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INTERVIEWS

Samedi 17 novembre 2007
- Publié dans : INTERVIEWS

img452/5231/aiglesp3.jpg   From Geneva... to the World


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Activistes chevronnés de la scène Hip-Hop depuis plus d'une dizaine  d'années, le rappeur et producteur Redbioul et le duo Force Quartz (respectivement MC et beatmaker) sortent finalement leurs projets solos après avoir tenté une aventure commune sous le nom de Street Souldiez. Désormais deux entités distinctes, ils nous parlent de ce qui s'est passé (Des Homiz Capables), de ce qui se passe (la compilation internationale Asphalt Themes) et de ce qui se passera (Mon Combat pour Redbioul et Destinée pour Force Quartz). Posés dans leur studio avec une listening session à la clé, quelques bières, une livraison de Sizzurp et un lavabo multi-usage, l'entrevue se passe tranquillement. Le tout découpé en deux parties, Bioul et Force étant aussi généreux en mots derrière un micro qu'autour d'une bière.


Texte : Tuân
Clichés : Tuân, Redbioul & DR


Tuân : Pour commencer, vous pouvez me parler un petit peu de cet endroit, votre studio ? A-t-il un nom ?

Quartz : Alors on l'a appelé le Lox à l'époque, pour "local".
Force : À l'époque, on disait qu'on se donnait rendez-vous au Lox, c'était une autre manière de parler.
Redbioul : Tu vois les tuyaux en haut ? C'était une buanderie à la base où on y a tout refait : les murs, le tapis sur le sol... Ca fait un moment qu'on l'a... peut-être même depuis l'époque de Sur la Trajectoire, l'album des Homiz Capables sorti en 2000.
Force : On enregistrait à la base chez Stil Fada qui n'est maintenant plus trop dans le truc, on dérangeait toujours les parents alors on s'est dit qu'on allait faire en sorte d'avoir notre endroit pour bosser tranquillement. À la base, on enregistrait aussi dans d'autres studios. Et maintenant on est ici, ce qui est nettement plus rentable que de se rendre dans un studio.
Quartz : Surtout prendre notre temps pour faire les morceaux carrés comme on la sent, revenir lorsqu'il y a des choses à retravailler.
Redbioul : Ca nous permet d'être hyper flexibles.
Force : Et ça évolue avec le temps. Là on t'a fait un résumé en trente secondes, mais en gros c'est parti de l'idée d'avoir un endroit à nous.
Quartz : C'est aussi l'occasion d'inviter d'autres gars plutôt que d'aller chez un tel ou un tel.
Force : C'est bien plus facile de recevoir. On n'y pensait pas au début, mais c'est venu naturellement. Comme Quartz et Bioul aussi sont bien dans la prod, ça permet de réunir des gens.
Redbioul : Après, optimalement, si des gens viennent ici pour des projets externes, c'est clair qu'on va demander une petite somme symbolique. Parce qu'il ne faut pas oublier qu'on paye cet endroit, et que si on arrive à le rentabiliser d'une manière ou d'une autre c'est bon à prendre.

T : Vous faisiez partis des Homiz Capables autrefois avec Stil Fada, et votre album Juskobou avait aussi une prod de Quartz...
Q : Il y en avait même deux ou trois.
R : Ouais, deux ou trois.

Tout ça pour savoir comment vous vous êtes rencontrés les trois en fait.
Q :
Force et moi, on s'est rencontrés par le biais de l'apprentissage, première année dans la même école. On était juste des connaissances. J'habitais à Nyon à l'époque, Force rappait déjà avec ses potes et moi je commençais tout juste à mixer. Tout de suit on a accroché, on est devenus potes, on avait les mêmes goûts musicaux et les mêmes vibes. Pour nous, le projet Force Quartz était mûrement réfléchi, mais Force faisait en priorité ses projets avec ses potes. Je bossais de mon côté soit sur différents projets DVD ou pour différentes personnes pour des illustrations sonores, et dès qu'on a eu l'occasion de s'y mettre c'était parti pour de bon. Force m'a présenté par la suite à son entourage.
F : Je me rappellerais toujours du jour où Quartz m'a dit : "Un jour, je te ferai ton album solo". Avant tout, avec les Homiz Capables, on a un grand passé dans la musique, et ça s'est fait à côté avec Quartz avec qui j'étais vraiment dans les mêmes délires. De temps en temps on faisait quelques titres ensemble, mais les Homiz Capables ont demandé tellement de temps aussi... Des fois, je n'arrivais pas à m'investir. Une fois arrivés au bout avec la séparation d'un des membres, on devait passer à autre chose.
R : Séparation de Stil Fada qui a dû arrêter musicalement mais qui est toujours par là.
Q : Avec Force on a commencé à avoir une dizaine de titres et on s'est dit qu'il serait temps d'attaquer, qu'on allait prendre notre route en "solo" en formant un nouveau groupe producteur / rappeur.
R : Pourtant, les gens croient souvent qu'il s'agit d'une seule et même personne (rires) !
F : J'essaye de plus en plus de marquer la distinction, mais ça va venir. Sinon, vu que DHC s'arrêtaient, Redbioul s'est aussi mis de son côté à écrire et s'est retrouvé avec pas mal de titres et a trouvé l'occasion de sortir son propre truc.
R : Simple évolution.
F : Simple évolution, voilà. DHC, on a tourné la page. De Sur la Trajectoire à Juksobou, on voit vraiment la différence. Avec Sur la Trajectoire, on sentait vraiment qu'on était la bande de potes qui traînaient toujours ensemble dans la street tout le temps. Sur Juskobou on commençait quasiment à entamer nos chemins d'adultes. On sentait dans les textes le changement. Après, les choses de la vie comme la famille, les études, le boulot, ont fait qu'on a choisi des voies différentes. Il ne s'agit pas de mauvais terme, mais de choses de la vie qui ne nous concernaient plus les trois.
Q : Ca fait un moment qu'on est sur ces projets solo...
R : Tu as pu voir qu'on avait déjà des street albums qui étaient sortis.
Q : Ca fait facilement deux ans, deux ans et demi qu'on est sur ça. Ces morceaux qui datent de ces années se trouvent donc sur les premiers street CD.
F : Dans l'optique de sortir un album, ça fait en effet dans les deux ans. Pour une sortie concrète, même si on n'a pas forcément tenu un planning, ça arrive.
R : Il y a aussi la compile Asphalt Themes qu'on est fier de présenter aux gens, et ça évolue tout le temps. En six mois, il y a forcément des morceaux qui en remplacent d'autres et qui vont se placer sur d'autres projets. Donc c'est clair que les gens disent que ça prend du temps. Mais d'expérience, sortir un album pour qu'il y ait juste ton entourage qui soit au courant, ça ne sert pas à grand chose.


Avant de poursuivre, je voulais savoir d'où provenaient vos pseudos : Quartz, Redbioul, Force-Flavestrada...
F : Flave, c'était mon nom dans DHC... voilà.
Q : Mais explique !
F : Alors on m'a toujours appelé Flave, parce que mon prénom c'est Flavio, comme ça tout le monde le saura (rires) ! Après, en délirant, on a ajouté le "Strada" qui veut dire "rue" en italien.
Q : Parce que t'es rital (rires) !
F : Voilà (rires) ! Le délire Force Quartz on l'a monté en parallèle.
Q : Je me rappelle qu'on avait trouvé le nom sur le parking devant chez mes parents. J'avais déjà trouvé mon blaze. J'ai dû mettre cinq ans à en trouver un qui me corresponde ! Quartz, ça ne voulait pas dire grand chose, mais ça représentait quelque chose pour moi. Je n'ai pas encore trouvé quoi, mais voilà, ça claquait bien ! On avait aussi toute une vibe de supers héros à l'époque, et lui m'a dit "Ouais, je crois que je vais m'appeler Force !". Alors ça donnait Force Quartz, tout simplement.
F : C'était aussi par rapport à tout ce qu'on avait vécu, la "Force". Je voulais aussi changer mon identité par rapport à DHC, mettre les pendules à l'heure, repartir à zéro sur un nouveau projet. Un espèce d'hommage à la complicité que Quartz et moi avons aussi, on se faisait trop de soirées et tout...

On voyait bien ce délire de supers héros sur d'autres couvertures de vos street CD.
F :
Tu vois les trucs à la Dragon Ball Z ? Genre la Fusion, parce qu'on trouvait qu'on fusionnait pas mal ! Je venais vers lui en lui disant que j'avais tel texte ou tel thème, et il arrivait après avec un beat hallucinant, qui collait trop à ce que j'avais écrit.
Q : D'ailleurs, notre album, on a hésité un moment à l'appeler Fusion.
F : Sinon, je voulais avant tout garder le "F" dans mon blaze qui a énormément d'importance pour moi. Et vu que ce n'était pas mon solo mais un projet commun, il fallait quelque chose qui sonnait bien avec "Quartz". Je ne dirais pas que ça sonne vraiment super héros, mais on n'en est pas loin (rires) !
R : Redbioul, c'est pas difficile, c'est un diminutif d'après mon nom de famille...
F : Pour "Red", c'est mieux que ça soit moi qui explique (rires) !
R : Il y a plusieurs explications, car quand je rappais à l'époque...
F : ... Il devenait tout rouge (rires) ! Franchement, c'était la folie ! Vraiment vénère !
R : C'est aussi parce que j'ai un Rap énergique, tu vois pour "Redbull". Il y a plusieurs explications, mais "Bioul" pour le diminutif du nom de famille.

Vous avez parlé de votre rencontre en tant qu'amis, mais comment en êtes-vous concrètement venus au Rap ?
Q : Ca remonte à loin !...
F : Pour moi, ça a commencé au tout début du cycle...
Q : Moi pareil.
R : La même chose.
F : J'écoutais du son comme tout le monde tout en ayant une préférence pour le son américain, et non pas français.
Q : Surtout que là, c'était surtout genre NTM, IAM, Solaar, Assassin...
F : Ca m'a trop capté, j'ai trouvé mon truc dedans. Redbioul, je le connaissais par le biais du basket.

Ah ouais, vous êtes grands les deux...
F :
Ouais (rires) ! Mais lui était plus ancien que moi dans le Rap, je crois même que ça faisait bien une année ou deux de plus que moi. J'allais chez lui, il avait déjà trop d'albums !
R : J'allais les dégotter chez Maniak, car des magasins comme City Disc n'avaient pas tout à l'époque. Maniak, Sounds, un mag dans Maniak... La rue du Stand, vers le Palladium.
F : Il y avait aussi l'autre, à côté de American On Sales.
R : Bernard ?

Slam Jam ?
F : Non non, en bas aux Pâquis t'as genre Jack Cuir, mais oui, il y avait que des vinyles !

Ah oui, y a ces espèces de peintures chelous là...
Q :
Aaaah, le truc de Rock... Matchbox !
Tout le monde : Matchbox, voilà !
R : Avant on allait aussi chez Bernard, il a maintenant un magasin d'habits aux Pâquis.
F : Rock My Soul. Un magasin de disques dans un magasin de fringues.
R : Non, il était à Plainpalais avant, il vendait des CDs d'occasion. Après il a eu son truc dans un magasin de fringues, dans un sous-sol. Vinyles, et tout. Il a arrêté les disques maintenant.
F : Donc pour en revenir à notre sujet, j'ai perdu Bioul de vue mais je savais qu'il était dans le Rap. On a repris contact, il était déjà avec Stil Fada.
R : On était aussi du même quartier avec Force.
F : Du Petit-Sac tous les deux. Je trainais avec d'autres gars et on se voyait moins. Bioul était déjà dans le groupe avec Stil Fada et deux de ses frères. Un jour, y a un de ses frères que j'avais rencontré en soirée qui m'appelle. J'étais pas tout à fait dans le Rap vu que j'étais aussi dans le mix (rires). Donc il m'a appelé et m'a dit qu'ils avaient un concert et m'a proposé de venir.
R : C'était à Sismondi. On avait une chaîne stéréo...
F : Les chansons étaient sur cassettes !

Ah c'est vous qui aviez fait le concert à Sismondi ? Mon frère m'en avait parlé.
F :
On est des vieux de la veille, attention (rires) !
R : Ah, et il en avait pensé quoi ?

Il m'a dit que c'était marrant.
F :
Quand je les ai connus, ils étaient à fond dans le Rap britannique, genre Killa Instinct, Hijack, Gunshot et tout. On a tout de suite accroché et j'ai fait parti de leur crew.
R : Y avait Badra à l'époque...
F : Ouais... On grandissait à mort. On connaissait presque tout le monde, tout le monde nous connaissait mais on n'était pas dans l'optique de sortir un CD. On rappait toute la journée, on sortait le matin et on rentrait le soir !

