Le Hentaï : juste du cul ?

Publié le par Tuân

Devenu une école du manga au même titre que le shônen, le seinen ou encore le shôjo, le hentaï sévit déjà depuis de nombreuses années dans l’ombre des publications grands publics. Malgré l’essor commercial que connaît le genre à travers des animes et des jeux, cette forme de pornographie bien nipponne est encore synonyme de malaise. Alors le hentaï, juste du cul ?


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Sailor Mars pastichée


Les origines

Avant d’aller plus loin, il serait de bon aloi de se demander comment est-ce que le hentaï a pu surgir dans les esprits coquins de certains nippons. Tout d’abord, la représentation dessinée de relations sexuelles ne date pas d’hier au Japon ; patrimoine culturel et artistique bien particulier, la mise en image du sexe passe par une méthode typiquement japonaise appelée l’ukiyo-e, autrement dit les images du "monde flottant". C'est un art pictural qui prend naissance au 17ème siècle dans la ville d'Edo (le Tokyo actuel) et est intimement lié aux plaisirs, aux sorties théâtrales et culturelles, aux maisons de thé, aux courtisans, aux geishas, etc. La plupart du temps, ces ukiyo-e prenaient la forme d'affiches de publicité, ou retranscrivaient encore des scènes de vie en rapport avec les thèmes suscités. Les ukiyo-e pornographiques avaient pour nom shunga et présentaient clairement les poils pubiens ainsi que les sexes masculins et féminins qui prenaient alors des proportions assez spéciales… Toutefois, bien que sous-catégorie des ukiyo-e, les estampes shunga étaient souvent des oeuvres anonymes ; preuve en est que traiter de la chose n’avait rien de vraiment glorieux à l’époque. Mais le point est établi quant au fait que cette obsession picturale n’est pas récente. Le hentaï s’inscrit donc dans la suite logique de ces estampes.

 


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Sur les shunga, les sexes atteignaient souvent des proportions énormes


Le mot hentaï est souvent utilisé dans le langage courant vu qu’il signifie « perversion » en japonais. Bien qu'il comporte une allusion claire à certaines pratiques déviantes, il ne se réfère pourtant jamais au X classique (on utilisera plutôt les termes ecchi ou encore ero). Ce sera seulement vers la fin des années ’80 que les secondes significations du mot prendront alors tout leur sens : des animes tels que La Blue Girl, avec des créatures très enclines à la sodomie rotative, donnent enfin raison aux termes « anomalie » et « métamorphose » rattachés à « hentaï ». On peut donc affirmer que c’est avec la résurgence des dessins animés à la limite du gore (avec les célèbres tentacules) que le terme définitif de « hentaï » prendra pied. De là, apparaît encore un autre terme signifiant « indécence » ou encore « lubricité » : « ecchi ». Le ecchi désigne aussi bien un érotisme léger et trouble (comme dans Tenjô Tenge et Hand Maid May) que la pornographie pure et dure. Il ne faut toutefois pas confondre le ecchi et le hentaï, celui-ci désignant alors les bizarreries sexuelles présentées dans certains animes et mangas. On raconte que « ecchi » proviendrait de la première lettre de « hentaï » qui, écrite en rômaji, donnerait la sonorité H comparable à la prononciation anglaise.

 

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Salarymen


Difficile de dire quand est-ce que le hentaï s’est installé de manière durable dans la bande dessinée japonaise. Depuis toujours, pourrait-on dire. Mais le style atteint réellement son apogée durant la fin des années ’80 et le début des années ‘90 avec des publications qui vont alors devenir des classiques du genre comme Angel du mangaka U-Jin. Il faut savoir que la plupart des salarymen (hommes d’affaire nippons) d'après-guerre étaient des employés totalement étouffés par leur travail. Les objectifs et impératifs économiques pour redresser le Japon après la Seconde Guerre Mondiale ne leur laissaient que peu de répit, donc une vie privée inexistante. Dès lors, cette culture du travail a perduré. Et c’est dans ce cadre que les vicissitudes de la société nipponne actuelle allaient finalement prendre leur forme concrète. Les mangas étant les publications les plus lues au Japon, il devenait alors évident pour certains auteurs hentaï de se servir de ce média afin de toucher une tranche de la population japonaise en détresse sur le plan personnel. On assiste alors à un essor croissant de ces productions avec de jeunes dessinateurs qui expriment ainsi une partie de leurs fantasmes via des mangas pornographiques. Parmi les grands classiques de la première heure, on retrouve en 1984 Cream Lemon, série animée d’une quarantaine d’épisodes réalisée par Hiroyuki Kitakubo qui, bien que très médiocre, allait poser les bases du hentaï actuel.

