Association Yume

Publié le par Tuân

Rencontre avec le vice-président de l'association YUME : Simon De Crousaz

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Un samedi, où il pleut comme vache qui pisse. Et je viens de me rendre compte d'un détail embêtant : j'ai rendez-vous avec le vice-président d'A-Yume devant l'entrée d'Uni Mail et je réalise que je ne sais pas à quoi il ressemble. Je fume une clope pépère en observant (les sourcils froncés) les quelques quidams alentour dont un collègue de nicotine. J'en viens à me demander s'il ne serait pas le Simon De Crousaz que je suis censé sonder. Après des échanges de regard dignes d'un bon western spaghetti de Sergio Leone, le vrai débarque et c'est une tête que je connais. C'est donc direction le Café du Lys pour l'entrevue d'un interlocuteur parlant beaucoup et bien.


Textes :
Tuân
Photos : DR



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Tuân : Est-ce que tu peux te présenter pour commencer, histoire de savoir qui est Simon, qui est Yachan ?

Simon (Yachan) : Je m'appelle De Crousaz Simon, je suis passionné par le Japon depuis dix ans à peu près. J'ai commencé un peu comme tout le monde en m'intéressant à quelques mangas par ci par là comme Dragon Ball, comme tous les petits fans. Ensuite, j'ai vraiment eu l'envie de partir pour le Japon, et je me suis inscrit à une association qui s'appelle Genève-Shinagawa qui est destinée aux moins de 18 ans et qui organise des voyages au Japon d'une durée de trois semaines. Le but, c'est d'aller dans une famille d'accueil au Japon et d'accueillir par la suite un japonais chez soi, dans sa famille.

T : Un voyage d'échange.
S : C'est un voyage d'échange, exactement, et l'association existe toujours d'ailleurs. Donc j'ai fait ce voyage, j'y ai rencontré des gens importants dans le milieu de la culture japonaise comme un révérend. J'ai dormi dans un temple avec des moines et ai également partagé leur mode de vie.

C'était à  quel âge juste ?
J'avais 16 ans. Dur, le matin il fallait se lever à 5h, d'autres personnes et moi allions prier avec les moines... On n'allait même pas prier avec eux en fait, on devait les accompagner et les écouter, les regarder. On n'était pas pris dans un quelconque système religieux ou quoi que ce soit, c'était avant tout pour nous faire découvrir. Donc j'y ai vécu pas mal d'expériences au niveau de la culture japonaise, et une fois rentré en Suisse je suis d'autant plus tombé amoureux de ce pays. Puis j'ai continué à tourner dans le milieu, à avoir des activités en relation avec le Japon...

Arrête de tricher, mate pas ma feuille de questions (rires) ! Et quoi d'autre ?
Euh... Sinon, j'ai travaillé au Polymanga en 2005, ainsi qu'en 2006. J'ai aussi bossé pour une boîte qui s'appelle Tanigami (autrefois Imagination), et avec qui on a fait venir des artistes japonais. Là, j'ai surtout travaillé avec ces artistes lors de séances de dédicaces pour les éditions 2005 et 2006 du Polymanga. Donc depuis ces deux années, j'avais envie de monter quelque chose, une association, un groupe. J'en ai donc parlé avec le patron du magasin Tanigami. Et après discussion, il a émis le désir de séparer le côté commercial et le côté passion. Finalement, c'est à cinq personnes que nous avons monté notre association : A-Yume. Notre but est donc de faire découvrir le divertissement japonais actuel, c'est-à-dire la mode, la musique, le manga, le dessin animé... On désire parler de tout ce qui touche au Japon, même si on est principalement axé sur le manga et la japanime. À travers cette association, plusieurs activités sont proposées aux membres dont des projections qui ont lieu une fois par mois, des cours de japonais, des cours de dessin pouvant éventuellement amener à faire du manga pour le plaisir. Des activités culturelles ont lieu quatre fois par année sous forme de stages permettant bien évidemment de présenter encore d'autres horizons de la culture japonaise. Il peut donc y avoir deux jours de calligraphie par exemple. Le but est que le stage soit gratuit pour le membre et qu'il puisse se dire à la fin du stage "Ah tiens, j'ai bien envie de continuer, je vais aller m'adresser au prof". C'est donc un moyen de faire découvrir gratuitement. On fait ça aussi avec les arts martiaux, ou encore la cérémonie du thé...

Le go...
Oui, le go aussi. On propose donc un panel d'activités assez large.

Avant de revenir plus en détail sur l'assoce, je tenais à savoir quelles étaient tes préférences dans la culture japonaise ?
Je suis très arts-martiaux à la base. Je fais du kung-fu, même si c'est clair que ce n'est pas japonais mais plutôt chinois.