Et Quartz, comment en es-tu venu au Hip-Hop ?
Q :
La musique, depuis tout gamin, j'ai été plongé dedans avec mon cousin qui écoutait du Hard. C'était franchement un fanatique de musique, il me faisait écouter des morceaux en me disant "Écoute ce mec comme il joue de la basse". Et je kiffais, j'ai commencé là-dedans, du Hard jusqu'à mes sept ans. J'étais skater gamin, et on faisait des sessions où on écoutait toujours du son. Après, les Public Enemy et les Run DMC et tout ont commencé à sortir et j'ai tout de suite accroché. En fait, depuis mes neuf ans, je n'écoutais que ça. Au niveau du temps, quand j'habitais à Nyon, on sortait le soir avec des potes en prenant une box, on écoutait du son, on commençait à kiffer, et j'ai commencé à danser avec des gars sur Nyon. Donc le soir on faisait des chorégraphies en se regardant dans les vitrines des immeubles. Au fur et à mesure, je me suis dit que je kiffais trop tout ce qui était lié au Hip-Hop et me suis dit qu'il fallait que je commence à aller plus loin dans cette zique. Je me suis donc acheté des platines et me suis mis au mix. Avec les potes de l'école, on a fait un petit groupe : deux MCs, un gars qui faisait la prod et moi en tant que DJ. Le producteur se bougeait et allait à Morges où la maison de quartier mettait à disposition un studio pour les jeunes et je l'ai suivi dans son parcours. C'est lui qui m'a appris à faire des sons. Finalement, ce groupe s'est dissout et j'ai continué à produire dans ma chambre, ce qui emmerdait bien ma mère et mes voisins (rires). Avec ceux qui étaient danseurs à l'époque, on s'est rechopé plus tard, on s'était regroupé. Eux étaient devenus des MC et je faisais des sons pour eux. En parallèle, c'est là que j'ai rencontré Force. Je taffais toujours la prod, mais beaucoup en sous-marin, car c'est un peu le problème du musicien : il n'est jamais satisfait de ce qu'il fait.

De l'artiste tout court en fait.
Q :
Exact.
F : C'est aussi ça qui a fait qu'on mettait du temps à sortir des trucs. On aurait voulu faire, et sortir. On aurait pu franchement faire trois albums avec tout ce qu'on avait, mais des morceaux vieillissaient, on se disait qu'on ne pouvait pas les sortir comme ça, on voulait passer à autre chose...
R : C'est comme pour l'album de DHC, album dont je suis fier vu qu'il fait parti de mon parcours ; il est vrai que s'il y avait des choses à refaire, ce n'est pas que je ne les referais pas, mais je les referais différemment. Sortir le projet en groupe était cool, avec de bonnes expériences niveau scènes et tout, mais tu m'avais même dit que tu n'avais pas aimé notre CD à l'époque.

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La période DHC, avec Stil Fada au centre


Parlons-en d'ailleurs de Juskobou qui date de 2004. Maintenant on est en 2007, ça fait trois ans, ce qui peut paraître rien pour certains mais énorme dans le milieu de la musique...
F :  En terme musical, j'ai l'impression que ça fait trente ans !

Album très controversé d'ailleurs. De quelle manière avez-vous évolué depuis cette époque jusqu'à maintenant ?
Q : Je parle pour eux vu que je n'étais pas trop sur le projet à l'époque. Mais je sais qu'ils avaient bossé avec un producteur à l'époque qui leur avait trouvé plein de sons sur le moment et les avait bien inspirés. En tout cas, il était top niveau en matière de beats, il avait son studio, ça pétait... Je sais, selon les dires de Flave, qu'ils écoutaient les sons de ce producteur et s'en prenaient plein la face. Du coup, ils se sont énormément laissés prendre par cette vibe et on choisi du coup des sons qu'ils kiffaient mais ne leur correspondaient pas.
R : C'est ça, exactement.
F : C'est aussi en rapport avec ce que je disais à propos de Sur la Trajectoire. Mais c'était nous à l'époque, c'était des délires de gamins. Franchement, sortir un album à l'époque, on prenait ça pour de la rigolade. On ne pensait pas à vendre des millions, on faisait du Rap, c'est tout. Mais pour en revenir à ce que disait Quartz, dans Juskobou il y a eu une évolution dans nos vies. À la base, Stil Fada bossait les sons, mais on avait peur de servir une pâle copie de ce qu'on avait déjà fait, donc on a cherché d'autres producteurs. Et à l'époque, enfin maintenant aussi, on était des acharnés de la scène. On était plus aussi, c'était plus massif sur scène. Donc on cherchait des sons à pouvoir jouer avant tout en concerts. On était allé voir différents producteurs mais on n'agissait pas comme auparavant en ayant un sujet et en cherchant un son par la suite. Là c'était l'inverse, on écoutait le beat de ce producteur et on se disait que ça allait défoncer sur scène et on écrivait en fonction. En fin de compte, ça fait que tout le monde partait un peu en freestyle, chacun y allait à sa manière. On commençait aussi à avoir nos styles. Il est vrai qu'on est allé assez vite...
R : En terme de contenu, on n'était pas au point non plus. Car un groupe, c'est aussi des concessions. On n'était pas d'accord sur tous les trucs. En me réécoutant, je me dis que j'étais pas au point en terme de Rap.
F : Je crois que tout le monde peut dire ça...
R : Stil Fada était le plus évolué de nous trois dans son flow, il était moins dans la recherche.
F : Il était déjà plus au point.
R : Mais là, quand je me réécoute maintenant !... Putain, mais je suis en dehors des phases, je suis pas dans le flow... Il y avait une piste, un lead et des backs. Maintenant je pose cinq-six pistes, histoire de ramener un petit son tout con quelque part mais qui rend le morceau plus compact. Tu l'apprends en le faisant. Mais on y croyait à cet album, on y avait mis pas mal de temps et d'argent de nos poches. Trop d'argent même, car c'est un album qui a coûté tout de même 30'000 francs...
F : En comptant tout.
R : Clips, promo, pressage... On a fait le mastering sur deux jours à Translab à 250 francs de l'heure ça fait vite cher. C'est pas trop cher comparé à d'autres mais ça monte vite tout de même (rires) ! On a cru à un truc sans être conscient des réalités qui se cachaient derrière. Ca a provoqué une remise en question : pourquoi ça n'a pas joué, etc. Parce qu'il y avait tout de même beaucoup de choses qui étaient justes dans notre manière de faire, il y avait des gens d'un bon niveau qui ont participé au projet, ce qui signifiait tout de même qu'il y avait quelque chose de vrai dans ce qu'on faisait. En terme de contenu musical, là où on était donc dans le faux, je pense qu'on a pas mal corrigé le tir (rires). C'est toi qui est le plus à même de nous le dire par rapport à ce qu'on t'a fait écouter aujourd'hui, vu que nous on aime ce qu'on fait (rires).
F : Il y a un truc, c'est qu'on n'a jamais eu de manager. Je ne dis pas qu'un manager te sauve forcément la mise, mais on était vachement entre nous à l'époque. On n'était pas guidés, on n'avait pas de critiques réellement externes.

Vous étiez dans votre cercle en fait.
F :
Voilà, exactement. Et aussi, pour en venir à dépenser 30'000 balles pour un album... C'est qu'on était trop dans notre cercle comme tu dis, on aurait eu besoin d'être conseillés.
R : Ca avait beau être par petites sommes, mais à coup de mille balles par-ci et mille balles par-là, tu finis avec 10'000 balles par personne.
F : Surtout qu'on n'est pas riche (rires) ! En plus à l'époque, les autres étaient encore étudiants... (À Redbioul) Toi tu l'es toujours (rires) !
R : Oui mais bon, je suis assistant maintenant (rires) !
F : Je taffais déjà, mais c'était pas énorme.
R : Typique, c'était de l'argent investi dans ce projet qui aurait pu servir à autre chose, comme aller en vacances ! C'est une passion, tu ne comptes pas, mais ça peut en arriver à un certain point. Il y a aussi eu des gens qui nous ont donné des critiques, mais on ne leur avait pas donné assez de crédit.
F : C'est aussi parce qu'il y a des avis qui ne se tiennent pas. Je préfère qu'on me dise que c'est bien ou que ce n'est pas bien en argumentant, mais le mec qui te dit que c'est pas mal... Des fois quand t'as affaire à des gens qui te connaissent, ils se forcent à dire que c'est pas mal, mais je préfère une critique négative à la place. Parce que c'est ça qui te fait avancer. Il faut aussi savoir accepter ces critiques sans se focaliser dessus, sans quoi on n'avancerait jamais.
R : Des personnes vont te dire que ça déchire, d'autres vont te dire que c'est nul. Il faut savoir faire la part des choses. Heureusement qu'on évolue toujours. Depuis Juskobou, on a lancé l'optique de faire des connexions. Maintenant ça le fait de plus en plus avec la création de la mixtape, la nouvelle compilation Asphalt Themes. Sur les albums il y a aussi pas mal d'invités qui proviennent de divers endroits. Il y eu aussi pas mal de changements de directions... Stil Fada était vraiment impliqué dans le groupe à l'époque.
F : Juste, il me semble que y a encore pas mal de questions qui vont venir (rires) !
R : ... Stil Fada c'était un peu...

Le macro quoi !
R :
Non (rires) ! C'était le gars central qui produisait les trucs, qui nous tenait au courant des choses. Petit à petit on a pris nos places, ce qui a fini par créer des différences dans le groupe.
F : Par rapport à Bioul et moi, Fada était plus pour un Rap léger et festif, dancefloor. Nous on était un peu plus dans le délire bad et street.
R : Underground.
F : Tu me diras qu'il y a plein de groupes qui fonctionnent en ayant des éléments différents, mais là c'était vraiment dans la manière de penser. Quoiqu'il en soit, le seul truc positif de Juskobou est qu'on a arrêté de bosser enfermés, on est allés trouver beaucoup de gens, ce qui nous a ouverts pas mal de portes. Sinon...
R : Mouais... Y a aussi des bons morceaux, comme celui avec Nega. L'autre jour je rematais le clip, et je suis fier de ce morceau. Mais c'est l'un des plus récents de l'album par exemple. Danse pour Oim, on pourrait le retoucher, il y a du potentiel dedans. Peut-être qu'on ne touchait pas les gens en Suisse avec les morceaux qu'on voulait faire, je ne sais pas.
F : C'était pas notre style, on s'était égarés. Du truc vraiment festif au plus Rap... Les gens n'ont pas dû réussir à nous cerner sur cet album.


"Streez Souldiez"

http://www.impecprod.com/Redbioul/images/street3.jpg

En parlant d'évolution, ça aboutit à Street Souldiez. Qu'est-ce que c'est ?
R :
En fait, ça a abouti pour rechanger de cap (rires) !
F : Ah t'es pas au courant de ce qui s'est passé ?

Si si, mais c'est pour les gens.
F :
Je rigole, je rigole (rires) ! En fait, on est arrivé à un point où...

Attends, il faut que Quartz parle aussi.
F :
Si si, mais il va tout le temps pisser (rires) !
R : Non, mais c'est vrai que...
F : Nan nan, c'est Quartz qui doit parler (rires) !
R : Donc Force avait commencé à bosser avec Quartz et je m'étais mis dans la tête de faire un solo. En voyant les difficultés de sortir un disque, pour la promo et tout, on s'est dit qu'on n'arriverait pas forcément à s'accorder. Par exemple, je ne pourrai pas forcément les aider pour leurs trucs. Ca demande du temps et de l'énergie, comme du temps de Juskobou où j'avais dû faire la promo et tout. Pour Street Soldiez, on s'est dit qu'on pouvait rassembler les forces : Redbioul et Force Quartz, un gars en solo et un groupe, ça fait beaucoup d'informations qu'on va essayer de mettre dans un projet et un nom commun. On a gambergé plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour se mettre d'accord sur un nom.
F : Si on a autant mis de temps à trouver un nom et un concept, c'est parce qu'il y avait un problème à la base. Je parle vraiment de faire passer l'information. Si c'était aussi simple que ça, on aurait trouvé un truc simple dès le départ. On a croché trop de mois pour essayer de se faire comprendre. En plus, c'est moi qui avais lancé l'idée.
R : Je me rappelle que t'étais aussi le moins convaincu de nous trois.
F : C'est vrai qu'au début...
R : Tu as peut-être eu l'idée, mais t'étais pas celui qui y croyait le plus.
F : Je suis revenu sur l'idée en me demandant si les gens allaient comprendre.