 

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L'édition française d'Angel subit les foudres de beaucoup d'associations.
Leur but premier était de faire en sorte d'interdire les bandes dessinées
étrangères en France !


Les parodies

En 1975, les premiers Comiketto (conventions d’animes et mangas) sont organisés et des fans de tout le Japon se rencontrent afin de parler de leurs passions. Parmi eux, des acharnés dira-t-on, formeront des petits collectifs qui créeront leurs propres maisons d’édition en indépendant. Le dôjinshi et les dôjinkas (dessinateurs de dôjins) sont alors nés. Le milieu du dôjinshi représente alors (et toujours) une opportunité immense pour les dessinateurs amateurs et même professionnels qui souhaitent travailler sans avoir à subir le conditionnement artistique de certaines grosses maisons d’édition. Souvent, dans ce circuit underground, les œuvres mettent en avant des thèmes adultes et sombres, disposent de graphismes splendides et de dessins débordant de trames et de détails. C’est d’ailleurs là que Yoshitoshi Abe se fera remarquer : une fois pour ses illustrations qui donneront naissance à l’univers de Serial Experiments Lain, et une autre fois pour son magnifique dôjin Haibane Renmei qui donnera naissance à une série télé.

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Serial Experiments Lain reste l'un des meilleurs
animes de ces 15 dernières années


Le hentaï est souvent l’œuvre de dessinateurs de l’ombre, il est donc normal qu’il emprunte cette voie de l’amateurisme. Mais attention, nous parlons bien d’amateurisme d’appellation, car certains dôjinkas du hentaï possédent une maîtrise certaine comme par exemple Tony Taka ou encore Hitoshi Kino. Bien que ces noms ne résonnent pas autant aux oreilles de certains comme celui d’Akira Toriyama, c’est pour la simple et bonne raison que ces dessinateurs n’ont jamais réalisé de séries ou mangas très mainstream. Cela ne les empêche pas d’être character designers de jeux vidéo ou encore illustrateurs CG (pour computer graphic). Artistes accomplis pouvant endosser de nombreux rôles, leur travail de prédilection restera toutefois dans l’ombre des publications grand public. Evidemment...

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Les styles de Tony Taka et Hitoshi Kino sont très populaires, y compris en dehors de la sphère hentaï


Autre chose importante concernant le dôjinshi. Ce qui nous intéresse sont les parodies pornographiques de séries connues, et surtout très en vue. Il est déjà souvent arrivé dans la tête d’un fan de vouloir savoir ce qui se passait entre Krilin et C18 une fois la nuit tombée. Les dôjinkas l’ont fait. La plupart du temps, ces dessinateurs sont des jeunes gens qui expriment leurs fantasmes et leurs expériences par le biais de ces publications détournées. Ce qui serait vu chez nous comme une insulte et comme de la contrefaçon est plutôt bien perçu par les maisons d’édition au Japon, cette pratique développant le mythe entourant des personnages clés d’un manga ou d’un jeu vidéo. La popularité d’icônes féminins tels que Tifa et Aerith de Final Fantasy VII est dû en très grande partie aux parodies X, popularité profitant également aux ventes de produits dérivés de Square Enix qui édite Final Fantasy. L’officiel et l’officieux profitent donc chacun de l’autre. Petite remarque concernant les grandes figures des parodies hentaï issues du dôjinshi : il s’agit la plupart du temps des personnages timides et réservés qui s’en prennent plein partout, comme Ami de Sailor Moon, Hinata de Naruto et (surtout) Rei Ayanami de Neon Genesis Evangelion. Et bien que les années passent, on voit très bien que Rei est toujours aussi populaire. Comme quoi ça marche.