Et tu fais avec Guillaume Briquet ?
Ouais, avec Guillaume Briquet.

Et tu comptes rester là-bas ?
Moi j'adore.

T'aimes bien ?...
Ouais, j'aime beaucoup. Mais... enfin voilà. T'aimes pas toi ?

Mon frère était là-bas ainsi que des potes à une époque. Ces mêmes potes suivent désormais des cours chez un espèce de Van Damme dans l'âme. Mais qui a des contacts de fou. C'était l'élève de maître Pong, l'un des piliers de la main de fer. Mes collègues sont partis s'entraîner en Malaisie dans son école Saolim à Penang... Mais je m'égare, c'est juste une histoire de guéguerre car leur prof considère Briquet comme un faux.
Mais bon, moi j'aime bien ce que j'apprends chez Guillaume Briquet. Je ne l'ai pas souvent comme prof non plus pour tout dire...

Tu suis l'enseignement de Yann Berner ?
Non, je suis avec Mariano. C'est celui que je préfère.


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Euh... on va revenir à nos moutons, parce qu'on est parti en trip là (rires) !

En effet (rires) ! Alors concernant la musique japonaise, je ne m'y connais pas tellement. Je suis plutôt Reggae en général. Mais il y a quelques groupes de Rock japonais que j'aime bien, notamment les célèbres X Japan. Et actuellement, un autre groupe que j'ai découvert, qui s'appelle 101A. C'est de l'Electro Rock, j'étais allé les voir en France et j'ai vraiment apprécié : ils sont trois, il y a une bassiste, un guitariste et un batteur, et ils ont la pêche. Mais je suis surtout captivé par le dessin animé japonais.

Genre Lupin ?
Ouais ! Ca j'aime beaucoup. C'est un personnage qui a été très travaillé et j'apprécie ça. Il faut dire que je m'intéresse aussi aux animes d'une manière spéciale. Il y a beaucoup de dessins animés qui sortent au Japon, beaucoup de boîtes qui en produisent, mais il s'agit souvent d'animes tirés de mangas. Ce ne sont pas des oeuvres qui sont uniquement destinées à la télévision.

Des oeuvres qui ne sont pas à proprement parler originales.
Voilà, ce n'est pas original. C'est pour ça que je m'intéresse surtout aux travaux faits spécifiquement pour la télévision et pour le cinéma, comme les films du studio Ghibli, les films de Mamoru Oshii, de Katsuhiro Otomo... Ce sont aussi des oeuvres sur lesquelles on est toute une équipe dans l'association à travailler en fait, c'est à dire qu'on fait des articles bien poussés à leur sujet et on essaye de les faire découvrir. Que s'est-il passé dans la tête d'une personne afin de réaliser une telle oeuvre ? Pour un dessin animé, il y a de nombreuses personnes derrière, et il faut en avoir dans la tête pour créer des choses comme ça. Il y a un aspect très complet au niveau de la création, il ne s'agit pas seulement de l'histoire de deux types qui se foutent sur la gueule et le film est fini. C'est aussi et avant tout un mode d'expression très important. Car ce que j'aime bien avec le dessin animé c'est qu'on peut représenter l'imagination, lui donner forme, et ce sans limite. On peut vraiment aller au plus profond, proposer des choses vraiment étonnantes. Mais si j'aime autant le dessin animé japonais, c'est parce que je trouve qu'il a plus d'originalité par rapport à d'autres productions comme les Walt Disney par exemple qui tournent toujours autour du même pot : il y a des chants, ça se termine toujours bien, il n'y a pas de méchants et pas de gentils, avec une morale bien américaine derrière... La japanimation représente aussi mon secteur dans l'association.

Tu n'es pas dans le jeu vidéo aussi ?
Alors pour le jeu vidéo, il s'agit de Shinishi, de Damien.
Il organise les événements jeux vidéo, pour les membres et pour le grand public. Les activités pour les membres sont des tournois de jeux, et quand je parle d’événements grand public, cela veut dire conférences, expositions, la venue d’artistes dans le domaine du jeu vidéo en Suisse. Pour chaque domaine précis de l'association, le travail sera le même : faire venir une personnalité comme un maître en go afin qu'il fasse une conférence, explique son travail, sa technique de jeu. Pareil pour un artiste provenant du monde de l'animation, mais avec bien évidemment un traitement différent comme avec une exposition. On ne veut pas forcément lui faire faire des séances de dédicaces ou des trucs du genre, car les invités n'en ont pas forcément envie. L'objectif n'est pas de monter une convention comme Polymanga, mais d'organiser une conférence, faire en sorte d'intéresser les gens au sujet. On ne fait pas ça pour qu'une personne vienne, fasse ses dédicaces et rentre après chez elle. C'est limite si la personne conviée ne se sent pas inutile.