C'est vrai que c'est particulier.
F :
Bioul m'a dit que c'était spécial, que pas tout le monde faisait ça, un double CD, etc. Après c'est vrai, Nega a fait un double album, mais il ne s'agit que de Nega seul. Pour nous ça allait plus loin.
R : On a sorti plusieurs CD avant pour préparer l'idée, mais la difficulté est restée avec la sortie du CD démo : nos photos, nos titres...
Q : Il faut aussi dire qu'on a fait ça pour viser les maisons de disque. Le fait de regrouper deux projets, ça permettait de proposer un large éventail de styles. Dans les parties de Force Quartz, il y avait peut-être quelque chose qui nous manquait que l'on pouvait retrouver chez Redbioul, et vice-versa. En terme de communication, c'est super dur à faire passer. Force Quartz, on est entre guillements un groupe. Bioul solo avec 25'000 producteurs différents... difficile à faire passer.
F : Quoiqu'il en soit, on s'est mis dans l'optique d'essayer. Après artistiquement il y a eu d'autres problèmes. Car Quartz et moi bossons chacun de notre côté, Redbioul bosse de son côté, mais sans que cela ne nous empêche de faire des titres ensemble. Mais le problème est allé plus loin : Bioul avait une constance de travail différente de la nôtre, il prenait les devants niveau biz, on avait du retard... Des choses ont commencé à partir en tension même si on ne voulait pas se l'avouer au début. À force de ne pas se l'admettre, ça a pété. Enfin pété, disons que c'est allé trop loin. On s'est admis que c'était trop difficile à faire passer. Mieux vaut être poto, faire des trucs en parallèle, mais à son rythme et avec tout le respect qu'il peut y avoir. Une cohésion qui ne marchait pas en fait.
Q : Ca permet vraiment à chacun de s'affirmer dans son projet, d'aller jusqu'au fond. Le regroupement, c'est pour agir de concert mais c'est autre chose quand tu veux réfléchir à un visuel, à un concept. Redbioul avait déjà son idée d'album, nous aussi, et chacun va pouvoir s'épanouir dedans du mieux qu'il le peut.
F : Perso, peut-être que Bioul a un autre avis, à partir du moment où on a pris ce choix, c'est comme un poids en moins. Avec Quartz on a avancé hyper vite ces derniers temps...
R : Sérieux (rires) ?
F : Mais franchement, on s'est mis des délais qu'on a tenu. Avant, c'était pas que de la pression, mais un drôle de sentiment. Ca va mieux maintenant.
Q : Mais Bioul reste cent fois plus carré par rapport à nous... On manque de temps, c'est ça le problème.
R : Ce qui fait que les gens entendent peut-être plus parler de moi, mais les choses tournent aussi pour les deux. Quartz a fait une prod' pour Roccobelly qui tourne sur la radio (NB : Roccobelly Dance sur Couleur 3). L'écart est peut-être dû au fait que je me bougeais beaucoup pour la promo.
F : C'est admirable ce qu'il fait, moi je ne pourrais pas le faire (rires) !
Q : En gros, c'est lui qui faisait notre boulot de management. Connecter les gens, etc.
F : Quartz et moi, on fignole les morceaux, on fait de la zique, de la zique... Mais Bioul arrive aussi à faire ça en plus !
R : Être artiste dans le projet mais agir en plus en tant que manager... T'es humain, si t'as un problème sur un point ça va forcément avoir de plus lourdes répercussions.
F : T'es pas humain, t'es un robot (rires) !
R : Z6PO (rires) !


Dans le cheminement que vous suivez chacun de votre côté, il y a tout de même une belle actualité : la compilation allemande Chevy Metal, la prod de Quartz pour Robert Roccobelly, les collabos avec l'australien Rootsword... Comment êtes-vous rentrés en connexion avec autant de personnes ?

Q : Vive MySpace !
R : Chevy Metal ça vient de moi car j'étais allé au Splash Festival deux années de suite. C'était la galère, il a plu à fond, la mousson, alors que les autres années il y avait trop de soleil. C'était la guerre de Viêtnam (rires) ! J'y suis donc allé vu que je m'étais fait des contacts à l'époque sur le morceau des Bauers avec pour optique de faire de la promo. J'ai rencontré Mr.Beakz, le responsable derrière Chevy Metal, qui y avait un stand d'habits. Je lui ai donné un CD, et on a gardé le contact via MySpace et téléphone. Lui et ses gars kiffaient ce qu'on faisait et ils nous ont invité sur leur album. On a fait Asphalt Ryderz sur une prod à Quartz. Dessus est venu se greffer un gars de Cologne, Def Benski, du groupe Die Firma, qui sont chez Sony BMG. Ils ont vendu genre 700'000 albums sur toute leur carrière. Jay-Z a fait un remix de son morceau 99 Problems
du Black Album avec l'un des gars du groupe. C'est marrant, il a entendu le morceau à l'époque en disant "Ouais, y a moyen de faire un remix avec moi ?". Et les contacts avec ses potes se sont faits comme ça. Ils m'ont passé une prod sur laquelle j'ai posé, deux morceaux sur Chevy Metal : l'un de Force Quartz avec Def Benski et l'autre de moi avec une chanteuse du nom d'Adulis qui sera aussi sur mon album, et un gars qui s'appelle Plus. Y avait quoi d'autre ?
Q : C'était déjà quoi la question ?
R : Rootwords c'était par MySpace, dans l'optique de la compile Asphalt Themes et dans l'optique autrefois développée avec Juskobou, et Stil Fada et Intersquad. J'ai voulu élargir, aller plus loin et ai rencontré des gens qui étaient intéressés et voulaient bosser avec moi. Là ça se fait avec des gens motivés qui ont autant envie que nous de collaborer et de bien bosser.

Je me rappelle avoir été à la Fnac où le CD de Robert Roccobelly était en libre écoute car son Roccobelly Dance était sur une playlist Couleur 3. En écoutant le morceau, j'entends le nom de Quartz...
Q :
J'ai rencontré Roccobelly lors de l'enregistrement d'Asphalt Themes. Je crois que c'était Bioul qui avait invité Sisma pour poser et lui avait dit qu'il pouvait venir avec des gars à lui. Donc il s'est pointé avec ses gens, dont Roccobelly, NY et Ketak de Sick Swan. On a posé le track et tout, et style un mois plus tard il m'appelle en me disant qu'il n'était pas satisfait du truc et qu'il allait revenir. Une fois sur Genève, il repose le track pour Asphalt et me demande si j'ai pas un son pour son album à lui faire écouter. J'en choisis un en lui disant qu'il est assez spécial et il croche direct. Il me dit tout de suite : "On va faire la Roccobelly Dance !", je suis allé acheter deux-trois bières à la Coop et il a écrit son track en genre une heure de temps. On a fait ça un peu à l'arrache, mais il a réussi en fin de compte à greffer ce dernier morceau sur son album. Et vu que Roccobelly connaît l'un des gars qui se charge des diffusions sur Couleur 3, il leur a passé son album. Ils ont finalement choisi le morceau qu'ils kiffaient dans Repérages, la Roccobelly Dance. Donc voilà comment ça s'est fait.


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Samedi 17 novembre 2007
- Publié dans : INTERVIEWS
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Redbioul - Mon Combat

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Jusqu'à maintenant, on a surtout parlé de la cohésion artistique commune que vous avez eu jusqu'à maintenant. Mais avec la fin de Street Souldiez, on assiste à l'amorce des véritables cheminements solo. On commence avec Mon Combat de Redbioul qui arrive incessamment sous peu, non ?
R :
Il est plus ou moins prêt. Juste retoucher deux-trois morceaux que j'ai fait avec Quartz qui datent un peu, dont un qui est très personnel que j'ai fait pour mon père. Mon Combat me représente vraiment bien, c'est un morceau qui représente ce que je veux faire dans cette musique, où j'y mets mes tripes. Ca fait depuis un moment que ce morceau me parle, c'est même mon morceau préféré. En terme de l'ensemble et du rendu j'en suis très satisfait. Mon Combat, ça peut être pris dans plusieurs sens : tu vois la couverture avec des gants de boxe, un Rap avec beaucoup de punchlines, Redbioul pour le Rap énergique... Le Rap c'est un combat dans lequel tu dois tout livrer et c'est aux gens de juger ce que tu as fait. Ca peut aussi être retranscrit à la vie en générale, dans tout ce que tu fais dans ta vie personnelle, dans le sport, la musique bien évidemment. Mon Combat n'est pas à prendre au sens agressif et violent du terme, c'est plutôt une violence dirigée contre soi pour aller au bout de soi-même.

Tu m'as dit que tu produisais déjà par le passé, mais il semblerait que tu es retombé définitivement dedans.
R :
En effet, la prod je la fais quasiment à moitié-moitié avec le Rap. Ca me permet d'être large, dans le sens où quand je ne suis pas particulièrement inspiré pour écrire, je vais produire histoire de rester opérationnel. Soit je produis, soit je rappe, soit je vais faire un design. Comme je change souvent de catégories, ça me permet d'être toujours productif dans quelque chose.

T'arriverais à dire si le Rap ou la production est ton domaine de prédilection ?
R :
Non... franchement c'est les deux... Mais je suis plus à l'aise dans le Rap dans le sens où j'ai déjà une idée du rendu d'un texte quand je l'écris. Je sais à quoi m'attendre et je sens à quoi ça va ressembler. C'est l'expérience et le temps qui font ça. Des fois je me mets derrière le clavier et je vais sortir des choses qui ne vont pas me plaire. Pour le Rap, je sais si ça va être à ma convenance ou non. Pour le son, je vais écouter le tout et effacer ou ne pas garder l'instru s'il ne me plaît pas. En gros, je suis toujours plus à l'aise derrière un micro vu que je rappe depuis plus longtemps que je ne produis. Dix ans de MCing, et la prod ça fait depuis à peine un an et quelques que j'ai repris.

Musicalement, d'après ce que j'ai entendu, c'est très guerrier, très... facho !
F :
Ah mais c'est exactement ça, ça lui va bien (rires) !
R : Disons que c'est un style énergétique qui me plaît bien et me correspond bien... Le style du viking (rires) !

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On peut s'attendre à quoi au niveau des collaborations sur ton album ?
R :
Baron Faty des Boogotop, des suisses allemands et des allemands, Rootwords qui est un peu international... MLB, l'un des premiers ricains avec qui j'ai fait un morceau dont je suis bien fier et qui colle bien au délire de l'album même s'il était déjà sorti sur un autre projet. Il y a aussi des gens avec lesquels j'ai collaboré depuis un certain temps : Pouney à la prod, Quartz aussi, obligé. Force sur le morceau avec Baron Faty... On avait fait plus de tracks, mais ils sont sortis sur des street albums. Je pense qu'avoir au moins un morceau en commun c'est indispensable, les gens vont croire qu'on n'est plus du tout ensemble sinon (rires) ! Donc Force Quartz sont sur un morceau de mon album, et je serai sur l'un de leurs morceaux.

Et c'est pour quand la sortie au fait ?
R :
Y a pas de date... Idéalement le plus vite possible, la pochette est prête, mais comme je l'ai dit avant, une distrib' ici, y a personne qui met de la thune derrière... Donc ton projet risque de ne pas aller très loin. Il faudrait faire le plus grand buzz possible dans la street, mais c'est pas à Genève qu'on va t'acheter le plus de CD. Les suisses allemands sont plus ouverts avec les artistes provenant de l'extérieur, mais ils ne vont pas s'intéresser s'ils ne connaissent pas ton nom. C'est pas facile, surtout que tout le monde rappe un peu partout maintenant. Il faut vraiment avoir une bonne structure derrière qui te pousse même si je fais en sorte de faire le plus de démarches possibles et inimaginables pour ma promo, mais il y a une limite à ça. Avec 200'000 balles pour la promo, c'est clair que ça aide plus un gars qui à zéro franc à investir. Là, c'est purement du bizness. Ce n'est pas le but, j'ai trente ans, je fais ça pour la plaisir, mais si je sors un projet je veux que ça se fasse bien. Autrement je distribuerais le tout via téléchargement, sur mixtape, sur Datpiff ou un truc comme ça.

Avec ces mixtapes, on voit aussi qu'il y a cette brèche avec le mouvement Euro Streetz qui est affilié au DipSet Taliban. Ca se passe comment avec eux ?
R :
C'est parti du morceau que j'avais fait avec MLB (NB : Ups 'N Downs), qui l'a passé à DJ Pimp qui est en France et qui l'a mis sur l'une de ses mixtapes. C'est avant tout des gens que j'ai rencontré via MySpace ou des connexions intermédiaires, dans l'optique d'ouvrir les choses. De fil en aiguille t'en connais un qui en connaît un autre qui a aussi bossé avec par le biais de MySpace. Participer à un projet t'ouvre une nouvelle porte en fin de compte. Alors Pimp avait une mailing list et j'ai envoyé un mot alors que je faisais de la pub pour Chevy Metal. Prince Negaafellaga m'a accosté en me disant que c'était du bon et qu'il fallait collaborer un de ces quatre. Le jour même je le recontacte en lui proposant de le faire tout de suite. On a fait un morceau qu'il a mis sur sa mixtape, Pimp a kiffé le morceau fait avec MLB et m'a passé une prod qu'il avait faite lui-même et j'ai posé pour lui, ce qui a permis la collaboration. C'est du donnant-donnant : je fais de la promo pour eux, je leur passe un beat, il n'y a pas d'histoires d'argent. Ca s'accélère vraiment en ce moment, je suis assez surpris de la vitesse que ça prend. J'avais passé des prods à MLB et il a fait poser son crew dessus. C'est pour le moment des morceaux qui sont gratuits sur le Net, mais ça pourrait aller plus loin aussi.