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Bien que l'anime d'Evangelion ait bientôt 20 ans,
Rei Ayanami reste la coqueluche des dôjinkas


Les jeux vidéo

Introuvables de par chez nous, les jeux hentaï, plus communément appelés ero-games, restent avant tout des produits réservés au Japon. Certes, de nombreux jeux ont foulé le territoire américain mais en très petite quantité. Acheter un jeu japonais et y tenter d’y jouer chez vous ne vous avancera la plupart du temps pas à grand-chose, car à moins de posséder le ou les cracks adéquat(s) il vous sera impossible de le lancer. Bref, les ero-games se présentent le plus souvent sous la forme de dôkyûsei, c’est-à-dire de simulations de drague se déroulant sur des tableaux fixes comportant des dialogues et des réponses à choix multiples. Se déroulant à la première personne, vous faites face à votre interlocuteur féminin (on ne voit jamais le visage du héros) et discutez avec. À la base, dôkyûsei signifie "camarade de classe". Ces jeux de drague, en prenant souvent pour cadre l’école et ses alentours, ont fini par adopter cette appellation suite à la création en 1992 du jeu Dôkyûsei (considéré comme la première dating simulation) sur PC et Sega Saturn. Et dans ces jeux, votre but est bien sûr de courir après la coquine, et vous en aurez pour tous les goûts: la timide, le garçon manqué, l’intello, l’artiste, etc. En fonction de vos réponses et selon le caractère des filles que vous draguez, vous finirez ou non au lit avec la dame de vos pensées... Jouissant d'un replay value intéressant pour l'époque, les dôkyûsei vous forçait à terminer le jeu plusieurs fois avec des cheminements différents afin de débloquer toutes les jolies illustrations de vos petites chéries. Dans un autre style, Rapelay est une simulation où vous vous retrouvez dans la peau d’un violeur, un peu à la manière des Biko 3D où vous teniez le rôle d’un stalker. Le stalker est ce qu’on peut appeler un maniaque : il suit à longueur de temps ses futures victimes afin de fouiller leurs poubelles et trouver le moindre objet pouvant lui fournir une quelconque information. Dans Rapelay, vous mettrez à votre botte la jeune fille d'une famille pour ensuite vous occuper de la grande sœur et de la maman. Vous aurez compris le délire. L’intérêt ? Des graphismes 3D d’une très grande qualité pour l'époque et un rendu assez bluffant. Et sinon… faut aimer on va dire.



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De Paradise Heights à Rapelay, le ero-games ont bien évolué techniquement


Le parc de jeux hentaï PC est d’une richesse hallucinante, les consoles ont quant à elles uniquement droit à des petites simulations softs comme le strip mah-jong où Dieu sait quelle ânerie du genre… Ces ero-games sont avant tout destinés aux otakus, ou dans un cas plus extrême aux hikkikomoris. Etymologiquement, « otaku » signifie « votre maison » dans une forme polie. Son sens ayant subi une extension de par les fans hardcores de mangas et de jeux vidéo, « otaku » fait désormais référence aux activités se faisant à domicile et « hikkikomori » au fait de rester cloîtrer chez soi. Si les otakus sont des acharnés de jeux vidéo et de mangas, le cas des hikkikomoris relève de la pathologie : fascinés et ne vivant que par leur passion pour les ordinateurs (nerds) ou encore les jeux vidéo (hardcore gamers), ils en arrivent à un point où ils se retrouvent dans l’impossibilité de sortir de leur chambre par peur de l’extérieur (no life). Désespéramment rattachés à un monde puéril bercé d'illusions, ces geeks sont les principaux consommateurs de ces ero-games qui leur servent de substituts sexuels et surtout sociaux. La question des otakus et des hikkikomoris sera peut-être traitée en long et en large dans un avenir prochain.


La censure

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Les grands débuts du hentaï au Japon ne se font pas sans heurts : certains mangakas comme U-Jin subissent les attaques des conservateurs et la censure frappe très fort. Il faut dire que le Japon est encore en plein émoi suite à l’affaire Tsutomu Miyazaki qui a fait trembler la préfecture de Saitama entre 1988 et 1989. Arrêté suite à la séquestration, au viol et à la dégustation (!) de petites filles de sept ans, la police découvrit chez Miyazaki des publications hentaï (essentiellement des dôjins). Ajoutez à cela le fait que Miyazaki signait ses autres crimes du nom de l’héroïne d’un manga porno et qu'il dessinait lui-même quelques dôjins, il ne fallut pas longtemps pour que la presse et l’opinion publique japonaise pointent du doigt la nouvelle génération en perdition, fan de mangas abrutissants et nocifs pour la santé mentale. Depuis toujours, l’otaku n’est que très peu apprécié au Japon. Nous reviendrons une fois de plus à ce sujet ultérieurement.