Ca fait juste fanboy en fait.
Ca fait fanboy, exactement.

Dans A-Yume, on retrouve le mot japonais yume qui signifie rêve. Qu'est-ce qui se cache derrière ce nom ?
Alors au départ, on ne savait pas vraiment ce qu'on voulait prendre comme nom. Moi je m'en fichais un peu. Ce qui comptait pour moi concernait l'aspect de l'association, et non pas sa dénomination.

Mais bon, si vous vous étiez appelés Choucroute Party, ça l'aurait peut-être pas trop fait...
Ah Choucroute Party ça ne l'aurait pas fait du tout !... Dans la logique de l'association, on pense à un nom japonais, ce qui est normal. Au début, je pensais au Kansai, je ne sais pas si tu vois ce que c'est...

Ouais ouais, vite fait, c'est un coin du Japon où les gens ont un pire accent.
C'est la banlieue d'Osaka où on y parle le Kansai Ben, un dialecte japonais. C'est aussi un endroit où il y a pas mal de fêtes au Japon, c'est assez cool. Il n'y avait pas de raisons particulières pour que je nomme l'assoce selon cette idée, mais quand on regarde des photos de ce quartier et l'ambiance qu'il y a, c'est souvent très coloré, underground. Je me suis dis que ça pouvait bien faire l'affaire, mais c'est vrai que pour A-Yume (le rêve), c'est un peu une manière de dire que le rêve de cinq personnes, formant donc le comité d'association et étant des passionnés, est de faire venir des artistes qui ont fait des oeuvres que le comité a aimé regarder, d'avoir de vraies discussions avec ces personnes et de pouvoir approfondir certains sujets. Mon rêve, c'est ça : pouvoir rencontrer des artistes, des personnalités japonaises. En tout cas, ça c'est le mien, on peut aussi parler du rêve de Damien (Shinishi) qui touche plus aux jeux vidéo comme faire des reportages sur Squaresoft, aller fréquenter ces milieux. Le rêve des cinq est donc de pouvoir traiter à fond de plusieurs sujets relatifs au Japon.

Dans les cinq formant le comité de l'assoce, il y a donc toi, Sylvain Vautravers (Asterion), il y a aussi sa femme je crois...
Elle est trésorière en fait. C'est le truc qui me gênait un peu au début, c'est à dire qu'avoir comme président de l'association un type qui travaille dans un magasin de mangas et avoir sa femme comme trésorière, on pourrait penser que nous agissons dans un but purement lucratif. Mais j'ai bien discuté avec Asterion et je lui ai dit que je ne voulais pas du tout avoir à faire à ça. Donc il m'a bien fait comprendre qu'il voulait séparer le côté business et le côté passion. Et bon, c'est vrai que nous avions besoin d'un trésorier, et il se trouve que sa femme avait les meilleures dispositions dans le domaine, bien qu'elle ne fasse pas que ça dans l'association. On ne savait pas trop à qui donner cette tâche, et il se trouve qu'elle s'est proposée. Elle s'occupe également de traiter les textes qu'on désire mettre sur le site car elle dispose d'un certain niveau de français. Elle se charge aussi du lien entre les membres et les personnes du comité.

Tu peux juste me parler du rôle des personnes au sein du comité ?
Alors il y a donc Sylvain Vautravers qui est le président de l'association et qui se penche sur tout ce qui est manga au niveau des articles. Il est aussi le pilier de l'association, il gère le site Internet, il se charge aussi de la partie japonaise d'A-Yume. L'association n'existe pas au Japon, mais l'un de nos buts à long terme est de fixer un système de communication et de correspondance entre la Suisse et le Japon afin de faciliter des voyages ; Sylvain s'occupe aussi de ça. Il s'occupe donc du site et de la partie Japon. Moi, en tant que vice-président, je me charge des contacts suisses, japonais... C'est à dire que je téléphone par exemple à des sociétés que je vais voir sur place et je leur présente l'association au cas où nous aurions envie de mettre en place un événement. Damien est le secrétaire, il s'occupe de la paperasse, de tout ce bordel que personne n'a envie de faire en fait (rires) ! Il s'est proposé comme ça. Mais son truc, c'est surtout la partie jeux vidéo. Et enfin une cinquième personne qui est webmaster qui, avec Sylvain, règle les problèmes du site s'il y en a, traque les personnes voulant balancer des virus. Bref, elle prend soin du site.

Il s'agit de Spyfish, c'est ça ?
Non, lui ne travaille plus avec nous. C'est un gars qui s'appelle Mike mais qui s'est mis sous le pseudo de Thundrax. On ne le voit pas souvent sur le forum d'ailleurs.