Force Quartz - Destinée



On va passer à Force Quartz en revenant sur votre délire du parking des parents de Quartz. Un MC et un producteur un peu à la manière de GangStarr, c'est assez rare tout de même. Comment fonctionne l'osmose, l'alchimie entre vous deux ? C'est Force qui vient avec un thème ou c'est Quartz qui soumet des instrus ?
F : En fait, c'est un peu les deux. Avant je venais avec un texte et lui avait un son, et ça collait ou ça ne collait pas.
Q : Souvent, c'est que Force abordait un thème, une ligne directrice, et j'essayais de taffer de mon côté. Après, quand on se revoyait, il me disait si ce que j'avais composé lui correspondait et il écrivait ensuite directement son texte.
F : Ce qui est marrant, c'est que Quartz dit que j'arrivais avec un thème, mais la plupart du temps on trouvait le thème ensemble. Comme on l'a dit avant, Quartz écoutait du Rock à l'époque...
Q : ... Du Rock (rires) !... Je suis cramé !
F : Avant d'être surtout collé au Rap, il avait cette ouverture sur d'autres styles comme le Rock, et je suis aussi ouvert à tout même si j'ai été avant tout collé au Rap.
Q : Il faut dire qu'on fait avant tout de la musique.
F : Il samplait, il prenait franchement n'importe quoi. On écoutait après les trucs chez lui, mais franchement des trucs violents, aussi bien français que jazz... on ne savait parfois même pas ce que c'était ! Il s'en foutait, il piochait dans tous les horizons musicaux possibles. Donc on passe pas mal par ça, par cette ouverture d'esprit même si on aime les trucs vachement street. Tu vois, il y avait l'entente musicale d'une part mais également l'entente au niveau des sujets. Quartz bossait dessus et j'attendais la plupart du temps que le son sorte.
R : Des sons un peu facho quoi (rires) !
F : C'est toi le facho je te rappelle (rires) !
R : On est extrêmistes : DipSet Taliban (rires) !

D'un côté on a le Rap et le style plus durs de Redbioul et de l'autre l'écriture plus introspective et personnelle de Force...
R :
Je suis plus punchlines et techniques. Mais Force peut le faire aussi.
Q : En fait, ça suit l'optique de l'album. On s'est dit qu'on allait faire un album avant tout en rapport avec les sentiments. Tu écoutes un track, tu sens déjà la vibe dans laquelle on va se lancer, que ça soit triste, nostalgique, festif, sincère, etc. C'est ce qu'on a voulu faire ressortir. Je ne dis pas que le style de Bioul n'est pas sincère, mais il a son côté facho avant tout (rires) !
R : Ah mais ça y est (rires) !
Q : La ligne directrice de l'album c'était vraiment ça : les sentiments.
F : Il y a aussi une période durant laquelle Quartz et moi avons tellement traîné ensemble qu'il y avait des vibes qui nous ressemblaient vachement, aussi bien bonnes que mauvaises, et on les a partagées ensemble. On se comprenait vachement, car il savait que je parlais de telle histoire comme je ressentais ce qu'il exprimait en musique.

L'alchimie, vraiment.
R :
Alchemist (rires) !
F : J'aime les textes sincères, ce que je n'avais pas pu faire dans Juskobou. Dans un groupe surtout, c'est souvent un couplet chacun. On apporte tous notre façon de penser. C'est bien, mais tu ne peux pas aller jusqu'au bout.
R : D'où le titre Juskbou aussi d'ailleurs.
F : C'est en effet aussi sorti de ça. Pour le projet Force Quartz, je peux donc me pencher sur un sujet en long et en large.

Quartz, tu bosses avec quoi ?
F :
Un piano bar (rires) !
Q : Ouais, un piano bar (rires) !
F : De six à neuf, à l'Aiglon (rires) !
Q : Bon, on parle de matos là... J'ai un petit studio chez moi, donc c'est Cubase, Triton, Akai 3000, deux-trois modules de son et une bonne inspiration quand elle est là.

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L'inspiration grâce à Force d'une part, non ?
Q :
Oui clair, mais pas forcément vu que je collabore avec pas mal de gars extérieurs. Donc je peux prendre une boucle, un loop, et tafer le beat par dessus. Et après je propose, j'essaye de cerner les personnes quand je leur propose des sons. Après, Force passera toujours en priorité, mais je cherche aussi à m'élargir. Il y a la mixtape de Vincz Lee qui va sortir, l'album de Macaulay... C'est au feeling. J'aime bien bosser avec des gars que je connais un tant soi peu, comme ça je sais dans quelle direction ils veulent aller, trouver des beats qui leur correspondent.

J'ai pu entendre quelques extraits de l'album de Force Quartz, mais vous n'avez pas encore trouvé de nom il me semble.
Q :
On va l'appeler Destinée je pense.
F : C'est un titre qu'on a trouvé trop trop longtemps en arrière. Quartz te dira son optique, mais ça concerne le fait que notre amitié s'est faite en fonction de nos points communs dont la zique. La Destinée, c'est une suite d'événements qui fait que cet album doit sortir. Il y avait une période durant laquelle on a dû se réadapter : Quartz a changé de matériel, je me suis pris la tête sur des textes... Toute cette énergie dégagée devait au final donner naissance à quelque chose.
Q : Mon avis rejoint ce qu'il a dit. Pour nous, c'était écrit, obligé qu'on fasse un album, qu'on aborde tous ces thèmes, qu'on ait les mêmes points communs... Je te l'ai dit avant, mais on est avant tout des amoureux de musique. Le Rap, c'est quelque chose, mais on peut kiffer sur n'importe quoi ensemble. C'était donc une évidence qu'on se rejoigne là-dessus et qu'on fasse quelque chose de concret. La Destinée, c'est aussi une chose à laquelle je crois une chiée. Les bonnes et les mauvaises choses qui t'arrivent dans la vie ne sont pas là pour rien, il faut savoir en tirer des leçons et en faire quelque chose de positif. Comme cet album.
F : Pour parler de notre amour de la musique, il y a ce titre sur un des street albums Fallait pas nous Inviter. Ca commence avec un morceau de Kiss, on voulait marquer une ambiance du style on s'invitait chez quelqu'un.
Q : C'est pas par hasard qu'on a mis Kiss.

C'est juste, Quartz est un ancien hardos.
F :
Mais même pas (rires) !
Q : C'est un morceau qu'on kiffait les deux (rires).
F : Tu vois ces gars qui te disent "J'ai été élevé dans la Soul music" et tout ? Mais ça c'est du baratin. On a écouté de ces trucs avant...

Comme de la Dance et les boys band !
R :
Clair (rires) !
F : Genre les Hit Machines et tout là (rires) ! Kiss, je sais plus où on était quand je l'ai réentendu. Au départ, ça me parlait pas spécialement, mais en le mettant au début du morceau je me suis juste dit : "Clair !". La zique c'est de la zique, tu prends une boucle qui peut provenir d'un truc dégueux à la base. On n'allait pas forcément sampler des groupes qu'on écoutait gamins...
Q : Tears for Fears.
F : Voilà ! Mais tu les écoutes, c'est monstre fat. Mais faudra juste pas marquer qu'on est des fans de Rock (rires) !


Asphalt Themes



Déjà, qu'est-ce qui s'est passé avec Nplayz, le troisième producteur affilié à la compilation Asphalt Themes ?
R :
Chais pas.
F : Justement, Quartz et Bioul le cherchent encore (rires) !
R : En gros, il a dû arrêter...

Tu m'avais dit qu'il avait signé quelque part, non ?
R :
Il avait signé, après il m'a dit qu'il voulait arrêter la musique. Je ne sais pas trop ce qu'il en est finalement.

Comment l'idée est partie en fait ?
R :
À la base, on avait fait un morceau avec Nplayz pour notre street album et il m'a raconté qu'il travaillait avec NazB et je lui ai dit que je le connaissais. On est parti dans le délire de faire une compilation avec des prods à nous. Il amenait des gars, j'amenais des gars... Puis j'ai greffé Quartz et ça devait débuter avec un taf fait à trois.
Q : En fait, c'est depuis que je me suis greffé qu'il est parti : je l'ai trop impressionné (rires) !
R : On faisait des sessions MSN les trois ensemble, et on lui a présenté genre vingt titres. Lui il devait en être à un et demi... Il m'a dit par la suite qu'il avait d'autres morceaux, qu'il allait me les envoyer... C'est un peu parti comme ça. On s'est alors dit avec Quartz qu'on avait bien assez de morceaux, que c'était bien assez solide, et qu'on allait sortir le compile les deux.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette perspective internationale ?
R :
On avait beaucoup de connexions, plein de morceaux à faire, et Quartz avait aussi des gens de son côté qu'il avait envie de faire poser.
Q : Surtout un échange de connexions. Bioul ou Nplayz pouvaient proposer des types, moi également, c'était l'idéal afin d'avoir un plus grand choix. Nplayz devait ramener plein de ricains comme des Young Buck.
R : Il y aura peut-être Juxx Diamond que je vais rajouter, mais c'est surtout européen. Il y a tout de même cinq-six langues différentes sur ce projet. Il y aura peut-être un volume deux qui sortira un jour, il faut déjà qu'on sorte bien ce volume un (rires). Mais il va sortir, on a fait l'écoute avec toi tout à l'heure. Il y a des prods de Quartz ou de moi, mais je trouve que les morceaux se suivent bien. Il y a un bon potentiel. Je pense que ça va sortir sur Internet, pas forcément sur support CD. Si on en vend 50'000 sur Internet en trois mois, on pensera au CD. En attendant, on ne va pas mettre 30'000 balles dedans sans savoir ce qui nous attend.
F : Ca se passera peut-être comme avec Koxie (rires) !

Mis à part ça, elle a commencé sa carrière avec Baron Faty...
F :
Mais c'est pas Baron Faty dans le clip ? Je te jure qu'il lui ressemble !
Q : Peut-être que c'est lui...
F : Il lui ressemble à mort ! (À Redbioul) T'as jamais vu le clip de Koxie ?
R : Ah non...
F : Je te jure que le gars dedans ressemble à Baron Faty.

Sinon, est-ce que vous avez procédé à un tri en particulier pour le choix des artistes ?
R :
Non, on a contacté les gens pour avoir un choix large. Au final, s'ils étaient bons, on gardait les tracks.
Q : Je me rappelle plus de la question...
R : Si on a procédé à un tri pour le choix des artistes.
Q : Ah ok.
R : Au début, on n'avait pas autant de connexions que maintenant donc on a un peu lancé des gens qu'on ne connaissait pas forcément. Deams d'Hollande, j'avais entendu sur le Net ce qu'il avait fait et j'avais bien kiffé, donc on l'a lancé.
F : Qui c'est Deams ? C'est la marque de collant ?...

...
R :
Il est affilié de loin à la GangStarr Foundation.
Q : C'est la première vraie signature européenne.
R : Il est bien bien connu en Hollande. Pour certains là-bas, c'est la super star d'Amsterdam, le gars qui a lancé des trucs. Gros respect pour lui. The Amsterdam Ambassador.
Q : Le truc hallucinant, c'est qu'on a proposé à ce genre de personnes, mais on a aussi démarché des gars de la région. Sur Genève on s'est pratiquement cassé la gueule partout. "Nous on est sur nos trucs, faut qu'on finalise tel projet...". Mais en gros c'est des excuses bidons pour ne pas collaborer avec nous. Sur Lausanne je ne dis pas, super ouverts, ils sont passés au studio, ils ont posé... Tandis qu'à Genève, le mouvement c'est autre chose.

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À quoi cela est dû vous pensez ?
Q :
Les gars ne veulent pas se mélanger entre guillemets : ils ont leurs crews depuis super longtemps, il pensent se suffire à eux-mêmes.
F : Sur Genève, tout le monde connaît tout le monde. On sait tout sur les autres, mais on n'a pas envie de se rapprocher. Il faudrait qu'à Genève il y ait un gars qui parvienne à mixer tout le monde.
R : C'est dingue, sur Genève on a quasiment personne pour la compile.
F : Mis à part ça les gars, faut que je me channe !...
R : Il y avait Force, moi, O.D. et Nega. Après j'ai réussi à caser des morceaux de J.A.X. et de Wicked. Il y aurait dû avoir Nyd (NB : du Terrorime Mouvement). On aura réussi à démarcher quelques gars de Genève, mais c'était clairement pas les plus faciles à avoir (rires). Disons que ça ne s'est pas fait le plus rapidement. On avait des gars de Suède et de Hollande bien avant les gens de Genève.

Paradoxalement, ça a été l'une des plus grosses difficultés pour cette compile.
Q :
Pourtant, on serait fier de faire poser des gens de chez nous, que ce soit pour la promo, se mélanger, se connecter musicalement. Et c'est là que ça pêche.
R : Surtout qu'à Genève on se connaît tous.
Q : De vue du moins.
R : Ouais, de vue. Il ne faut pas stigmatiser là-dessus dans l'interview en disant que Genève c'est la dèche, ça tient simplement au fait qu'on aurait voulu plus de gars de Genève et qu'on n'en a pas plus que ça, même si on est international au final.
Q : Ce n'était pas le but d'avoir forcément des gars de Genève, mais c'est une opportunité qui est passée en fait. C'est dommage.