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Bon, faut arrêter là...

Selon une loi très sérieuse, la représentation des poils pubiens était purement et simplement rejetée au Japon jusqu’en 1991, ainsi que celle des sexes féminins et masculins. Malgré tout, ce rappel à l’ordre n’était pas réellement clair -il ne l'est toujours pas vraiment d'ailleurs- et stipulait avant tout qu’il était formellement interdit de représenter des sexes dans leur réalité anatomique. Inutile de dire que les auteurs allaient alors s’en donner à cœur joie afin de contourner la censure, mettant ainsi à profit la possibilité de faire exploser certains fantasmes aux limites du malsain afin d’apporter toujours plus d’excitation au lectorat et aux spectateurs. Comme on peut le constater dans le premier épisode de Shin Angel (adaptation animée du manga de U-Jin), les aventures sexuelles du héros Kyosuke sont ici brimées, les scènes de pénétrations laissant alors place à une lumière diffuse ou encore à une ombre dissimulant le coït ou autres. Par la suite, certains malins à la fin des années ’80 ont eu l’idée de mettre en scène le sexe masculin par le biais de tentacules. C’est ainsi que Urotsukidôji et le classique La Blue Girl usent et abusent de ce procédé : les jeunes écolière en tenues marinières se font allégrement attaquer et violer par des centaines de substituts phalliques assoiffées de sexes et gorgés de sperme. Si le problème du sexe masculin trouve ici un semblant de résolution, il n’en est pas de même pour la représentation du vagin. Objet de l’interdit et du mystère, il reste dissimulé jusqu’au bout derrière une culotte bien blanche avant de subir des pénétrations pixellisées ou encore floutées. Le fétichisme nippon du petit slip découle donc de l’impossibilité de trouver une iconographie du sexe féminin contournant la censure ; la culotte étant ici l’artefact renfermant le secret de la sexualité féminine, d’où le culte.


 


Le retour de La Blue Girl a remis les tentacules au goût du jour


Vous comprendrez alors comment les japonais ont su alimenter et faire exploser la libido de tout un chacun en cherchant à esquiver un obstacle. Ce qui aurait dû créer une frustration et une castration a plutôt fait déborder d’imagination les maîtres du hentaï. Tant qu'à faire, les représentations physiques réalistes sont ainsi jetées aux oubliettes : les seins sont énormes, les pénis sont soit des tentacules soit des membres démesurés, le coït réserve des surprises de tailles, etc. Concernant les tentacules, on pourrait voir ici un hommage au maître Hokusai, célèbre pour ces estampes, qui fut certainement le premier artiste à représenter sur papier les ébats sexuels entre une femme et des tentacules : Songe de la femme du pêcheur est on ne peut plus explicite à ce sujet en matière de shunga, une femme se faisant ici posséder et entourer le corps par les tentacules de deux pieuvres.

 

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Le précurseur ?

Dernière petite remarque : il est assez amusant de constater que les animes hentaï sont éternellement censurés sur le territoire nippon et connaissent enfin leur version intégrale lors de leur localisation en occident…



Le bondage et le viol

 

Entre les tentacules arrachant le slip de Miko Midô de La Blue Girl et le bondage, la frontière est infime. Pratique sexuelle typiquement japonaise, elle a pour effet de stimuler certaines zones érogènes du corps féminin via un jeu de nœuds et d’encordages très technique. Ainsi, selon un mouvement effectué, une certaine corde se tendra et provoquera donc l’excitation d’un endroit défini. Souvent utilisé dans le cadre du viol et de la soumission dans le hentaï, il n’est pas rare que la jeune fille victime de bondage se voie aussi attachée en l’air afin de pouvoir combler tous ses convives. On voit ici clairement un rapport de soumission, la jeune fille attachée n’ayant absolument aucune mobilité et aucun échappatoire. Elle se retrouve d’ailleurs souvent affublée d’une boule SM ou d'un bâillon dans la bouche afin de ne pas pouvoir appeler à l'aide.

