer en vous affirmant sans doute aucun qu’Etat Second se révèle être du bon. Du tout bon même. Aux antipodes des délires racailleux locaux (Genève c’est pas le Queens, c’est sûr...), Etat Second révèle la facette d’un rap vrai et authentique et non pas dissimulé derrière le rideau de fumé d’une fusillade genevoise (fictive). Fort d’une attache véritable au Hip-Hop et ses principes, l’opus de Hold ‘Em Records invite nombre de producteurs et de rappeurs aux talents évidents dont l’anglophone Soul-J sur le caressant et torturé Badtrippin’ : Behind This Life, Homesick, le S’1drom, le Gars là-bas et Amatik. Les titres s’enchaînent sans réellement se ressembler –preuve d’une richesse musicale non contestable et de la variété des styles-, bien que tournant tous autour de la face cachée de notre psyché, face révélée par l’absorption d’on ne sait quels éthers mystérieux ou plus évidemment par un travail d’écriture louable et introspectif. Bien que certains de nos collègues présents sur Etat Second ont un niveau artistique juste convenable, il serait regrettable d’en vouloir à leur amateurisme passionné qui se trouve être en vérité le moteur même de cette excellente galette. Allons, à qui demande-t-on d’apprendre la structure du discours cicéronien ? Parenthèse faite, notons surtout l’efficacité des productions (spécialement celles de Sark) et les excellentes prestations d’Oni/Epik (dont le prochain album Àbru(p)t s’annonce lourd) qui, non contents de poser avec une maîtrise certaine sur un Chacun ses Soucis recouvert d’une couche de poussière datant de l’âge d’or du Hip-Hop, se révèlent être les meilleures plumes de cette sympathique assemblée.

Mais à vous de voir si le statut de béotien borné vous convient en considérant comme de la variété genevoise, voire (pire) comme de la variété suisse comme notre Stefan national. Ou osez encore le traiter de projet backpack ou underground poisseux serait déplacé ; classons plutôtEtat Second Etat Second dans la catégorie du j’ai leur premier CD, dénomination à la fois pleine d’espoir mais tellement réaliste. Bref, on n’a jamais autant maîtrisé un état second et rien que pour ça, chapeaux bas à cette compilation.

_TN


www.holdemrecords.com

Voir l'interview de Marc et Vaik en cliquant ICI

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