Pour poursuivre là-dessus, en parlant du Rap genevois et par extension du Rap suisse, quelle est votre vision à ce propos ?
Q :
Il y a une pétée de talents et de niveaux, ça y a pas à chier. Partout il y a trop de groupes, de MC, de producteurs. Après, c'est comme on a dit tout à l'heure : la difficulté n'est pas de poser sur un album ou une mixtape, mais faire en sorte que ça aille plus loin, que les sorties se trouvent concrétement dans les bacs, qu'il y ait des tournées, des concerts et de la reconnaissance. Malheureusement c'est là que ça pêche, mais ça viendra avec le temps. Les gens ne se rendent pas souvent compte de tout le boulot qu'il peut y avoir au niveau de la promo, qui est en fin de compte le plus gros morceau on va dire.
F : Je suis navré de pas pouvoir continuer l'interview, mais là faut vraiment que je me bouge !
Q : Flavio est venu à 14h30, et est parti à 17h (rires) !
R : Avant que tu partes Force, qu'est-ce que tu penses d'Asphalt ?
F : C'est... C'est de la merde (rires) !
R : Et il est dessus (rires)...
Q : En effet (rires)...


C'est vrai que Force n'a pas dit grand chose concernant Asphalt Themes.
F :
Vu que Quartz fait les sons et qu'on fonctionne un peu au 50/50, il m'a proposé un son pour représenter Force Quartz. Après, Redbioul qui a fait pas mal de prods aussi m'en a fait écouter plusieurs, et j'en ai choisi une ou deux par la suite. Ca fait un peu prétentieux de poser deux fois sur une compile, mais l'un des morceaux est en rapport avec le groupe Force Quartz et l'autre est fait en solo.
R : Tu devais même en avoir un troisième sur un morceau de Nplayz et moi.

Et pour l'avenir, qu'est-ce qui va se passer ?
F :
C'est niqué (rires) !
Q : Pleins aux as !
F : Musicalement, qu'un max de monde puisse écouter ce qu'on a fait. Car comme l'a dit Redbioul, on ne fait pas de la musique pour trois personnes. Le but serait d'aller plus loin, mais pas au niveau du fric, que les gens écoutent. Ca fait depuis dix ans qu'on fait du Rap sur Genève, et il y a toujours des gens d'ici qui ne savent pas qu'on fait du son ici.
R : Bientôt quinze ans même.
F : On a vraiment retenu nos trucs, mais là on a juste envie de lâcher le tout. Si on arrive à rentrer dans nos frais, ça serait bien aussi. Bon allez, à plus (rires) !

Force s'en va...


Après le monologue de Force, est-ce que vous avez quelque chose à rajouter ?

R : Je ne sais pas, que pourrait-on rajouter ? J'espère que ce projet, qui se sert de la nouvelle technologie vu qu'on le sort via Internet, fonctionnera un minimum. J'espère aussi que ce n'est pas parce qu'il ne sort pas sur CD que les gens ne vont pas lui donner l'attention qu'il mérite. À mon avis, tu as entendu les morceaux, je pense qu'il y a de quoi intéresser les auditeurs et faire en sorte qu'ils l'écoutent. Sur le site web (www.impecprod.com), on va mettre des extraits de tous les morceaux afin que les gens se fassent une idée du tout. Ce projet a un bon potentiel.
Q : Si ça marche, pourquoi ne pas envisager la sortie sur CD ? C'est une autre possibilité aussi.
R : Idéalement, on fera un volume deux avec de nouvelles personnes à mettre dessus tout en restant dans la même optique. Car le but n'est pas de faire poser un gars qu'on ne connaît pas, c'est cool de les connaître directement même si on ne les connaît pas en personne. Il s'agit vraiment de proposer des morceaux inédits, mis à part un remix que j'ai fait.

Un petit mot pour terminer ?
Q : Restez connectés, car il y a plein de trucs qui vont sortir et qui vont faire très mal.
R : Il faut continuer sur ça. Là tu as entendu cinquante morceaux. Potentiellement, il y a encore des trucs qui vont sortir derrière, ce n'est que le début. Il y a même des projets qui ne vont jamais sortir (rires).
Q : Maintenant je commence à produire également pour différents artistes, donc des prods de Quartz vont se retrouvées éparpillées à gauche-à droite et ça va faire mal...

Merci bien les gars, et bonne chance pour la suite !



>>Compilation internationale Asphalt Themes disponible maintenant en direct DL via les liens de Redbioul et Force Quartz.<<



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--> Lire la chronique du "Street Album"

Site ImpecProd
MySpace Redbioul
MySpace Force
MySpace Quartz
MySpace Asphalt Themes



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Mercredi 25 avril 2007
- Publié dans : INTERVIEWS
Sur le terrain

http://blpwebzine.blogs.com/photos/freemen/discussion.jpg


Bien qu'étant de simples journalistes amateurs, mes collègues et moi-même prenons très au sérieux les quelques rencontres faites avec des rappeurs de Genève. En plus des chroniques, le fait de laisser parler nos artistes locaux leur permet de s'exprimer librement durant un peu plus d'une heure sur des sujets et autres, et pour bien évidemment faire de la promotion. Et surtout, il s'agit de donner lieu à de véritables contacts au niveau humain dans une ère où MySpace prend le pas sur toute autre forme de communication.


Basengo 2006 (Slam)img528/8966/aiglesp3bn2.jpg
Hold 'Em Records 2004 img528/8966/aiglesp3bn2.jpg
J.A.X. 2007img528/8966/aiglesp3bn2.jpg
Redbioul // Force Quartz - Interview 2007 (1ère partie)img528/8966/aiglesp3bn2.jpg
Redbioul // Force Quartz - Interview 2007 (2ème partie)img528/8966/aiglesp3bn2.jpg
Roi Heenok
Shaka 2005img528/8966/aiglesp3bn2.jpg
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Mardi 24 avril 2007
- Publié dans : INTERVIEWS
ROI HEENOK : l'interview que tu veux dans Holla Back !

Il est étonnant de voir à quel point la voix du prophète parvient à se faire entendre outre-mer, c'est-à-dire au delà de sa ville qu'est Montréal. Saluons la démarche de Romain Cazal qui a eu la chance de questionner le Roi, et ainsi tâter de plus près le meilleur fournisseur de Crack Musique après Juelz Santana pour un cours en direct live de phraséologie heenokienne. Le maître du rap mongol parle : mettez vos cerveaux en veille.

Textes : Romain Cazal


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Romain : Alors on va commencer, peux-tu te présenter pour celles et ceux qui te connaissent pas ?

Roi Heenok : Bon okay, Roi Heenok, je représente la Rive Sud, et je représente le collectif Gangster & Gentleman.

R : C’est un collectif de rappeurs issus du Québec, dont on entend beaucoup parler ces derniers temps… Est-ce que tu t’attendais à une telle explosion ?
RH : Oui, car je savais que les gens ont besoin de cette merde, ils ont besoin d’une drogue qui est équivalente à la drogue américaine qu’ils consomment, quoi. Alors je savais que les réactions seraient… Les réactions sont calculées, islamiquement quoi.

On t’entend beaucoup parler d’Islam, quelle est ta religion ?
Ma religion, je n’ai pas vraiment de religion. Moi, j’apprends tout quoi, j’ai un sens large. Un peu de chaque merde donne une merde un peu plus rythmée. Alors j’suis d’accord avec toutes les merdes sans vraiment faire de fanatisme.

Tu prends le meilleur de chaque ?
Humm oui… De Georges Bush à Jacques Chirac, je kiffe quoi. Faut pas que tu mélanges, c’est pas que je les kiffe quoi, mais je kiffe leur mise en marché. C’est du bizness, hein ?

Tu prends le meilleur de chaque et tu t’en sers…
Exactement.

On va parler de ta musique, parce que c’est vraiment original.
J’ai fait plus de dix ans de ma vie dans les rues du Queens, alors c’est sûr que j’apporte une saveur américaine à ma merde. Mais c’est plus une question d’appartenance à la rue, c’est plus ce que j’essaye d’éveiller. J’essaye de faire que tu sois à fond sur mon genre de merde, quoi !

Est-ce que tu calcules ton langage, tes paroles ?
Je calcule l’intensité du son sur ton être. Et sur ton esprit. Je sais que mon son va donner aux jeunes, aux lascars, et à tous ceux qui sont à fond sur cette merde. C’est une sorte de drogue pour eux ! Mais rien n’est calculé dans le sens qu’à chaque fois que je parle, il faut que je me force, que je prenne le temps. Il faut respecter les gens que tu sers, quoi. Y a beaucoup de mots que je dis, je ne savais point que ça deviendrait autant une mode, autant un style de vie.

En fait, tu réapprends le français grâce au rap que tu fais ?
Ouais ouais, exactement.

On sait que c’est toi qui produis tes propres sons. Est-ce que tu samples ? Ca vient d’où ?
Je précise que je ne prends aucun échantillon. Tous mes sons sont composés vraiment. À l’aide de keyboard, quoi. Je reproduis souvent une saveur exclusive. Une sorte de sentiment que tu as lorsque tu prends de vieux trucs. Je compose tout, mais à l’exception, je vais prendre quelques sons arabes… Dans son originalité, sans le changer quoi. C’est plus pour une communication spéciale que j’ai avec certains gens lorsque je vais prendre de la musique arabe ou quoi. Mais vraiment, je joue tout dans le reste des sons. Et pourtant, les gens jurent que ce sont des échantillons.

Et quelles sont tes influences ?
J’aime vraiment le rap de l’est. Le rap de New York, t’entends ?! Je suis influencé par l’ancienne école : Big Daddy Kane, Biz Markie… Les gens qui ont fait les sons de 1983 à 1995. C’est vraiment une époque dans ce rap de merde où j’ai eu une inspiration à son meilleure, quoi.

Beaucoup de gens te trouvent original comme Serge Gainsbourg ou bien Renaud à une certaine époque. Est-ce que tu les connais, qu’est-ce que t’en penses ?
C’est des artistes que je connais à cause de ma mère. Parce que j’étais jeune, c’était un peu dans l’entourage, mais moi je suis sûr que ça va être encore pire que ça. Moi, je me considère vraiment comme une merde qui va changer tout, qui va foutre le bordel à fond. Mais si les gens me comparent à des gros chats, des grosses têtes comme ça, ça me charme. Mais c’est pas vraiment l’objectif, t’entends ?!

On va aborder des sujets un peu plus people, là. On te voit souvent dans tes vidéos avec de grosses voitures. Est-ce que tu peux nous dire ce que le Roi Heenok conduit en ce moment ?
Je conduis une Berline allemande, une BM quoi. Mais on va bientôt s’acheter quelque chose d’italien, quoi. Je mise pour une Beretta et une Modena, quoi. Ce genre de merde coûte beaucoup d’oseille, alors ce genre de merde… J’attaque quoi !

Des rumeurs disent que tu as été millionnaire avant vingt ans… Est-ce que c’est vrai et financièrement, où en est le roi aujourd’hui ?
Je survis, mais j’ai lâché la rue depuis 2000. Exclusivement pour le rap. Pour me mettre dans ce rap de merde à fond. Mais il faut dire que le crime est en moi, car le crime naît de la pauvreté. Et être pauvre, c’est comme une étiquette… Tu meurs avec, quoi. C’est plus un style de vie maintenant, même si j’ai un million dans chaque poche, mes vidéos clips ne changeront pas. Y aura pas de meilleure image, moi j’me tape de cette merde de ces rap stars, t’entends ? Les gens pensent qu’ils sont huppés, moi je suis opé ! Je ne suis pas sur cette merde de rap de luxe, mais j’ai le rap de luxe, quoi. Rap de haut de gamme, quoi !

T’es reconnu par beaucoup de gens, de tous les milieux, qu’est-ce que ça te fait ?
Ils kiffent. Ce qu’ils ressentent est vrai. Lorsque tu baise une belle femme, c’est pas la même chose que lorsque tu te branles. Alors t’es forcé d’avoir une jouissance qui est meilleure, plus extrême ! T’entends ? Ma merde contamines directement, car que tu l’aimes ou que tu ne l’aimes pas, c’est cru, mais c’est de la merde vraie !

Que penses-tu du roller ?
Le roller… je trouve que c’est la rue, c’est comme le skate. Moi-même j’ai fait du BMX plus jeune, à fond. J’avais acheté un Dyno 1500 dollars, commandé depuis la Californie. Ca faisait de l’argent dans le temps, je pompais la roche à fond pour me procurer ce genre de merdes. Alors je trouvais que c’était contre les gendarmes, t’entends ? Je trouvais ça chaud, quoi ! Alors le roller pour moi c’est une rébellion. Premièrement contre son foyer, souvent contre son père et sa mère qui nous forcent vers une étude, vers une merde qui ne nous intéresse pas, un fascisme. C’est une rébellion qui engendre un professionnalisme. Après, il y a plus que la rébellion. On se découvre quand on fait une merde qu’on aime, t’entends ?

C’est un bon point de vue…
Alors paix à tous les gens qui sont dans la rue et qui roulent, t’entends ?

