Mercredi 28 mai 2008
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Publié dans : HIP-HOP : DVD

Be Kind, Rewind est un petit video club situé dans un coin moisi du New Jersey, et dont la vidéothèque se compose uniquement de vieilles VHS. M. Fletcher (Dany Glover), son propriétaire, peine à joindre les deux bouts, mais les choses se compliquent quand un avis de rénovation du quartier l’invite à plier bagage et à se rendre dans un project. Afin que son immeuble ne soit pas détruit, M. Fletcher n’a que deux solutions : soit il renfloue son business en s’inspirant des méthodes de son concurrent West Coast Video, soit il parvient à prouver que son immeuble fut le lieu de naissance du célèbre Jazzman Fats Waller. Mike (Mos Def), l’assistant un rien empoté de M. Fletcher, doit surveiller la boutique durant l’absence de son patron, et doit surtout empêcher que son pote Jerry (l'excellent Jack Black) ne vienne y faire des siennes. Mais après une opération visant à saboter une centrale électrique, Jerry devient magnétique, et sa présence chez Be Kind, Rewind suffit à effacer les bandes de toutes les vidéos du magasin. Il ne reste plus qu’une solution aux deux amis afin de ne pas s’attirer l’ire de M. Fletcher : refaire tous les films du vidéo club avec les moyens du bord !
Parti pour être un pur film d’abruti, on exulte les premières minutes devant les gaffes à outrance de Jerry, geek vivant dans une décharge ; et la touchante naïveté de Mike, campé par un Mos Def plutôt bon acteur. Mené tambour battant par Michel Gondry, réalisateur français surtout connu pour son travail sur Eternal Sunshine of the Spotless Mind avec Jim Carrey, Be Kind, Rewind se libère rapidement de son sceau de débilité en abordant des problèmes sociaux d’importance aux USA.

Parmi ceux-ci, on retrouve la gentrification, processus de réhabilitation de quartiers low class où les habitants de base se voient remplacer par une population issue d’un milieu social supérieur. Cet embourgeoisement immobilier est signifié dans le film par l’expulsion de M. Fletcher, repoussé dans un project afin de laisser place à de nouvelles habitations dont les loyers seront bien au-delà de ses moyens. Actuellement, Harlem est l’un des exemples les plus parlants de gentrification : les bâtiments y sont rénovés petit à petit et leurs loyers augmentent, attirant une nouvelle population -la plus souvent blanche et aisée- et repoussant ainsi la population noire américaine qui s’y trouvait vers d’autres quartiers. Au jour d’aujourd’hui, les rues de Harlem sont bien plus sûres qu’autrefois (Bill Clinton y a même fait installer ses bureaux), et bien que certains new yorkais craignent d’aller au-delà de la 125th, le croisement entre la 145th et Lenox Avenue autrefois réputé dangereux n’a désormais plus rien d’affolant.
Cela dit, bien que la gentrification appelle au développement socio-économique et éducatif de zones résidentielles, les bénéficiaires en sont bien évidemment les citoyens disposant d’un certain niveau de vie. Cet embourgeoisement est comparable à de la ségrégation : elle profite aux plus fortunés au détriment des personnes sans le sou, à l’image du très touchant M. Fletcher qui se voit obligé de se rendre dans un project où le niveau de vie sera bien plus bas et le taux de criminalité plus élevé.

Abordant la problématique de la gentrification avec humour et bons sentiments (parfois peut-être trop diront certains), Michel Gondry poursuit l’effort qu’il avait déjà fourni en réalisant le Bloc Party de Dave Chappelle : mettre en image la dimension humaine d’une communauté toute entière, dans toute sa naïveté et ses bons sentiments, sans distinction de classes ou de couleurs. Après tout, il se pourrait bien que la solidarité et la simplicité de Be Kind, Rewind soient les véritables maîtres mots de la mixité sociale. À vous de juger.
_TN
And fuck flossin, mothers are trying to feed children
But gentrification is kicking them out of their building
A generation of babies born without health care
Families homeless, thrown the fuck off of the welfare
_Immortal Technique – Harlem Streets


















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