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Pour créer l'association, vous avez dû la présenter à partir d'une base légale, est-ce que vous avez eu des problèmes lors de ce cheminement ?
Mmm... Des problèmes tu dis ? Non. Car disons que nous ne sommes pas les seuls à Genève et en Suisse à être motivés à créer ce genre d'assoces.

À part vous, qui d'autre retrouve-t-on ?
Je vais t'expliquer justement. Il y a un groupe de discussion via un forum qui s'appelle Soleil-Romand et qui a toujours voulu faire des choses comme nous le faisons mais qui n'y arrive pas. Pourquoi ? Je ne sais pas, ils doivent avoir un problème de motivation. Je vais bientôt discuter avec la personne en charge de Soleil-Romand car elle m'avait dit qu'elle avait pour désir de monter également une assoce. Mais comme chez A-Yume nous avons pour ambition de nous agrandir, je vais lui proposer de travailler directement avec nous. Car le gars en question habite au fin fond de la Suisse, et ça serait donc l'idéal de pouvoir faire connaître notre association à Fribourg, Neuchâtel... Donc c'est ce que je vais lui proposer. Sinon à Lausanne, il y a un autre groupe du nom de PolyJapan. Pour rappel, le premier Polymanga a donc eu lieu à l'EPFL, à Lausanne. De cette convention s'est créée l'association PolyJapan qui avait un peu les mêmes buts que nous, comme faire des projections... À noter que c'est une association qui existe depuis plus longtemps que la nôtre
mais qui ne cherche pas à se faire connaître, elle concerne avant tout les étudiant de l’EPFL. Je ne pense pas que cette association arrive a promouvoir la culture japonais comme elle l’indique, car elle n'attire que les fans.

Ca va les vexer s'ils lisent ça (rires) ?
Mais c'est la vérité. Mais en même temps, ils ont un potentiel qui est assez intéressant. Malheureusement, et je ne dis pas ça pour nous vanter, ils n'ont pas les contacts que nous avons mais ils ont la bonne humeur. La chose à retenir, c'est que eux s'adressent surtout aux fans, contrairement à l'association Yume qui vise tout le monde, le grand public. Ensuite, il y a bien quelques personnes à droite à gauche qui disent vouloir faire quelque chose, mais il y a une différence entre parler et faire du concret. Car à partir du moment où l'on fait quelque chose de concret, il y a toujours des gens qui sont là pour critiquer. C'est évident que nous ne sommes pas encore au clair sur certains points et qu'il y a beaucoup de choses à revoir et à travailler, mais on a au moins quelque chose de concret. Donc les gens qui nous critiquent avec des "C'est nul, patati patata..." je leur réponds simplement : allez-y, mais faites quelque chose. Je ne cache pas qu'au début je n'arrêtais pas de critiquer le travail de David Heim (NDT : organisateur du Polymanga) pour le Polymanga, car je trouve qu'il y a beaucoup de choses qui ne vont pas dans cette convention. Mais il n'empêche qu'il a quand même fait quelque chose, et ça il faut l'admettre. Pour en revenir à la question, je trouve que c'est un peu inutile que n'importe quel groupe de personnes cherche à monter une association : je préfère que l'on monte quelque chose et que d'autres personnes proposent de venir nous aider pour qu'il y ait au moins deux ou trois trucs de connu plutôt que d'avoir quinze mille regroupements dont plus de la moitié qui ne marche pas. Ainsi, mon association travaille en biais de deux autres associations très importantes sur Genève : Genève-Shinagawa que j'ai cité tout à l'heure et l'association du Cercle Suisse Japon, qui est une association vraiment basée sur la culture et où les membres sont plutôt âgés ; je dois être le plus jeune, j'ai 21 ans, alors que les autres ont souvent entre 26 et 30 ans. Donc ces associations ont été plutôt contentes de voir qu'une association comme la nôtre existait, car nous touchons plutôt un public entre 15 et 25 ans dans les grandes lignes, pas réellement plus. Alors ils en sont satisfaits et veulent faire des événements avec nous, et il s'agit aussi d'associations connues dans toute la Suisse Romande. Mais aussi, nous travaillons avec le Consulat du Japon pour le mois de la culture japonaise et nous avons d'excellents contacts avec les gens travaillant là-bas. On peut donc partir sur de plus grandes choses, s'adresser à des personnes spécialisées dans de nombreux domaines et qui vont nous donner des conseils et un coup de main.
Ce qui n'est pas le cas pour PolyJapan qui est un petit groupe qui essaye de se bouger, mais qui en vérité ne fait qu'un événement de temps en temps et qui vise uniquement les fans. Donc pour résumer, mon association est entourée de trois piliers qui sont l'association Genève-Shinagawa, le Cercle Suisse Japon et le Consulat du Japon.