Comment va Kinimod ? (ndlr : son frère est paralysé depuis un tragique accident de voiture)
Kinimod, il bouge ses membres et Allah l’emmène vers une guérison sûre. Mais le temps doit se faire car le temps de revenir et de renaître, souvent est de neuf mois. Alors c’est comme un enfant, il va renaître quoi, t’entends ?! Et quand il reviendra, les nègres vont vraiment voir un changement, quoi. Il va abandonner la vie matérialiste pour encore plus, t’entends ?! Il va changer sa Porsche pour une Diablo ! Kinimod restera avec Ugoboss, t’entends ?! C’est la fusion de la cocaïne et du crime. Car Ugoboss est né de la cocaïne, ses parents étaient accros à cette merde, t’entends ?! Alors il est magique, t’entends ?! Il est épaulé par Kinimod qui est le roi de la drogue, t’entends ?! Kinimod allume son fusil, il pense après, quoi !

Tu as des remerciements à faire ?
J’aimerais remercier Tallac, car il me donne Paris. J’ai un morceau, Technique Palestinienne, qui se dirige directement contre ce Booba et sa non humilité qu’il a manifesté ici devant sa majesté, quoi ! Toute cette merde devient lucrative, t’entends ?! Les nègres se mouillent, quoi. J’aimerais dire paix à toutes les circonférences. Et salutations à tous mes lascars, mes voyous et ceux qui sont incarcérés. Tous ceux qui savent ce qu’ils ont à faire, les jeunes quoi ! Dites non au crack, oui à l’hydro, quoi. Et merci à Broadbeat de nous supporter depuis le début.


--> Lire la chronique de Cocaïno Rap Musique : le CD mixé Styles Libres Exclusifs Volume 1
--> Lire le dossier Queens(bridge)


www.roiheenok.com



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Par Tuân - Voir les 5 commentaires - Ecrire un commentaire - Recommander
Jeudi 12 avril 2007
- Publié dans : INTERVIEWS
Rencontre avec le vice-président de l'association YUME : Simon De Crousaz

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Un samedi, où il pleut comme vache qui pisse. Et je viens de me rendre compte d'un détail embêtant : j'ai rendez-vous avec le vice-président d'A-Yume devant l'entrée d'Uni Mail et je réalise que je ne sais pas à quoi il ressemble. Je fume une clope pépère en observant (les sourcils froncés) les quelques quidams alentour dont un collègue de nicotine. J'en viens à me demander s'il ne serait pas le Simon De Crousaz que je suis censé sonder. Après des échanges de regard dignes d'un bon western spaghetti de Sergio Leone, le vrai débarque et c'est une tête que je connais. C'est donc direction le Café du Lys pour l'entrevue d'un interlocuteur parlant beaucoup et bien.


Textes :
Tuân
Photos : DR



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Tuân : Est-ce que tu peux te présenter pour commencer, histoire de savoir qui est Simon, qui est Yachan ?

Simon (Yachan) : Je m'appelle De Crousaz Simon, je suis passionné par le Japon depuis dix ans à peu près. J'ai commencé un peu comme tout le monde en m'intéressant à quelques mangas par ci par là comme Dragon Ball, comme tous les petits fans. Ensuite, j'ai vraiment eu l'envie de partir pour le Japon, et je me suis inscrit à une association qui s'appelle Genève-Shinagawa qui est destinée aux moins de 18 ans et qui organise des voyages au Japon d'une durée de trois semaines. Le but, c'est d'aller dans une famille d'accueil au Japon et d'accueillir par la suite un japonais chez soi, dans sa famille.

T : Un voyage d'échange.
S : C'est un voyage d'échange, exactement, et l'association existe toujours d'ailleurs. Donc j'ai fait ce voyage, j'y ai rencontré des gens importants dans le milieu de la culture japonaise comme un révérend. J'ai dormi dans un temple avec des moines et ai également partagé leur mode de vie.

C'était à  quel âge juste ?
J'avais 16 ans. Dur, le matin il fallait se lever à 5h, d'autres personnes et moi allions prier avec les moines... On n'allait même pas prier avec eux en fait, on devait les accompagner et les écouter, les regarder. On n'était pas pris dans un quelconque système religieux ou quoi que ce soit, c'était avant tout pour nous faire découvrir. Donc j'y ai vécu pas mal d'expériences au niveau de la culture japonaise, et une fois rentré en Suisse je suis d'autant plus tombé amoureux de ce pays. Puis j'ai continué à tourner dans le milieu, à avoir des activités en relation avec le Japon...

Arrête de tricher, mate pas ma feuille de questions (rires) ! Et quoi d'autre ?
Euh... Sinon, j'ai travaillé au Polymanga en 2005, ainsi qu'en 2006. J'ai aussi bossé pour une boîte qui s'appelle Tanigami (autrefois Imagination), et avec qui on a fait venir des artistes japonais. Là, j'ai surtout travaillé avec ces artistes lors de séances de dédicaces pour les éditions 2005 et 2006 du Polymanga. Donc depuis ces deux années, j'avais envie de monter quelque chose, une association, un groupe. J'en ai donc parlé avec le patron du magasin Tanigami. Et après discussion, il a émis le désir de séparer le côté commercial et le côté passion. Finalement, c'est à cinq personnes que nous avons monté notre association : A-Yume. Notre but est donc de faire découvrir le divertissement japonais actuel, c'est-à-dire la mode, la musique, le manga, le dessin animé... On désire parler de tout ce qui touche au Japon, même si on est principalement axé sur le manga et la japanime. À travers cette association, plusieurs activités sont proposées aux membres dont des projections qui ont lieu une fois par mois, des cours de japonais, des cours de dessin pouvant éventuellement amener à faire du manga pour le plaisir. Des activités culturelles ont lieu quatre fois par année sous forme de stages permettant bien évidemment de présenter encore d'autres horizons de la culture japonaise. Il peut donc y avoir deux jours de calligraphie par exemple. Le but est que le stage soit gratuit pour le membre et qu'il puisse se dire à la fin du stage "Ah tiens, j'ai bien envie de continuer, je vais aller m'adresser au prof". C'est donc un moyen de faire découvrir gratuitement. On fait ça aussi avec les arts martiaux, ou encore la cérémonie du thé...

Le go...
Oui, le go aussi. On propose donc un panel d'activités assez large.

Avant de revenir plus en détail sur l'assoce, je tenais à savoir quelles étaient tes préférences dans la culture japonaise ?
Je suis très arts-martiaux à la base. Je fais du kung-fu, même si c'est clair que ce n'est pas japonais mais plutôt chinois.

Et tu fais avec Guillaume Briquet ?
Ouais, avec Guillaume Briquet.

Et tu comptes rester là-bas ?
Moi j'adore.

T'aimes bien ?...
Ouais, j'aime beaucoup. Mais... enfin voilà. T'aimes pas toi ?

Mon frère était là-bas ainsi que des potes à une époque. Ces mêmes potes suivent désormais des cours chez un espèce de Van Damme dans l'âme. Mais qui a des contacts de fou. C'était l'élève de maître Pong, l'un des piliers de la main de fer. Mes collègues sont partis s'entraîner en Malaisie dans son école Saolim à Penang... Mais je m'égare, c'est juste une histoire de guéguerre car leur prof considère Briquet comme un faux.
Mais bon, moi j'aime bien ce que j'apprends chez Guillaume Briquet. Je ne l'ai pas souvent comme prof non plus pour tout dire...

Tu suis l'enseignement de Yann Berner ?
Non, je suis avec Mariano. C'est celui que je préfère.


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Euh... on va revenir à nos moutons, parce qu'on est parti en trip là (rires) !

En effet (rires) ! Alors concernant la musique japonaise, je ne m'y connais pas tellement. Je suis plutôt Reggae en général. Mais il y a quelques groupes de Rock japonais que j'aime bien, notamment les célèbres X Japan. Et actuellement, un autre groupe que j'ai découvert, qui s'appelle 101A. C'est de l'Electro Rock, j'étais allé les voir en France et j'ai vraiment apprécié : ils sont trois, il y a une bassiste, un guitariste et un batteur, et ils ont la pêche. Mais je suis surtout captivé par le dessin animé japonais.

Genre Lupin ?
Ouais ! Ca j'aime beaucoup. C'est un personnage qui a été très travaillé et j'apprécie ça. Il faut dire que je m'intéresse aussi aux animes d'une manière spéciale. Il y a beaucoup de dessins animés qui sortent au Japon, beaucoup de boîtes qui en produisent, mais il s'agit souvent d'animes tirés de mangas. Ce ne sont pas des oeuvres qui sont uniquement destinées à la télévision.

Des oeuvres qui ne sont pas à proprement parler originales.
Voilà, ce n'est pas original. C'est pour ça que je m'intéresse surtout aux travaux faits spécifiquement pour la télévision et pour le cinéma, comme les films du studio Ghibli, les films de Mamoru Oshii, de Katsuhiro Otomo... Ce sont aussi des oeuvres sur lesquelles on est toute une équipe dans l'association à travailler en fait, c'est à dire qu'on fait des articles bien poussés à leur sujet et on essaye de les faire découvrir. Que s'est-il passé dans la tête d'une personne afin de réaliser une telle oeuvre ? Pour un dessin animé, il y a de nombreuses personnes derrière, et il faut en avoir dans la tête pour créer des choses comme ça. Il y a un aspect très complet au niveau de la création, il ne s'agit pas seulement de l'histoire de deux types qui se foutent sur la gueule et le film est fini. C'est aussi et avant tout un mode d'expression très important. Car ce que j'aime bien avec le dessin animé c'est qu'on peut représenter l'imagination, lui donner forme, et ce sans limite. On peut vraiment aller au plus profond, proposer des choses vraiment étonnantes. Mais si j'aime autant le dessin animé japonais, c'est parce que je trouve qu'il a plus d'originalité par rapport à d'autres productions comme les Walt Disney par exemple qui tournent toujours autour du même pot : il y a des chants, ça se termine toujours bien, il n'y a pas de méchants et pas de gentils, avec une morale bien américaine derrière... La japanimation représente aussi mon secteur dans l'association.

Tu n'es pas dans le jeu vidéo aussi ?
Alors pour le jeu vidéo, il s'agit de Shinishi, de Damien.
Il organise les événements jeux vidéo, pour les membres et pour le grand public. Les activités pour les membres sont des tournois de jeux, et quand je parle d’événements grand public, cela veut dire conférences, expositions, la venue d’artistes dans le domaine du jeu vidéo en Suisse. Pour chaque domaine précis de l'association, le travail sera le même : faire venir une personnalité comme un maître en go afin qu'il fasse une conférence, explique son travail, sa technique de jeu. Pareil pour un artiste provenant du monde de l'animation, mais avec bien évidemment un traitement différent comme avec une exposition. On ne veut pas forcément lui faire faire des séances de dédicaces ou des trucs du genre, car les invités n'en ont pas forcément envie. L'objectif n'est pas de monter une convention comme Polymanga, mais d'organiser une conférence, faire en sorte d'intéresser les gens au sujet. On ne fait pas ça pour qu'une personne vienne, fasse ses dédicaces et rentre après chez elle. C'est limite si la personne conviée ne se sent pas inutile.

Ca fait juste fanboy en fait.
Ca fait fanboy, exactement.

Dans A-Yume, on retrouve le mot japonais yume qui signifie rêve. Qu'est-ce qui se cache derrière ce nom ?
Alors au départ, on ne savait pas vraiment ce qu'on voulait prendre comme nom. Moi je m'en fichais un peu. Ce qui comptait pour moi concernait l'aspect de l'association, et non pas sa dénomination.

Mais bon, si vous vous étiez appelés Choucroute Party, ça l'aurait peut-être pas trop fait...
Ah Choucroute Party ça ne l'aurait pas fait du tout !... Dans la logique de l'association, on pense à un nom japonais, ce qui est normal. Au début, je pensais au Kansai, je ne sais pas si tu vois ce que c'est...

Ouais ouais, vite fait, c'est un coin du Japon où les gens ont un pire accent.
C'est la banlieue d'Osaka où on y parle le Kansai Ben, un dialecte japonais. C'est aussi un endroit où il y a pas mal de fêtes au Japon, c'est assez cool. Il n'y avait pas de raisons particulières pour que je nomme l'assoce selon cette idée, mais quand on regarde des photos de ce quartier et l'ambiance qu'il y a, c'est souvent très coloré, underground. Je me suis dis que ça pouvait bien faire l'affaire, mais c'est vrai que pour A-Yume (le rêve), c'est un peu une manière de dire que le rêve de cinq personnes, formant donc le comité d'association et étant des passionnés, est de faire venir des artistes qui ont fait des oeuvres que le comité a aimé regarder, d'avoir de vraies discussions avec ces personnes et de pouvoir approfondir certains sujets. Mon rêve, c'est ça : pouvoir rencontrer des artistes, des personnalités japonaises. En tout cas, ça c'est le mien, on peut aussi parler du rêve de Damien (Shinishi) qui touche plus aux jeux vidéo comme faire des reportages sur Squaresoft, aller fréquenter ces milieux. Le rêve des cinq est donc de pouvoir traiter à fond de plusieurs sujets relatifs au Japon.

