DOWN SOUTH (CRUNK)

Publié le par Tuân

Petit aperçu concernant le secret le moins bien gardé du bayou et son chef de file...

Bien loin des ambiances jiggy et autres crottes musicales du genre, j'appelle à la barre le Crunk, ou un son propre à la scène sudistes des Etats-Unis. Basses lourdes, riffs agressifs et sons aussi synthétiques que le cuir d'une paire d'Air Force One made in Viêtnam, le Crunk a fini par s'installer en l'espace de quelques années dans tous les clubs des States grâce au sieur Lil Jon. Si vous vous demandez encore qui est l'auto proclamé King Of Crunk, il y a des chances que vous ayez passé ces dernières années à mater M6 et son Tubissimo (vu la date de sortie du U Gotta Feel Me de Lil' Flip chez nous, cette remarque est on ne peut plus légitime...). N'allez pas chercher plus loin que le Yeah d'Usher afin de mettre un nom sur le visage du nerveux d'Atlanta : Lil Jon n'est pas du genre à être confondu.


Simple animateur de soirées en tant que DJ et MC puis directeur artistique chez So So Def (label de Jermaine Dupri), Lil Jon aura mis quelques années avant d'acquérir une renommé nationale, et ce accompagné de ses collègues les Eastside Boyz. Influencé par la Bass Music de groupes du sud des USA comme le 2 Live Crew d'Uncle Luke, Lil Jon finit par en faire son fond de commerce en l'adaptant à sa sauce, donnant ainsi naissance à son Crunk commercial (bah ce n'est pas du Mr.Sche...). Toutefois, le Crunk ne semble pas faire l'unanimité au sein de la scène dite backpack ; les backpackers, ces fans de skateboard et de (mauvais) rappeurs blancs rebondissant sur des beats de plombier frénétiques, voient en cette école sonore sudiste une hérésie et un univers inacceptable. Ben voyons...

Il est cependant nécessaire de souligner le fait suivant : tout style musical venu du Down South a forcément été critiqué par de nombreux pseudo puristes. Le label au tank doré de Master P avait déjà défrayé la chronique au milieu des années '90, montrant à la face du Etats-Unis (et du monde) à quel point les rappeurs du bayou avaient un goût immodéré pour la jonquaille et les gros black booties. Idem pour le label Ca$h Money dont le titre révélateur dissimulait en son sein une véritable machine à fric menée par les frères Williams (dont Baby) et Mannie Fresh. Ca$h Money, tout comme No Limit, ne tardera pas à pénétrer le marché national avec des morceaux au bounce irrésistible, bounce qui deviendra très rapidement le son caractéristique d'une scène sudiste en pleine expansion. Lyrics légers, sons crades et remuants, les sorties sudistes s'enchaînent au milieu des années '90 et le producteur Mannie Fresh de Ca$h Money deviendra rapidement le Mozart du sud après les succès des Hot Boys, du Bling Bling de B.G. (qui fera rentrer le mot dans le dico, c'est dire !) et du Back That Azz Up de Juvenile, classique parmi les classiques. Aujourd'hui, Master P et son No Limit coulent petit à petit, perdants au fur et à mesure ses soldats (Mystikal, Snoop Dogg, Magic, C-Murder en zonzon, Silkk dans la caca...). Ce n'est pas le New No Limit et les nouveaux 504 Boyz qui auront sauver l'affaire (oh que non), et encore moin sa tentative de collabo hors sud avec les Diplomats de NYC sur Bout It Bout It. Ne reste plus que Lil' Romeo, fils de Percy Miller, afin de sauver les meubles. C'est dire.


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Oui Mannie, nous aussi on est content que tu saches compter jusqu'à deux


Ca$h Money également peine à retrouver sa splendeur d'antan, voyant ses gros artistes comme B.G., Turk (ah bon ?) et Juvenile déserter le label en raison de sombres histoires d'argent. Et malgré la tentative de refonte du label avec TQ, Boo & Gotti et le succès des Carter de Lil' Wayne, l'âge d'or semble définitivement bien loin ; Mannie Fresh ayant de plus abandonné son poste de producteur attitré de CM en quittant les frères Williams. De plus, l'avant-dernier Juvenile Juve The Great (certifié platine), censé annoncer le retour en force du Whoodie Whassup sur le label après séparation n'aura été qu'un fantasme de plus pour les fans de Down South : Juve quitte CM pour de bon après la sortie de son album afin de faire prospérer sa structure UTP Records (pour UpTown Projects) en compagnie de ses collègues Wack et Skip. Le rappeur du Nolia avouera même en interview que Juve The Great a été fait dans une optique purement lucrative et qu'il fallait abandonner l'idée d'une quelconque réconciliation avec ses anciens patrons. D'ailleurs Juve n'a vu ni Baby et ni Mannie Fresh lors de la réalisation de l'album entre 2003 et 2004, sauf pour le clip du titre In My Life. Le Best Of de Juvenile sorti il y a deux ans atteste du fait que Ca$h Money essaye encore de se faire un maximum de profit sur le dos de leur ancien rappeur star... Rapports houleux et matérialisme à outrance auront été deux des multiples facteurs ayant provoqué la chute de ces deux empire sudistes, laissant ainsi l'occasion dorée à Lil Jon de se faufiler dans le brèche et d'exploser à la face du monde.