 

Naturellement, nous en arrivons au plus grand fond de commerce du genre hentaï : le viol. Si les scènes de viol sont pour le moins explicites (habits déchirés, fessées, coup de pied avec botte de ski dans la tronche…), elles reflètent une tendance toute nipponne. La seconde génération de la gent féminine japonaise du 20ème siècle s’inscrit dans une tradition de la femme au foyer, bien loin du cadre dynamique de la japonaise actuelle. N’apportant que peu de résistance face à la figure patriarcale du foyer, c’est-à-dire le père ou encore le mari, le hentaï joue alors sur cette relation dominant/dominée afin de fournir son lot de femmes émancipées socialement (qui sont un grand fantasme) mais abusées sexuellement. On retrouve souvent la femme à lunettes, ayant un poste important, arborant un tailleur strict, des chaussures à talons et du rouge à lèvres, et qui finit tout de même par retrouver sa véritable position aux yeux du hentaï : celle de dominée et surtout de nymphomane.

 

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Les différents styles


Un peu à la manière du manga classique qui comporte ses différents genres comme le shônen et le shôjo, le hentaï a aussi développé ses propres catégories. Je tiens à rappeler que la suite de cet article n’est qu’une fenêtre ouverte sur cet univers à la fois riche et dérangeant : les plus malins d’entre vous auront l’ouverture d’esprit de faire leurs propres recherches afin de trouver des sources plus complètes et précises.

Au rang des étrangetés de premières classes, le guro remporte largement la palme. « Guro » signifie « grotesque » en japonais et désigne également toutes les tendance sexuellement hardcores qu’on retrouve dans le hentaï. Parmi celles-ci, les célèbres tentacules dont nous avons parlé plus haut, mais également le scat qui met la barre très haut en matière de défécation et s’inscrit toujours dans la logique des rapports dominant/dominée ; les demoiselles y subissent ici une humiliation largement comparable au viol avec des traitements aux limites du SM qui les forcent à faire leurs besoins face à des spectateurs ébahis et moqueurs. Nous ne vous cacherons pas que la méthode de prédilection des tortionnaires est la purge, effectuée à l’aide d’une grosse seringue… Des animes comme Night Shift Nurses se sont d’ailleurs vus refuser la localisation de certains épisodes en Occident en raison de leur contenu scatophile bien trop choquant. Dans une des scènes, une des héroïnes déféquait dans une baignoire et faisait offrande de son étron à son amant (on y voyait même des champignons de paille) ! Bien que le début de la série est édité chez nous, la fin restera par contre en version censurée sur le territoire japonais.

Autre forme rattachée au hentaï assez spéciale, celle du furry qui connaît un essor considérable depuis de nombreuses années. Concernant ses caractéristiques générales, le furry apparaît pour la première fois dans le Roi Leo de Osamu Tezuka qui est considéré par beaucoup comme le précurseur de la chose, les animaux y apparaissant étant dotés d’un important degré d’humanité : ils pensent, savent parler et se meuvent parfois à la façon d’êtres humains. D’une certaine manière, le furry est une humanisation de l’animal, voire même plus : n’importe quel furry fan vous affirmera que les furries ne sont en aucun cas des animaux, mais plutôt des êtres humains recouverts de fourrure. Parmi les autres sources du furry, l’Île du Docteur Moreau ou encore les Bugs Bunny et consorts restent des précurseurs de choix pour les furry fans.




Pour en venir maintenant à la dimension pornographique du furry dans le hentaï, ce dernier jouit d’un traitement assez particulier. La référence au monde animal est ici abordée de manière plutôt intrigante : les animaux, dans leur système reproductif et donc sexuel, ne connaissent pas les sentiments de honte et ne considèrent donc pas le sexe comme quelque chose de tabou et de gênant. Le sexe dans le furry est animal et se veut une pratique des plus naturelles, débarrassée des craintes et des préjugés propres au genre humain. C’est une des raisons pour laquelle la femme animale reste un fantasme très fort dans l’imaginaire porno du hentaï car sauvage et sexuellement libre : il arrive souvent que les demoiselles se voient affublées d’oreilles d'animaux en serre-tête ainsi que d’une fausse queue et (pourquoi pas) de fausses pattes. Et encore, il s’agit ici d’une approche plutôt humaine de la chose. Il existe aussi des titres purement zoophiles, mais je pense qu’il serait bon de s’en tenir à ça. Nous ne parlerons pas non plus du gore, ou quand les miss font l'amour avec les tripes à l’air ou encore avec la tête arrachée…