Tu disais qu'A-Yume avait pour objectif de faire découvrir un aspect du Japon à des personnes non-initiées. Est-ce que ça peut se présenter comme un handicap dans la mesure où des gros fans ne s'y retrouveraient pas ?
En même temps, nous sommes là pour faire découvrir, mais nous nous considérons nous-mêmes comme des gros fans dans la mesure où ça fait depuis longtemps que nous sommes dans le milieu. Alors quand je dis "découvrir", je veux dire qu'on montre de tout, pas uniquement ce qui marche ouvertement comme les travaux du studio Ghibli. Par "découvrir", c'est plutôt montrer aux gens ce qu'ils n'auraient pas l'habitude de voir. Donc on va quand même au fond du sujet, et un fan a également sa place, clairement. À l'heure actuelle, les membres que nous avons sont tous des fans ! Jusqu'à maintenant, nous n'avons aucune personne qui ne s'y connaît pas en la matière. On va donc plutôt répondre aux attentes des fans avec les activités organisées spécifiquement pour les membres, tandis que l'on va attirer les non-initiés en faisant des événements pour tout public. Et quand je parle des activités tout public, je fais allusion aux projections, aux expositions. On regarde aussi pour organiser une démonstration de go afin de faire venir un maximum de gens, mais pas seulement des personnes qui savent jouer. Il y aurait un tournoi avec des petits cours d'initiation à côté pour les plus intéressés. Sinon, les personnes peuvent aussi juste venir voir, tout simplement.

Il y a combien de membres pour le moment au sein d'A-Yume ?
Pour l'instant on est un petit peu moins de vingt membres, mais ça fait aussi cinq mois qu'on existe. Mais d'ici la fin de l'année, on aura au moins triplé le nombre de participants, car nous avons d'assez bons projets à venir.

La plupart des membres proviennent de Genève si je ne m'abuse.
La plupart, oui. On a aussi des gens de Fribourg, de Nyon... Mais la totalité provient évidemment de Genève vu que nous y sommes basés. J'espère que je suis assez clair...

Oui oui, t'inquiète, aucun problème. Pour parler du cas de la France, on peut voir que l'industrie du manga y est extrêmement développée avec des éditeurs ou encore des magazines. Dans la continuité des activités de votre association, penses-tu que vous pourriez encore plus élargir vos centres d'intérêt, en touchant par exemple à l'édition ?
Alors ça ne serait pas inintéressant, mais comme je te l'ai dit nous sommes une association à but non lucratif. Si nous commençons à nous commercialiser par la suite, autant faire un nouveau projet en dehors de l'association. Car je n'ai pas envie de bousiller l'image de la petite association partie de cinq personnes motivées, qui se bougent pour faire découvrir, et qui du jour au lendemain constatent éventuellement qu'elles ont plein de sous et décident de se lancer dans un commerce. Non, ce n'est pas ça. De plus, en dehors de l'association, je me forme de telle manière à travailler avec des éditeurs et tout ça, mais c'est à côté d'A-Yume. Quand je t'ai dit avant que je voulais reprendre des cours d'anglais et de japonais c'est pour avoir un bon niveau, chercher à devenir manager pour faciliter nos moyens de contact entre suisses et japonais. Car il y a souvent des festivals au Japon comme le Comiket où tous les artistes, les mangakas, viennent présenter leurs nouveaux mangas ou ce genre de choses. Si Akira Toriyama fait un nouveau manga, il va venir en personne faire la promo de son nouveau travail. Mon idée, ce serait d'aller là-bas, avec une carte de visite et leur dire "Voilà, je travaille dedans, j'aimerais faire un événement, quelles sont vos disponibilités, combien ça coûte..." et voilà. Je ne pense pas pouvoir gagner ma vie avec ça, mais ça serait pas mal d'essayer. D'un côté ça aiderait l'association de travailler de cette manière, mais ça resterait tout de même en dehors pour moi.

Quel point de vue portes-tu sur le manga et la japanimation en Suisse ? En y regardant de plus près, on constate que beaucoup de conférences ont été organisées dans le cadre de l'Université de Genève avec des personnalités comme Takahata Isao et une des grosses pontes de la Toei...
Oui, c'est le directeur de la Toei Animation, avec qui j'ai d'ailleurs d'excellents contacts et c'est cool (rires) !