Prix Nobel des sales gueules pour les Hot Boyz


Si beaucoup pensent (peut-être à juste titre) que le Crunk est une musique d'écervelés, sachez que certains facteurs permettent de relativiser un tant soi peu cette idée. D'un point de vue historique, le Crunk est une musique symptomatique de la souffrances des Noirs du sud profond des Etats-Unis, souffrance liée à ll'environnement dans lequel ces descendants d'esclaves de la campagne ont évolué, La majeure partie du temps, beaucoup de jeunes Noirs de cet époque avaient deux solutions : l'armée ou les boot camps. À partir de cela, nous sommes à même de cerner au mieux l'essence du Crunk qui est principalement basé sur les voix et le jeu d'appels et de réponses avec le public, caractéristique influencée par les chants des anciens esclaves et des soldats. Le mouvement Crunk s'apparente donc à une mouvance faisant appel au regroupement, à la discipline militaire et à l'unité en temps de guerre. Donc si Lil Jon vous dit de vous pencher et de toucher vos orteils, vous le faites, point.


Bon, toutes ces explications sont bien jolies, mais le meilleur moyen d'apprécier au mieux le Crunk est en soirée. Alors laissez tomber les Chingy et autres Nelly et passez à la vitesse supérieure. Même le père 50 Cent a capté le truc en engageant à ses côtés Young Buck (ex UTP chez Juve) au sein de G-Unit South. Alors sortez vos pimp cups, vos cannes, vos manteaux en fourrure et vos grillz, et criez en coeur yeeeeeaaaaaaaaaaaaah !.

Damn, j'adore le sud.





Les bons plans Down South de ces dernières années

Parmi les dernières sorties, bon nombre d'albums estampillés Down South méritent toute notre attention. Nous ne nous intéresserons pas aux old timers tels que 8Ball & MJG, UGK qui seront prochainement l'objet d'un autre article, tout comme la vague concernant le New South ayant émergé depuis l'année dernière (avec les Chamillionaire, Young Jeezy, Slim Thug et autres). Nous reviendrons également sur la Trap Muzik et autres réjouissances, alors ne vous inquiétez pas.




BIG TYMERS - Hood Rich
Ou quand le combo Baby/Mannie Fresh fait des merveilles à travers leurs sons sautillants et leur franc parlé de campagnards millionaires. Du bon Ca$h Money, fo' sure !




DSGB - 'Til Death Do Us Part
Le mythique Pastor Troy débarque avec les Down South Georgia Boys (ou encore Don't Stop God's Blessing) avec un album sauvage et aussi rutillant que le moteur d'un tracteur de Houston.


JUVENILE - Juve The Great
Quand un adieu est fait à ses frères ennemis avec du charisme et des rimes bien crétines, ça donne le dernier Juve chez Ca$h Money.



LIL' FLIP - U Gotta Feel Me
Le petit protégé du late DJ Screw nous offre un double album débordant de nonchalance et de phrasés laid back, et Dieu que c'est bon.



LIL JON & THE EASTSIDE BOYZ - Kings Of Crunk
Voir chronique en cliquant ICI.



LUDACRIS - Chicken & Beer
L'ancien animateur radio a fait un bout de chemin depuis Inconegro sorti en indé en ce début de siècle. Laissez-vous tenter par son flow élastique.



NELLY - Country Grammar
Le péouse de St Louis devient une véritable révélation avec ce Country Grammar frais au parlé drôlement mâché.



OUTKAST - Speakerboxx / The Love Below
Big Boi et André 3000, piliers du son sudiste depuis nombre d'années, nous servent un double album intrigant mais ô combien réussi. Un classique, net.



PASTOR TROY - Face Off, Pt.2
Suite du premier Face Off (sans blague), the Pastor offre une nouvelle fois sa voix stridente et criarde au service du Crunk, et c'est fou ce qu'on aime.



T.I. - Urban Legend
Et oui, T.I. est le meilleur rappeur du sud, le South Jay-Z selon Pharrell et le petit est damn right about that. Peut-être le meilleur album du King Of The South...



THREE 6 MAFIA - Da Unbreakables
Certes, leur track Stay Fly sur The Most Known Unknowns est certainement leur meilleur titre, mais d'autres préféreront les hymnes sauvages aux substances nocives de cet album-ci. Ce qui est mon cas.


_TN



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