White Cat Furry Art par Saturnyne

Pour cet autre genre, attention une fois de plus aux étrangetés. Bien que spécial, le futanari ne rentre pas à proprement parler dans la catégorie du guro ; il s’en distingue, c’est tout, et on ne sait pour quelle raison. En effet, car ici les shemales, ce qui signifie littéralement « elles mâles », sont des femmes possédant un attribut assez particulier. Elles ont un pénis juste au dessus de leur vagin. Si le coup des godes ceintures reste tout de même un classique, les shemales sont très présents dans la plupart des dôjins (spécialement chez Saigado Comics et ses Yuri & Friends) et a refait méchamment surface dans des animes hentaï comme Bible Black et ses épisodes spéciaux où Kaori a même deux pénis et se laisse aller au jeu de la double pénétration avec joie…

Très abordés dans les mangas non pornographiques, le yaoi et le yuri disposent de places de choix dans les bandes dessinées classiques. Yaoi et yuri représentent respectivement les relations homosexuelles et lesbiennes, voilà tout. De nombreux shôjo (mangas principalement destinés au public féminin) font de plus en plus la part belle aux amours ambigus et délicats entre deux ou plusieurs hommes. Principalement l’œuvre de mangakas féminins, le yaoi tout public n’a rien de vulgaire, le tout étant très esthétique, doucereux et romantique. Le hentaï par contre fait plutôt la part belle au yuri. Les scènes lesbiennes sont une constante du genre.




Le Lolicon

Voici sans nul doute la catégorie du hentaï qui pousse le plus à la discussion. Bien que certaines insanités propres au guro méritent largement la palme du malsain, elles sont toujours restées dans le cadre de l’improbable, du pur fantasme. Mais avec le lolicon, vous verrez à quel point l’approche est différente.


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Provenant de « lolita complex », terme popularisé par Vladimir Nabokov et son roman Lolita, « lolicon » en est la contraction. Comme son nom l’indique, le lolicon se focalise sur l’attirance sexuelle d’hommes d’âge mûr vis-à-vis de jeunes adolescentes, donc non majeures. Le terme lolicon n’est pas seulement rattaché au hentaï, il prend également en compte des productions provenant d’autres domaines tels que la photo ou encore le cinéma. Sinon, en terme général, le lolicon est (on peut le dire) synonyme de pédophilie vu que le genre représente une fixation sur des jeunes filles de 7 à 13 ans ; il reste maintenant surtout rattaché aux mangas, à la japanimation ainsi qu’aux jeux vidéo. Son apparition date d’avant 1991, quand cette loi japonaise interdisant la représentation de poils pubiens faisait alors rage. Les auteurs d’alors trouvèrent une solution : dessiner des filles pré pubères, car celles-ci n’ont pas encore de poils au niveau du sexe. Une fois de plus, on constate que cette interdiction a plutôt fait bondir l’imaginatio.

Un traitement plus ou moins soft du lolicon existe au sein des productions japonaises classiques, comme dans le manga Love Hina. Riche en scènes ecchi et en fan service, les petites culottes et les grosses poitrines se présentent ici sous leur meilleur jour au sein d’une pension habitée par des jeunes filles. Parmi celles-ci, se trouve la jeune Shinobu âgée de 13 ans. Le lolicon ici est suggéré par le biais de scènes érotiques non choquantes, mais l’effet loli est bien présent. Le lolicon dépend donc de la mise en situation des personnages féminins de bas âges. S’il ne se passait rien de grivois au sein de la pension Hinata de Love Hina, Shinobu ne serait donc pas considérée comme un personnage appelant au lolicon. De là, on ne s’étonne donc pas que les dôjins pornos de Love Hina s’amusent souvent avec ce personnage.

 

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La petite Shinobu


D’un point de vue législatif, le lolicon est permis au Japon dans la mesure où les modèles féminins restent fictifs : les dessins ne violent donc aucune interdiction et ne causent aucun tort réel. Le Pays du Soleil Levant considère de plus les mangas et animes loli comme utiles afin de calmer les pulsions et les frustrations des hypothétiques pédophiles. Si au Japon une telle latitude est permise, il n’en est pas de même pour d’autres pays où le loli est considéré comme une pure expression de la pédophilie et ne ferait qu’encourager la pédopornographie, les pédophiles considérant alors de plus en plus les enfants comme des objets sexuels. Il n’est d’ailleurs pas concrètement prouvé que le lolicon donne lieu à une recrudescence de crimes pédophiles au Japon. Mais rien ne dit non plus s’ils connaissent une croissance.