Une chose amusante, c'est que le manga est perçu en Suisse, du moins à Genève, comme quelque chose de culturel et d'artistique. Alors qu'en France, on peut noter un rejet plus conséquent des masses et une plus grande ignorance.
Si on remonte à loin, c'est-à-dire à l'époque du Club Dorothée en France, on regardait tous leurs dessins animés et les gens trouvaient ça violent, pas fait pour les gamins. C'est depuis là que les mangas ont une mauvaise image en France, et c'est aussi durant cette période qu'a été monté Familles de France, la fameuse association familiale qui est
contre tout ce qui touche à la japanimation et au manga. Ségolène Royal a également participé à cette lutte ; elle a d'ailleurs écrit un livre concernant son profond dégoût du manga et du dessin animé japonais. Donc Familles de France ont voulu bâcler le dessin animé japonais avec la censure, comme pour Ken le Survivant. Et en fait, au Japon, c'est un dessin animé qui est diffusé vers les 1h du matin, donc les gens sont bien au courant que c'est violent. Mais en France, ils ont voulu que ça passe à 8h du matin pour les gamins. D'où la censure et le fait de donner carte blanche aux doubleurs pour les textes.

Ce qui a quand même donné naissance à de petites perles (Hokuto de cuisine, Nanto de fourrure)...
Voilà, et aussi grâce à eux la série est différente de celle du Japon. Bien évidemment, il y a eu une évolution en France avec de véritables fans. Mais le réel problème tient au fait -et ce pour tous passionnés, qu'on soit passionné de vin, de n'importe quoi- qu'il y a toujours un peu des cas, des collectionneurs, des gens qui ne pensent qu'à ça, ne font que ça et n'ont pas de vie sociale. Il s'agit parfois de personnes de 35 ans mais qui ont une grosse mentalité de gamin. Alors ils donnent cette image du gros fan dégueulasse, ce qui bousille d'autant plus l'image du manga. Rien que ça décrédibilise cette mode (si je puis dire), mais un autre problème en France réside dans le fait que les doublages de nouvelles séries sont souvent pourris. Il n'y a rien qui permet de montrer qu'il y a de bonnes choses et des moyens. Et il y a eu ce documentaire sur M6.

Là, ils ont vraiment pris des cas.
Voilà, les gens prennent des cas et les descendent, les descendent... Et nous nous retrouvons là avec l'association Yume à essayer de donner une bonne représentation de tout ça, et derrière il y a des gens qui font n'importe quoi et *BAM* détruisent toute cette image. Je trouve quand même qu'en Suisse on a une meilleure image du manga qu'en France car on a l'envie de montrer des choses plus intéressantes. Isao Takahata est venu pour une conférence et pour la projection de son film, mais n'est pas resté derrière un bureau à faire des dédicaces. Et rien que ça montre un profond respect pour la personne qui ne s'est pas déplacée juste pour faire des dessins mais pour parler de son oeuvre et de son travail. C'est mon point de vue. Il y a aussi Satoshi Kon qui est venu il y a deux ans dans le cadre du mois de la culture japonaise, le directeur de la Toei Animation... Ce sont surtout des gens disponibles pour le grand public, qui sont considérés comme des artistes. Tu regardes les oeuvres de Satoshi Kon, et tu constates qu'elles tournent toutes autour de thèmes comme la personnalité. Il avait travaillé sur Perfect Blue qui était un film qui traitait de la schizophrénie. La méchante de l'histoire n'est pas la personne à laquelle on croit depuis le début du film, c'est quelqu'un qui souffre d'une double personnalité : elle peut se montrer convenable et peut avoir envie de te tuer du jour au lendemain. Après, il y a la série Paranoia Agent qui est aussi basée sur les troubles de la personnalité, et qui se focalise sur le cas d'individus ayant causé du tort à autrui et qui cherchent à se libérer de ce qu'ils ont fait. Et à chaque fois qu'ils demandent de l'aide, un gamin apparaît avec une batte de baseball et les cogne. Les deux flics à la recherche des auteurs de ces agressions pensent qu'il s'agit d'agressions imaginaires, d'où une fois encore le trouble de la personne qui est vraiment le truc de Satoshi Kon. Isao Takahata travaille plus sur ce qui est humain, comme avec le Tombeau des Lucioles, tout ce qui touche au malheur, à l'homme, avec une approche réaliste. Miyazaki touche plus à la fantaisie, à l'imaginaire, au conte, au traitement du rêve. Ce sont donc des artistes qu'on peut se permettre d'avoir à Genève, qui viennent présenter des sujets et ça ne va pas plus loin, ce qui est très bien. On n'a pas après un festival qui vient droit derrière qui s'appelle Japan Expo (rires), où cinquante mille fans débarquent ainsi que la télévision pour bousiller le tout. D'un côté, nous avons le Polymanga et j'ai peur qu'à cause du Polymanga le tout parte de cette manière. Je ne dis pas que c'est sa faute, mais les lancements avant chacun des Polymanga du style "Voilà ! C'est parti ! Tel mois des milliers de fans seront présents à tel endroit !..." vont dans cette lignée. C'est vendu d'une manière qui n'est pas agréable. Alors qu'introduire un artiste venu présenter son travail d'une manière sobre serait par contre plus agréable. Mais en Suisse, on dispose d'une meilleure image... J'ai dû m'éloigner de la question que tu m'avais posée, navré...