Dans les cinq formant le comité de l'assoce, il y a donc toi, Sylvain Vautravers (Asterion), il y a aussi sa femme je crois...
Elle est trésorière en fait. C'est le truc qui me gênait un peu au début, c'est à dire qu'avoir comme président de l'association un type qui travaille dans un magasin de mangas et avoir sa femme comme trésorière, on pourrait penser que nous agissons dans un but purement lucratif. Mais j'ai bien discuté avec Asterion et je lui ai dit que je ne voulais pas du tout avoir à faire à ça. Donc il m'a bien fait comprendre qu'il voulait séparer le côté business et le côté passion. Et bon, c'est vrai que nous avions besoin d'un trésorier, et il se trouve que sa femme avait les meilleures dispositions dans le domaine, bien qu'elle ne fasse pas que ça dans l'association. On ne savait pas trop à qui donner cette tâche, et il se trouve qu'elle s'est proposée. Elle s'occupe également de traiter les textes qu'on désire mettre sur le site car elle dispose d'un certain niveau de français. Elle se charge aussi du lien entre les membres et les personnes du comité.

Tu peux juste me parler du rôle des personnes au sein du comité ?
Alors il y a donc Sylvain Vautravers qui est le président de l'association et qui se penche sur tout ce qui est manga au niveau des articles. Il est aussi le pilier de l'association, il gère le site Internet, il se charge aussi de la partie japonaise d'A-Yume. L'association n'existe pas au Japon, mais l'un de nos buts à long terme est de fixer un système de communication et de correspondance entre la Suisse et le Japon afin de faciliter des voyages ; Sylvain s'occupe aussi de ça. Il s'occupe donc du site et de la partie Japon. Moi, en tant que vice-président, je me charge des contacts suisses, japonais... C'est à dire que je téléphone par exemple à des sociétés que je vais voir sur place et je leur présente l'association au cas où nous aurions envie de mettre en place un événement. Damien est le secrétaire, il s'occupe de la paperasse, de tout ce bordel que personne n'a envie de faire en fait (rires) ! Il s'est proposé comme ça. Mais son truc, c'est surtout la partie jeux vidéo. Et enfin une cinquième personne qui est webmaster qui, avec Sylvain, règle les problèmes du site s'il y en a, traque les personnes voulant balancer des virus. Bref, elle prend soin du site.

Il s'agit de Spyfish, c'est ça ?
Non, lui ne travaille plus avec nous. C'est un gars qui s'appelle Mike mais qui s'est mis sous le pseudo de Thundrax. On ne le voit pas souvent sur le forum d'ailleurs.


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Pour créer l'association, vous avez dû la présenter à partir d'une base légale, est-ce que vous avez eu des problèmes lors de ce cheminement ?
Mmm... Des problèmes tu dis ? Non. Car disons que nous ne sommes pas les seuls à Genève et en Suisse à être motivés à créer ce genre d'assoces.

À part vous, qui d'autre retrouve-t-on ?
Je vais t'expliquer justement. Il y a un groupe de discussion via un forum qui s'appelle Soleil-Romand et qui a toujours voulu faire des choses comme nous le faisons mais qui n'y arrive pas. Pourquoi ? Je ne sais pas, ils doivent avoir un problème de motivation. Je vais bientôt discuter avec la personne en charge de Soleil-Romand car elle m'avait dit qu'elle avait pour désir de monter également une assoce. Mais comme chez A-Yume nous avons pour ambition de nous agrandir, je vais lui proposer de travailler directement avec nous. Car le gars en question habite au fin fond de la Suisse, et ça serait donc l'idéal de pouvoir faire connaître notre association à Fribourg, Neuchâtel... Donc c'est ce que je vais lui proposer. Sinon à Lausanne, il y a un autre groupe du nom de PolyJapan. Pour rappel, le premier Polymanga a donc eu lieu à l'EPFL, à Lausanne. De cette convention s'est créée l'association PolyJapan qui avait un peu les mêmes buts que nous, comme faire des projections... À noter que c'est une association qui existe depuis plus longtemps que la nôtre
mais qui ne cherche pas à se faire connaître, elle concerne avant tout les étudiant de l’EPFL. Je ne pense pas que cette association arrive a promouvoir la culture japonais comme elle l’indique, car elle n'attire que les fans.

Ca va les vexer s'ils lisent ça (rires) ?
Mais c'est la vérité. Mais en même temps, ils ont un potentiel qui est assez intéressant. Malheureusement, et je ne dis pas ça pour nous vanter, ils n'ont pas les contacts que nous avons mais ils ont la bonne humeur. La chose à retenir, c'est que eux s'adressent surtout aux fans, contrairement à l'association Yume qui vise tout le monde, le grand public. Ensuite, il y a bien quelques personnes à droite à gauche qui disent vouloir faire quelque chose, mais il y a une différence entre parler et faire du concret. Car à partir du moment où l'on fait quelque chose de concret, il y a toujours des gens qui sont là pour critiquer. C'est évident que nous ne sommes pas encore au clair sur certains points et qu'il y a beaucoup de choses à revoir et à travailler, mais on a au moins quelque chose de concret. Donc les gens qui nous critiquent avec des "C'est nul, patati patata..." je leur réponds simplement : allez-y, mais faites quelque chose. Je ne cache pas qu'au début je n'arrêtais pas de critiquer le travail de David Heim (NDT : organisateur du Polymanga) pour le Polymanga, car je trouve qu'il y a beaucoup de choses qui ne vont pas dans cette convention. Mais il n'empêche qu'il a quand même fait quelque chose, et ça il faut l'admettre. Pour en revenir à la question, je trouve que c'est un peu inutile que n'importe quel groupe de personnes cherche à monter une association : je préfère que l'on monte quelque chose et que d'autres personnes proposent de venir nous aider pour qu'il y ait au moins deux ou trois trucs de connu plutôt que d'avoir quinze mille regroupements dont plus de la moitié qui ne marche pas. Ainsi, mon association travaille en biais de deux autres associations très importantes sur Genève : Genève-Shinagawa que j'ai cité tout à l'heure et l'association du Cercle Suisse Japon, qui est une association vraiment basée sur la culture et où les membres sont plutôt âgés ; je dois être le plus jeune, j'ai 21 ans, alors que les autres ont souvent entre 26 et 30 ans. Donc ces associations ont été plutôt contentes de voir qu'une association comme la nôtre existait, car nous touchons plutôt un public entre 15 et 25 ans dans les grandes lignes, pas réellement plus. Alors ils en sont satisfaits et veulent faire des événements avec nous, et il s'agit aussi d'associations connues dans toute la Suisse Romande. Mais aussi, nous travaillons avec le Consulat du Japon pour le mois de la culture japonaise et nous avons d'excellents contacts avec les gens travaillant là-bas. On peut donc partir sur de plus grandes choses, s'adresser à des personnes spécialisées dans de nombreux domaines et qui vont nous donner des conseils et un coup de main.
Ce qui n'est pas le cas pour PolyJapan qui est un petit groupe qui essaye de se bouger, mais qui en vérité ne fait qu'un événement de temps en temps et qui vise uniquement les fans. Donc pour résumer, mon association est entourée de trois piliers qui sont l'association Genève-Shinagawa, le Cercle Suisse Japon et le Consulat du Japon.

Tu disais qu'A-Yume avait pour objectif de faire découvrir un aspect du Japon à des personnes non-initiées. Est-ce que ça peut se présenter comme un handicap dans la mesure où des gros fans ne s'y retrouveraient pas ?
En même temps, nous sommes là pour faire découvrir, mais nous nous considérons nous-mêmes comme des gros fans dans la mesure où ça fait depuis longtemps que nous sommes dans le milieu. Alors quand je dis "découvrir", je veux dire qu'on montre de tout, pas uniquement ce qui marche ouvertement comme les travaux du studio Ghibli. Par "découvrir", c'est plutôt montrer aux gens ce qu'ils n'auraient pas l'habitude de voir. Donc on va quand même au fond du sujet, et un fan a également sa place, clairement. À l'heure actuelle, les membres que nous avons sont tous des fans ! Jusqu'à maintenant, nous n'avons aucune personne qui ne s'y connaît pas en la matière. On va donc plutôt répondre aux attentes des fans avec les activités organisées spécifiquement pour les membres, tandis que l'on va attirer les non-initiés en faisant des événements pour tout public. Et quand je parle des activités tout public, je fais allusion aux projections, aux expositions. On regarde aussi pour organiser une démonstration de go afin de faire venir un maximum de gens, mais pas seulement des personnes qui savent jouer. Il y aurait un tournoi avec des petits cours d'initiation à côté pour les plus intéressés. Sinon, les personnes peuvent aussi juste venir voir, tout simplement.

Il y a combien de membres pour le moment au sein d'A-Yume ?
Pour l'instant on est un petit peu moins de vingt membres, mais ça fait aussi cinq mois qu'on existe. Mais d'ici la fin de l'année, on aura au moins triplé le nombre de participants, car nous avons d'assez bons projets à venir.

La plupart des membres proviennent de Genève si je ne m'abuse.
La plupart, oui. On a aussi des gens de Fribourg, de Nyon... Mais la totalité provient évidemment de Genève vu que nous y sommes basés. J'espère que je suis assez clair...

Oui oui, t'inquiète, aucun problème. Pour parler du cas de la France, on peut voir que l'industrie du manga y est extrêmement développée avec des éditeurs ou encore des magazines. Dans la continuité des activités de votre association, penses-tu que vous pourriez encore plus élargir vos centres d'intérêt, en touchant par exemple à l'édition ?
Alors ça ne serait pas inintéressant, mais comme je te l'ai dit nous sommes une association à but non lucratif. Si nous commençons à nous commercialiser par la suite, autant faire un nouveau projet en dehors de l'association. Car je n'ai pas envie de bousiller l'image de la petite association partie de cinq personnes motivées, qui se bougent pour faire découvrir, et qui du jour au lendemain constatent éventuellement qu'elles ont plein de sous et décident de se lancer dans un commerce. Non, ce n'est pas ça. De plus, en dehors de l'association, je me forme de telle manière à travailler avec des éditeurs et tout ça, mais c'est à côté d'A-Yume. Quand je t'ai dit avant que je voulais reprendre des cours d'anglais et de japonais c'est pour avoir un bon niveau, chercher à devenir manager pour faciliter nos moyens de contact entre suisses et japonais. Car il y a souvent des festivals au Japon comme le Comiket où tous les artistes, les mangakas, viennent présenter leurs nouveaux mangas ou ce genre de choses. Si Akira Toriyama fait un nouveau manga, il va venir en personne faire la promo de son nouveau travail. Mon idée, ce serait d'aller là-bas, avec une carte de visite et leur dire "Voilà, je travaille dedans, j'aimerais faire un événement, quelles sont vos disponibilités, combien ça coûte..." et voilà. Je ne pense pas pouvoir gagner ma vie avec ça, mais ça serait pas mal d'essayer. D'un côté ça aiderait l'association de travailler de cette manière, mais ça resterait tout de même en dehors pour moi.

Quel point de vue portes-tu sur le manga et la japanimation en Suisse ? En y regardant de plus près, on constate que beaucoup de conférences ont été organisées dans le cadre de l'Université de Genève avec des personnalités comme Takahata Isao et une des grosses pontes de la Toei...
Oui, c'est le directeur de la Toei Animation, avec qui j'ai d'ailleurs d'excellents contacts et c'est cool (rires) !

Une chose amusante, c'est que le manga est perçu en Suisse, du moins à Genève, comme quelque chose de culturel et d'artistique. Alors qu'en France, on peut noter un rejet plus conséquent des masses et une plus grande ignorance.
Si on remonte à loin, c'est-à-dire à l'époque du Club Dorothée en France, on regardait tous leurs dessins animés et les gens trouvaient ça violent, pas fait pour les gamins. C'est depuis là que les mangas ont une mauvaise image en France, et c'est aussi durant cette période qu'a été monté Familles de France, la fameuse association familiale qui est
contre tout ce qui touche à la japanimation et au manga. Ségolène Royal a également participé à cette lutte ; elle a d'ailleurs écrit un livre concernant son profond dégoût du manga et du dessin animé japonais. Donc Familles de France ont voulu bâcler le dessin animé japonais avec la censure, comme pour Ken le Survivant. Et en fait, au Japon, c'est un dessin animé qui est diffusé vers les 1h du matin, donc les gens sont bien au courant que c'est violent. Mais en France, ils ont voulu que ça passe à 8h du matin pour les gamins. D'où la censure et le fait de donner carte blanche aux doubleurs pour les textes.

Ce qui a quand même donné naissance à de petites perles (Hokuto de cuisine, Nanto de fourrure)...
Voilà, et aussi grâce à eux la série est différente de celle du Japon. Bien évidemment, il y a eu une évolution en France avec de véritables fans. Mais le réel problème tient au fait -et ce pour tous passionnés, qu'on soit passionné de vin, de n'importe quoi- qu'il y a toujours un peu des cas, des collectionneurs, des gens qui ne pensent qu'à ça, ne font que ça et n'ont pas de vie sociale. Il s'agit parfois de personnes de 35 ans mais qui ont une grosse mentalité de gamin. Alors ils donnent cette image du gros fan dégueulasse, ce qui bousille d'autant plus l'image du manga. Rien que ça décrédibilise cette mode (si je puis dire), mais un autre problème en France réside dans le fait que les doublages de nouvelles séries sont souvent pourris. Il n'y a rien qui permet de montrer qu'il y a de bonnes choses et des moyens. Et il y a eu ce documentaire sur M6.