 

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Le style classique du personnage lolicon : habits relativement sexy pour une enfant


Après la fascination de la petite culotte, voici celle de la tenue d’école des jeunes collégiennes et lycéennes. Pendant indirect du lolicon, cet uniforme est peut-être le plus grand appel à l’excitation sexuelle. Car en plus de représenter le cadre strict et sévère du système scolaire japonais, il est aussi un rappel à l’innocence des jeunes filles le portant, à leur fraïcheur. Il est donc naturel au Japon de compter parmi les tenues affriolantes la tenue marinière aux côtés de celle d’infirmière ou encore d’hôtesse de l’air. Des mangakas comme Naoko Takeuchi ont d'ailleurs su tirer avantage de l'érotisme trouble émanant de leurs personnages en tenues d'écolières. À noter que la plupart des auteurs loli sont des femmes...


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Pour terminer avec cette énumération de styles, citons le shotacon (souvent grand prétexte aux relations incestueuses) qui met en scène de jeunes garçons ayant des relations sexuelles avec des femmes adultes et le toddlerkon, où quand le loli passe de 7 à 13 ans à moins de 6 ans… Les fans du loli « classique » percoivent par contre très mal cette déviance ainsi que ses fans.


 

---> Suite et fin du dossier hentaï

 


Publié dans NIAKERIES

Commenter cet article

Goalagorn 10/10/2009 14:09


hello..
trop inspiré lol.. tu as écris (entre autre) "au sein de.." ai lieu de "au seing de la pension ; ) 

amicalement. 


Mélie 12/08/2006 23:53

Très impressionnée par la qualité de ton articleMême si je suis pas spécialement une adepte du genreBravo pour la documentation et le travail d'écritureEt j'en sais un peu plus dorénavant ^^A bientôtBizMélie

Tuân 13/08/2006 03:11

Merci à toi Mélie ! Il faut dire que je ne cherchais pas forcément à dire si le hentaï était de la bombe ou non, mais je persiste à penser que dans le cadre de la société japonaise, il est un vecteur pertinent afin de mettre à jour certaines tendances.Je projette également de me lancer dans l'analyse de trois séries ecchi (Tenchi Muyô, Hand Maid May et Love Hina) afin de développer le thème de l'ecchi justement. Stay tuned !

H2o 12/08/2006 05:05

Tu as trop géré pour ton article, l'écriture est souple et pro puis le contenu est interessant. Chapeau bas l'artiste. ^^

Tuân 12/08/2006 11:24

Eh H ! Maintenant je sais que s'il y a du rock ou du hentaï, tu répondras à l'appel ! Merci beaucoup !

Systool 09/08/2006 18:42

Sérieux???Le truc des furry est assez laids, je dois dire... Enfin! pas autant que les scatos et pédos, bien sûr, mais laid quand même...

Tuân 09/08/2006 18:58

Le furry / kemono n'est pas forcément sexuel, tu regards Robin des Bois de Disney, c'est du 100% furry. Après, concernant les orientations sexuelles, j'avoue que c'est pas mon truc du tout.Sinon, il existe vraiment des gens qui se font l'amour sapés avec des habits d'animaux, ils en parlaient dans un vieux Max.

Systool 09/08/2006 18:01

Allez, je reposte parce que OB bugge...Un article monstrueux (en volume)!!! Bravo, vraiment! T'as pris combien de temps pour faire ça!!! Vu le temps que j'ai pris à le lire, j'ose pas imaginer :-)Intéressant, en plus... je savais pas que certains "créneaux" du hentai étaient aussi florissants... SysT

Tuân 09/08/2006 18:16

Merci bien !^^Pour tout te dire, j'ai dû mettre en tout et pour tout un après-midi vu que j'avais juste la recherche d'îmages à faire. Etant un grand fan de manga et de japanimation, il devenait donc naturel que je me penche sur le cas du hentaï que -je dois le dire- je trouve assez sympa. Et aussi, je connais tout ça depuis que j'ai genre 8 ans, donc tu vois...Certains mangakas hentaï gagnent d'ailleurs plus d'argent que certains mangakas mainstream... C'et dire !