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Mais pas de soucis. On parlait donc de ce boom du manga et de la japanimation en Suisse (Romande). Mais pour en revenir à A-Yume, qu'aimerais tu voir se réaliser à l'avenir ?
J'aimerais qu'on devienne un peu une référence, dans le sens où l'association puisse permettre aux gens de prendre contact et de collaborer avec des personnes du Japon. J'aimerais donc que les gens viennent sur notre site pour cela, et qu'au Japon les artistes travaillant par exemple dans des studios comme Gainax ou Ghibli se disent "Il y a une association qui promeut l'animation japonaise en Suisse, on peut passer par eux pour faire de la pub pour un événement ou un métrage, vu qu'ils s'y connaissent bien". Quant aux autres sujets traités, comme tout ce qui touche au culturel, ils seront faits de temps en temps dans la mesure où il y a le Cercle Suisse Japon qui y est spécialisé ; ce serait donc des choses que l'on traiterait moins. Et ce que j'aime bien, c'est que l'association Yume est un complément ; car si nous nous sommes associés à l'association Genève-Shinagawa et au Cercle Suisse Japon, c'est afin de faire un tout pour finir. Il y a une complémentarité à nous trois : il y a trois assoces différentes, mais dès qu'il s'agit de discuter d'événements liés au Japon, c'est comme si ces trois groupes n'en formaient plus qu'un. Donc pour A-Yume, ce serait vraiment de devenir une référence de manière à diriger des gens sur l'association Genève-Shinagawa ou sur le Cercle Suisse Japon, comme un fil conducteur. Je crois que nous sommes  sur la bonne voie en tout cas.

Je me rappelle avoir entendu parler de vous pour la première fois via un magazine distribué gratuitement chez City Disc.
Oui, il s'appelle Murmures. Mais on a eu un très mauvais article à notre sujet.

Je me rappelle, c'était une colonne. Ils ont dit des sales trucs sur vous ?
Non, mais on leur avait donné un texte concernant ce qu'on faisait, un peu tout ce que j'ai pu te dire juste avant. Ce texte faisait mention du fait que nous touchions un peu à tout, que l'on s'intéressait au théâtre No, au Kabuki... Mais ce qu'eux ont écrit était que nous organisions et donnions des cours de go, de théâtre No, de Kabuki et d'origami ! En gros, ils ont rajouté des choses qui n'étaient pas vraies, et des personnes ont eu une mauvaise vision de l'association car elles pensaient que l'on faisait tout. Alors que non, on ne peut pas tout faire. Mais ce n'est pas grave, car on va avoir droit à un article dans le prochain Murmures et ils vont pouvoir se rattraper. L'article n'était pas mauvais en soi, mais ils ont abusé et c'est dommage. Mais à part ça, ce magazine est très bien, est très complet, parle de tout. Ils avaient d'ailleurs fait un numéro consacré au Japon pour le mois de la culture. Le fait qu'il soit également gratuit et sorte une fois tous les trois mois est cool. Mais je trouve par contre qu'il n'est pas assez connu, ils feraient bien de le présenter en dehors de Genève, vers Lausanne, Neuchâtel, Fribourg... Histoire de faire plus de pub, car la plupart des gens à qui j'en parle ne connaissent pas.

Autre chose concernant ce que A-Yume propose ?
Oui, je tenais aussi à mentionner le fait que nous aidions les artistes d'ici ou d'ailleurs à promouvoir leurs oeuvres, comme un monsieur que je connais qui a fait un documentaire s'intitulant Tokyo Street. Je ne sais pas si tu connais.

Ah non...
Il a donc filmé la ville de Tokyo, de jour, de nuit... afin d'en montrer toute l'activité urbaine : une personne jonglant, un groupe jouant dans la rue.... Il en a donc fait un DVD. Avec l'assoce, on est donc là pour aider ces artistes, on va faire de la pub pour eux. Sinon, il y a un autre type qui a fait un manga suisse.