Là, ils ont vraiment pris des cas.
Voilà, les gens prennent des cas et les descendent, les descendent... Et nous nous retrouvons là avec l'association Yume à essayer de donner une bonne représentation de tout ça, et derrière il y a des gens qui font n'importe quoi et *BAM* détruisent toute cette image. Je trouve quand même qu'en Suisse on a une meilleure image du manga qu'en France car on a l'envie de montrer des choses plus intéressantes. Isao Takahata est venu pour une conférence et pour la projection de son film, mais n'est pas resté derrière un bureau à faire des dédicaces. Et rien que ça montre un profond respect pour la personne qui ne s'est pas déplacée juste pour faire des dessins mais pour parler de son oeuvre et de son travail. C'est mon point de vue. Il y a aussi Satoshi Kon qui est venu il y a deux ans dans le cadre du mois de la culture japonaise, le directeur de la Toei Animation... Ce sont surtout des gens disponibles pour le grand public, qui sont considérés comme des artistes. Tu regardes les oeuvres de Satoshi Kon, et tu constates qu'elles tournent toutes autour de thèmes comme la personnalité. Il avait travaillé sur Perfect Blue qui était un film qui traitait de la schizophrénie. La méchante de l'histoire n'est pas la personne à laquelle on croit depuis le début du film, c'est quelqu'un qui souffre d'une double personnalité : elle peut se montrer convenable et peut avoir envie de te tuer du jour au lendemain. Après, il y a la série Paranoia Agent qui est aussi basée sur les troubles de la personnalité, et qui se focalise sur le cas d'individus ayant causé du tort à autrui et qui cherchent à se libérer de ce qu'ils ont fait. Et à chaque fois qu'ils demandent de l'aide, un gamin apparaît avec une batte de baseball et les cogne. Les deux flics à la recherche des auteurs de ces agressions pensent qu'il s'agit d'agressions imaginaires, d'où une fois encore le trouble de la personne qui est vraiment le truc de Satoshi Kon. Isao Takahata travaille plus sur ce qui est humain, comme avec le Tombeau des Lucioles, tout ce qui touche au malheur, à l'homme, avec une approche réaliste. Miyazaki touche plus à la fantaisie, à l'imaginaire, au conte, au traitement du rêve. Ce sont donc des artistes qu'on peut se permettre d'avoir à Genève, qui viennent présenter des sujets et ça ne va pas plus loin, ce qui est très bien. On n'a pas après un festival qui vient droit derrière qui s'appelle Japan Expo (rires), où cinquante mille fans débarquent ainsi que la télévision pour bousiller le tout. D'un côté, nous avons le Polymanga et j'ai peur qu'à cause du Polymanga le tout parte de cette manière. Je ne dis pas que c'est sa faute, mais les lancements avant chacun des Polymanga du style "Voilà ! C'est parti ! Tel mois des milliers de fans seront présents à tel endroit !..." vont dans cette lignée. C'est vendu d'une manière qui n'est pas agréable. Alors qu'introduire un artiste venu présenter son travail d'une manière sobre serait par contre plus agréable. Mais en Suisse, on dispose d'une meilleure image... J'ai dû m'éloigner de la question que tu m'avais posée, navré...


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Mais pas de soucis. On parlait donc de ce boom du manga et de la japanimation en Suisse (Romande). Mais pour en revenir à A-Yume, qu'aimerais tu voir se réaliser à l'avenir ?
J'aimerais qu'on devienne un peu une référence, dans le sens où l'association puisse permettre aux gens de prendre contact et de collaborer avec des personnes du Japon. J'aimerais donc que les gens viennent sur notre site pour cela, et qu'au Japon les artistes travaillant par exemple dans des studios comme Gainax ou Ghibli se disent "Il y a une association qui promeut l'animation japonaise en Suisse, on peut passer par eux pour faire de la pub pour un événement ou un métrage, vu qu'ils s'y connaissent bien". Quant aux autres sujets traités, comme tout ce qui touche au culturel, ils seront faits de temps en temps dans la mesure où il y a le Cercle Suisse Japon qui y est spécialisé ; ce serait donc des choses que l'on traiterait moins. Et ce que j'aime bien, c'est que l'association Yume est un complément ; car si nous nous sommes associés à l'association Genève-Shinagawa et au Cercle Suisse Japon, c'est afin de faire un tout pour finir. Il y a une complémentarité à nous trois : il y a trois assoces différentes, mais dès qu'il s'agit de discuter d'événements liés au Japon, c'est comme si ces trois groupes n'en formaient plus qu'un. Donc pour A-Yume, ce serait vraiment de devenir une référence de manière à diriger des gens sur l'association Genève-Shinagawa ou sur le Cercle Suisse Japon, comme un fil conducteur. Je crois que nous sommes  sur la bonne voie en tout cas.

Je me rappelle avoir entendu parler de vous pour la première fois via un magazine distribué gratuitement chez City Disc.
Oui, il s'appelle Murmures. Mais on a eu un très mauvais article à notre sujet.

Je me rappelle, c'était une colonne. Ils ont dit des sales trucs sur vous ?
Non, mais on leur avait donné un texte concernant ce qu'on faisait, un peu tout ce que j'ai pu te dire juste avant. Ce texte faisait mention du fait que nous touchions un peu à tout, que l'on s'intéressait au théâtre No, au Kabuki... Mais ce qu'eux ont écrit était que nous organisions et donnions des cours de go, de théâtre No, de Kabuki et d'origami ! En gros, ils ont rajouté des choses qui n'étaient pas vraies, et des personnes ont eu une mauvaise vision de l'association car elles pensaient que l'on faisait tout. Alors que non, on ne peut pas tout faire. Mais ce n'est pas grave, car on va avoir droit à un article dans le prochain Murmures et ils vont pouvoir se rattraper. L'article n'était pas mauvais en soi, mais ils ont abusé et c'est dommage. Mais à part ça, ce magazine est très bien, est très complet, parle de tout. Ils avaient d'ailleurs fait un numéro consacré au Japon pour le mois de la culture. Le fait qu'il soit également gratuit et sorte une fois tous les trois mois est cool. Mais je trouve par contre qu'il n'est pas assez connu, ils feraient bien de le présenter en dehors de Genève, vers Lausanne, Neuchâtel, Fribourg... Histoire de faire plus de pub, car la plupart des gens à qui j'en parle ne connaissent pas.

Autre chose concernant ce que A-Yume propose ?
Oui, je tenais aussi à mentionner le fait que nous aidions les artistes d'ici ou d'ailleurs à promouvoir leurs oeuvres, comme un monsieur que je connais qui a fait un documentaire s'intitulant Tokyo Street. Je ne sais pas si tu connais.

Ah non...
Il a donc filmé la ville de Tokyo, de jour, de nuit... afin d'en montrer toute l'activité urbaine : une personne jonglant, un groupe jouant dans la rue.... Il en a donc fait un DVD. Avec l'assoce, on est donc là pour aider ces artistes, on va faire de la pub pour eux. Sinon, il y a un autre type qui a fait un manga suisse.

Oui, JP Kalonji.
Il a fait 365 Samouraïs & quelques Bols de Riz. On va également l'aider à promouvoir son truc. Dès que des travaux s'inspirent de près ou de loin du Japon, on aide très volontiers les gens car on a les moyens de le faire et que c'est cool. D'autant plus qu'en retour, ils nous rendent à peu près la pareille. Le gars ayant fait Tokyo Street travaille également dans la mode, donc l'idée grâce à ce contact serait de faire venir à Genève des gens touchant aussi à ce domaine et faire un défilé de mode chez nous ou quelque chose comme ça. Donc à retenir : on ne fait pas que de la pub pour nous mais aussi pour d'autres individus dont nous apprécions le travail. L'un des membres d'A-Yume a fait son travail de matu sur la cyberdépendance ; donc quand on va faire le prochain site qui sera meilleur que celui qu'on a actuellement, on va lui proposer un coin dans la section articles consacré à ce qu'il a fait. Toutes personnes faisant un article intéressant touchant au Japon, que ce soit un travail de matu ou une thèse, peut profiter d'une exposition via notre site.

Faudra me dire, j'avais fait un manga pour mon travail de matu (NDT : Who We Be, la BD la plus débile du monde) !
Ah ouais ?

Au fait, quels sont les tarifs d'inscription ?
Alors c'est 30 francs par année, et après toutes les activités de l'association sont gratuites mis à part les cours, ce qui est normal (déjà qu'ils sont à très bas prix). D'autant plus que ces 30 francs sont également une sécurité dans la mesure où on sait qu'une personne a versé cette somme et qu'elle pourra avoir accès aux contacts, au système de collaboration avec le Japon pour se faire des potes ou autre. C'est donc un avantage certain. Tandis que la personne qui n'est pas membre peut également avoir accès à nos activités, principalement aux projections, mais à rien d'autre pour l'instant. Et c'est aussi un moyen de faire un peu de pub : le membre paye 30 francs par année ce qui lui donne déjà douze projections gratos par année, tandis qu'un non membre payera une somme de 7 francs pour une projection.

Alors pour les projections, comment s'est passé le deal avec le Spoutnik ?
Je leur ai simplement téléphoné et ils m'ont dit qu'il y avait un jour où ils ne faisaient aucune projection. Donc je dois payer à chaque fois un prêt de salle et aussi la projectionniste plus les droits des films qu'on diffuse, car nous ne faisons pas ça dans l'illégalité. Dans le cadre des projections, on passe des avant-premières, des rétrospectives et des documentaires. Lors de notre dernière projection, on a passé un docu sur les otakus et un autre sur le studio Ghibli.

Un petit mot pour la fin ?
Nous serons présents au Polymanga où nous nous occuperons de la projection du film le Château Ambulant de Miyazaki. Un stand sera également à notre disposition afin de présenter l’association. Au stand DDR (NDT : Dance Dance Revolution), il y aura également de la pub pour A-Yume, qui te remercie au passage pour ton article.


Site officiel A-Yume



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Dimanche 11 mars 2007
- Publié dans : INTERVIEWS
"Je suis resté un enfant"

村上 隆

Ses fleurs qui sourient, ses champignons géants et son Mr. Dob aux oreilles de Mickey sont devenus des icônes. De passage en France pour son exposition et celle de ses disciples, le père du "nouveau japonisme", aujourd'hui à la tête d'une véritable entreprise artistique, nous a accordé une interview très "kawaï".


Texte : Philippe Dufay
Photos : DR



Philippe Dufay : Plus de dix ans après sa création, Mister Dob est-il toujours un double de vous-même ?
Takashi Murakami : Je n'ai jamais vraiment considéré Mr. Dob comme un double, mais plutôt comme un élément d'un tout. Comme aux échecs, une pièce qui permet avec le même motif de jouer plusieurs jeux.

Ph. D : Vous revendiquez-vous de la culture "otaku", ces jeunes Japonais qui, la trentaine passée, restent accros aux mangas et aux jeux vidéo ?
TM : Je suis resté un enfant, oui. "Otaku", non. C'est différent. Il s'agit d'une société construite, très fermée, et je ne suis pas intégré aux "otakus".

Quelles qualités principales demandez-vous aux artistes qui travaillent avec vous ?
C'est un peu intuitif et aussi une affaire de destin. Une conversation avec un artiste, et ça marche.

Pourquoi avoir choisi la France il y a quatre ans pour votre exposition "Coloriage", sorte de manifeste du "nouveau japonisme" ?
Parce que c'est là selon moi où est vraiment né le "nouveau japonisme".

Le public français est-il très différent du public américain ?
Les Français connaissent beaucoup mieux les mangas que les Américains. On me comprend plus à Paris ou à Lyon qu'à New York ou à Miami.


http://redelephant.files.wordpress.com/2006/03/EP-Murakami-4G1.jpg


Quels artistes français aimez-vous ?
Matisse hier et aujourd'hui Daniel Buren.

Continuerez-vous à travailler pour Vuitton et pour d'autres maisons françaises ?
Si Vuitton est d'accord, c'est O.K., je continuerai.

Qu'est-ce que vous faites quand vous ne travaillez pas ?
Je regarde des films d'animation, des choses un peu enfantines.

On dit que vous m'avez pas de maison, que vous dormez dans votre atelier à Tokyo...
Plus exactement à Saitama, une petite ville à une heure de Tokyo. L'hiver, c'est un peu dur car il n'y a pas de chauffage. Mais j'y ai une grande collection de cactus. Ils ont besoin de moi.

Vous êtes aujourd'hui un artiste reconnu et célèbre, doublé d'un chef d'entreprise riche et puissant. Avez-vous atteint vos objectifs ?
Si ça continue bien par rapport à l'entreprise, si je travaille bien pendant dix ans, j'arrêterai tout et je serai heureux. Je pourrai me consacrer alors complètement aux loisirs.

Quels seront-ils ?
Chiner. Faire les antiquaires. Collectionner les objets. Avez-vous des adresses de magasins de céramiques à me donner ?



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Louis Vuitton vu par Murakami


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Voir le clip de Superflat Monogram (vidéo réalisée pour Louis Vuitton)
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