Oui, JP Kalonji.
Il a fait 365 Samouraïs & quelques Bols de Riz. On va également l'aider à promouvoir son truc. Dès que des travaux s'inspirent de près ou de loin du Japon, on aide très volontiers les gens car on a les moyens de le faire et que c'est cool. D'autant plus qu'en retour, ils nous rendent à peu près la pareille. Le gars ayant fait Tokyo Street travaille également dans la mode, donc l'idée grâce à ce contact serait de faire venir à Genève des gens touchant aussi à ce domaine et faire un défilé de mode chez nous ou quelque chose comme ça. Donc à retenir : on ne fait pas que de la pub pour nous mais aussi pour d'autres individus dont nous apprécions le travail. L'un des membres d'A-Yume a fait son travail de matu sur la cyberdépendance ; donc quand on va faire le prochain site qui sera meilleur que celui qu'on a actuellement, on va lui proposer un coin dans la section articles consacré à ce qu'il a fait. Toutes personnes faisant un article intéressant touchant au Japon, que ce soit un travail de matu ou une thèse, peut profiter d'une exposition via notre site.

Faudra me dire, j'avais fait un manga pour mon travail de matu (NDT : Who We Be, la BD la plus débile du monde) !
Ah ouais ?

Au fait, quels sont les tarifs d'inscription ?
Alors c'est 30 francs par année, et après toutes les activités de l'association sont gratuites mis à part les cours, ce qui est normal (déjà qu'ils sont à très bas prix). D'autant plus que ces 30 francs sont également une sécurité dans la mesure où on sait qu'une personne a versé cette somme et qu'elle pourra avoir accès aux contacts, au système de collaboration avec le Japon pour se faire des potes ou autre. C'est donc un avantage certain. Tandis que la personne qui n'est pas membre peut également avoir accès à nos activités, principalement aux projections, mais à rien d'autre pour l'instant. Et c'est aussi un moyen de faire un peu de pub : le membre paye 30 francs par année ce qui lui donne déjà douze projections gratos par année, tandis qu'un non membre payera une somme de 7 francs pour une projection.

Alors pour les projections, comment s'est passé le deal avec le Spoutnik ?
Je leur ai simplement téléphoné et ils m'ont dit qu'il y avait un jour où ils ne faisaient aucune projection. Donc je dois payer à chaque fois un prêt de salle et aussi la projectionniste plus les droits des films qu'on diffuse, car nous ne faisons pas ça dans l'illégalité. Dans le cadre des projections, on passe des avant-premières, des rétrospectives et des documentaires. Lors de notre dernière projection, on a passé un docu sur les otakus et un autre sur le studio Ghibli.

Un petit mot pour la fin ?
Nous serons présents au Polymanga où nous nous occuperons de la projection du film le Château Ambulant de Miyazaki. Un stand sera également à notre disposition afin de présenter l’association. Au stand DDR (NDT : Dance Dance Revolution), il y aura également de la pub pour A-Yume, qui te remercie au passage pour ton article.


Site officiel A-Yume



Publié dans INTERVIEWS

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Yann 07/06/2007 20:55

j'ai lu vos commentaires, si vous désirez savoir ce que fait yann Berner, allez voir le site www.wuhun.chsalutations yann

Tuân 07/06/2007 21:31

Yann Berner en personne ? Le monde est décidément bien petit. Bonne chance dans tes activités en tout cas.

SysTooL 16/04/2007 13:56

Appelle-moi un de ces soirs, man! Tu as gueusé l'autre jour, que veux-tu?? ;-)SysT

Tuân 16/04/2007 18:02

Mec, on va pas partir dans les reproches là ! J'ai passé une journée de dingue à enchaîner mon nouveau passe-temps en matière de relations humaines, donc j'étais dead en fin de journée.Mais je te tiens au courant, t'en fais pas. En attendant, j'ai chopé le dernier Paul Wall...

SysTooL 14/04/2007 12:16

Ah ben c'est bizarre, ça... :-(SysT

Tuân 14/04/2007 20:29

Et ouais. Et sinon, cette session Dälek ?

SysTooL 13/04/2007 21:17

Bon on va voir ça dans quelques minutes en "live"A+

Tuân 13/04/2007 23:48

Ah bah non, navré. D'ailleurs, ton dernier sms a également foiré : il n'a même pas été enregistré dans mes archives. Nos deux phones ne doivent pas être trop en osmose.

SysTooL 13/04/2007 20:51

Mais non, mais non. C'est toi qui foire, mec ;-)Je t'explique : ne réponds pas DIRECTEMENT à mes sms quand je les envoie via Orange. Même si c'est mon nom qui apparait, ils ne me parviennent pas si tu fais directement "répondre à"Il faut simplement créer un sms et l'envoyer à mon numéro...SysT

Tuân 13/04/2007 21:12

Figure-toi que j'avais justement catché le délire. Mais même avec ton "vrai" numéro, ça ne marche pas ! J'ai essayé après avoir reçu ton mot pour Dälek, mais un mot se pointe.